Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 822 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
Eh quoi, tout est sensible !
Pythagore


  • Kelly Boesch : Le Pouvoir du Silence (vidéo)

    Kelly Boesch – Le Pouvoir du Silence (2026) – images extraites de la vidéo

    Voir la vidéo sur facebook

    Notes techniques de l’auteure : « Pour le texte de la chanson, Chat m’a permis de créer de magnifiques métaphores. La chanson a ensuite été composée avec @sunomusic. Les images ont été créées à partir des paroles, qui m’ont servi de point de départ. L’animation a été réalisée avec #VEO3. »


  • mon testament d’amour (illustré par 7 artistes contemporains)

    Vue d'une exposition artistique avec des œuvres sur les murs et des éléments transparents créant une atmosphère unique.
    Eva Nielsen – Installation (2025) – techniques mixtes toile, latex, cuir, soie sérigraphie, photographies – exposition finalistes Prix Marcel Duchamp 2025 musée d’Art moderne de Paris – Photo © Hafid Lhachmi © ADAGP Paris, 2025

    j’aime
    le destin hésitant d’une trace de pas sur le sable mouillé
    la poussée invisible du vent dans les frondaisons
    le vent de pleine mer qui me ride la peau
    l’écume grondeuse dans le sillage du voilier
    le mouvement perpétuel des vagues sur la mer comme dans ma vie
    chercher à deviner où elles commencent et se terminent

    j’aime
    l’infini du vert dans la forêt d’été
    l’ombre d’un mur qui dévoile son histoire fatiguée
    le chien immobile qui dort comme si rien ne pouvait lui arriver
    rêver quand perdu dans une ville étrangère je survole invulnérable les toits et les arbres
    l’évolution des paradigmes pour les gens qui volent comme moi hier ce vol était sexuel aujourd’hui il est liberté

    j’aime
    la possibilité d’un sourire
    les limbes le flou la demi-teinte l’incertitude le non-dit les arrière-cours
    le silence qui parle de lui-même
    les livres que j’ai lus même si je ne lis plus
    les artistes libres qui sauveront peut-être l’humanité de ses tyrans
    me perdre dans les couleurs et les plans d’un tableau puis imaginer où pourrait aller le trait du pinceau quand il sort du cadre

    j’aime
    la vie parce qu’elle est le plus grand des paradoxes c’est le moins qu’elle puisse être
    ne pas comprendre la musique et l’aimer quand même idem pour la philosophie
    l’idée de pouvoir vivre assez vieux pour embrasser un enfant d’un enfant de mes enfants et me dire alors que je peux mourir sans regret
    avoir compris que l’amour est enfant de hasard et de grâce
    ne plus croire en Dieu mais lui parler de temps en temps quand ça va mal

    j’aime
    le rose du soir dans le ciel du sud
    la bruine uniquement en bord de mer
    les branches hivernales des arbres poussant les plaintes de leurs bras nus vers le ciel
    les soirs qui durent longtemps dans le noir
    les matins indécis à se désembrumer

    j’aime
    l’orgueil qui me sauve de la paresse
    le souvenir mensonger de ma jeunesse belle et arrogante
    tous les mots qui n’ont pas encore été prononcés

    j’aime
    les gueules pas banales
    les gens qui me font rire les autres m’ennuient
    les voix rauques surtout chez les femmes
    les yeux d’un visage quand ils parlent d’abord
    la grâce d’un mouvement de tête entraperçu au moment précis où elle se détourne

    j’aime
    les sentiers qui montent vers l’air pur et le silence léger
    les chemins qui tournent en suivant les bords de mer
    sentir que j’ai une âme forte quand elle frémit et pleure
    m’endormir le plus tard possible j’ai peur de mourir dans mon sommeil

    j’aime
    la promesse d’écrire chaque jour jusqu’à ma mort pour dire ce que j’aime

    (à suivre…)


    Une nature morte avec une théière en métal, des citrouilles, des fleurs, des fruits et des bougies, sur une table décorée.
    Daniel Keys – Abondance (2017)

    Texte de Luc Fayard illustré par 7 artistes contemporains (de haut en bas) : Jeremy Mann, E.C. Baugh, Zaria Forman, Erin Hanson, Tibor Nagy, Eva Nielsen, Daniel Keys


  • Zéno Bianu : Le prénom du visage

    avec toi
    torche noyée
    dans l’instant tremblant

    jusqu’au plus sombre
    du temps

    avec toi
    nuit des voix
    à tomber sous la vie

    nuit des vies
    pour écouter
    les lèvres de la plaie
    les lèvres de la pluie

    avec toi
    pour écouter
    ce qui ne se possède plus

    derrière les pierres de neige
    aux pieds du monde seul

    avec
    moi en toi
    comme un dieu
    au secret blessé

    avec mille soleils enterrés
    derrière chacun de tes mots

    jusqu’à ce tremblement de vide
    qui étreint l’horizon

    Zéno Bianu. Infiniment proche – Le Désespoir n’existe pas – Éditions L’Arbalète/Gallimard (2000)


  • les voiles de la nuit

    quand les voiles de la nuit
    quitteront les quais déserts
    pour m’embarquer de force
    vers le trou du grand large

    avant de partir j’entasserai
    dans ma besace les trésors
    qui m’ont rajeuni l’âme
    tout au long du chemin

    je cueillerai des morceaux
    de nature et de tableaux
    ayant capté le vrai dans l’invisible
    et le souffle dans la création

    j’accrocherai quelques notes
    l’une derrière l’autre
    tourbillon de contrastes
    grimpant vers le ciel

    de mes rêves j’emporterai
    les baisers non donnés
    gorgés d’étranges frissons
    à la douceur inconnue

    de ma vie les soleils rouges
    ayant illuminé mon cœur
    des horizons non gagnés
    pour m’avoir ébloui

    je changerai l’un de tes sourires
    en un souple trait d’infini
    pour que le vent des soupirs
    m’effleure sans remords

    je volerai un rayon de tes yeux
    pour que sa lumière m’éclaire
    dans ma traversée solitaire
    vers l’ombre et le silence

    puis je laisserai le temps
    voleur transmutant
    ravir l’éclat des autres
    pour l’exiler dans l’oubli

    j’oublierai tout le reste
    et dans l’ultime geste
    solennel théâtral
    de comédie humaine

    je me draperai dans la soie
    de nos silences profonds
    pour que l’odeur de ta peau
    devienne mon dernier parfum

    Une illustration d'un paysage en hiver, montrant des arbres dépouillés de leurs feuilles sur un fond brumeux aux teintes grisâtres et beige, avec une lueur dorée à l'horizon.
    Valerius De Saedeleer – Verger en hiver (1907)
    A nude woman lying on a smooth, abstract surface against a dark background, conveying a sense of tranquility and introspection.
    Romaine Brooks – Le Trajet (1911)

    Texte de Luc Fayard illustré par six oeuvres d’artistes modernes : John Atkinson-Grimshaw – Nightfall Down the Thames(1880) ; Harald Sohlberg – Nuit d’hiver dans les montagnes(1914) ; Elihu Vedder – The Cup of Death(1885) ; Nicholas Roerich – Étoile du Héros(1936) ; Valerius De Saedeleer – Verger en hiver(1907) ; Romaine Brooks – Le Trajet(1911) ;


  • Plus de 1 000 Artistes et 700 Auteur(e)s publié(e)s par Amavero : nouvelle formule des index

    Une œuvre d'art représentant un personnage stylisé composé de livres avec un livre ouvert en guise de chapeau, évoquant la sagesse et la connaissance.
    Giuseppe Arcimboldo – Le Bibliothécaire (1566)

    A force de grandir, avec régulièrement de nouveaux auteurs et chaque jour de nouveaux artistes, Amavero a fini par être victime de son succès et ne plus savoir très bien où il en était.
    Alors nous avons pris le temps d’organiser nos infos sur les auteurs et sur les artistes, et surtout de le faire d’une manière qui permette une mise à jour automatique en temps réel.
    C’est chose faite après de longues heures de travail avec à la fois l’assistance (humaine) de wordpress.com qui est disponible, fait suffisamment rare pour être signalé, et en plus efficace et compétente et celle de plusieurs IA entre lesquelles nous avons partagé le travail: ChatGPT a longtemps été le partenaire principal du site et il est progressivement remplacé maintenant par Gemini, plus rapide. Et chaque fois qu’un problème un peu épineux se pose, nous préférons le confier à Claude qui nous parait être à la fois le meilleur développeur et le plus rapide.

    Nous espérons que vous allez apprécier ces outils qui vous permettent de trouver les auteurs et les artistes que vous cherchez , ou d’en découvrir. Vous vous apercevrez peut-être que selon les index , les compteurs peuvent avoir de petites différences. Ce ne sont pas des erreurs mais des approches différentes de recensement ! Une chose est sure: nous sommes à plus de 1 000 artistes et plus de 700 auteurs

    🫵🏽 Index Global (Artistes et Auteurs)

    Le point d’entrée facile avec un moteur de recherche spécialisé artiste-auteur et un affichage en liste, chaque nom affiché étant simplement indiqué comme auteur ou comme artiste avec un lien vers sa fiche standard.

    Au jour de publication: 1096 artistes et 167 auteurs r (sans compter évidemment les auteurs cités dans les autres univers, voir plus loin l’index global des auteurs)

    🫵🏽 Index des Artistes

    Il rassemble tous les artistes publiés par Amavero dans les publications d’art et pour chaque artiste, toutes les œuvres publiées.

    A ce jour : 1 072 artistes, 1893 œuvres.

    Oui, nous savons, Il faut faire un effort pour introduire davantage de nouveaux artistes ! Mais sur les grands noms ou sur les coups de coeur, on a parfois du mal à se réfréner….
    Exemple de citation pour un grand nom :

    Pierre Bonnard (7)

    • Vue de l’atelier d’artiste, Le Cannet (1947) → (art-moderne)

    D’abord le titre de l’œuvre avec sa date si possible, ensuite son endroit de publication dans Amavero (avec le nom du poème si elle est accolée à un texte), et si possible sa catégorie d’art; vous notez qu’une même œuvre peut être publiée plusieurs fois, dans plusieurs publications différentes : nous avons gardé toutes ses occurrences parce que nous pensons qu’elles peuvent vous intéresser.

    🫵🏽 Index des Auteurs

    Même principe que pour les artistes, tous les auteurs publiés pour Amavero dans les publications d’art ou choisis par Amavero dans les autres univers; avec un affichage soit global, soit par grand univers: Poèmes-art, Poèmes, Textes choisis, Citations, Bibliothèque.
    Et là aussi mise à jour en temps réel à chaque publication d’un nouvel auteur.
    Dans cette première version, nous avons recensé à l’heure ou nous publions : 746 auteurs.

    N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques ou suggestions sur l’utilisation de ces index :



Art et Poésie : dernières publications

  • Gaston Miron : La marche d’amour (1970)

    Tu as les yeux pers des champs de rosées
    tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière
    la douceur du fond des brises au mois de mai
    dans les accompagnements de ma vie en friche
    avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif
    moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches (1)
    moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir
    la tête en bas comme un bison dans son destin
    la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou
    pour la conjuration de mes manitous maléfiques
    moi qui ai des yeux où ciel et mer s’influencent
    pour la réverbération de ta mort lointaine
    avec cette tache errante de chevreuil que tu as

    tu viendras tout ensoleillée d’existence
    la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
    le corps mûri par les jardins oubliés
    où tes seins sont devenus des envoûtements
    tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras
    où tu changes comme les saisons
    je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine
    à bout de misères et à bout de démesures
    je veux te faire aimer la vie notre vie
    t’aimer fou de racines à feuilles et grave
    de jour en jour à travers nuits et gués
    de moellons nos vertus silencieuses

    je finirai bien par te rencontrer quelque part
    bon dieu!
    et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
    par le mince regard qui me reste au fond du froid
    j’affirme ô mon amour que tu existes
    je corrige notre vie

    nous n’irons plus mourir de langueur
    à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
    des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
    les épaules baignées de vols de mouettes
    non
    j’irai te chercher nous vivrons sur la terre
    la détresse n’est pas incurable qui fait de moi
    une épave de dérision, un ballon d’indécence
    un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions
    profondes
    frappe l’air et le feu de mes soifs
    coule-moi dans tes mains de ciel de soie
    la tête la première pour ne plus revenir
    si ce n’est pour remonter debout à ton flanc
    nouveau venu de l’amour du monde
    constelle-moi de ton corps de voie lactée
    même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon
    une sorte de marais, une espèce de rage noire
    si je fus cabotin, concasseur de désespoir
    j’ai quand même idée farouche
    de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas connue
    dans les giboulées d’étoiles de mon ciel
    je passe les poings durs au vent
    j’ai un cœur de mille chevaux-vapeur
    j’ai un cœur comme la flamme d’une chandelle
    toi tu as la la tête d’abîme douce n’est-ce-pas
    la nuit de saule dans tes cheveux
    un visage enneigé de hasards et de fruits
    un regard entretenu de sources cachées
    et mille chants d’insectes dans tes veines
    et mille pluies de pétales dans tes caresses

    tu es mon amour
    ma clameur mon bramement
    tu es mon amour ma ceinture fléchée (2) d’univers
    ma danse carrée (3) des quatre coins d’horizon
    le rouet des écheveaux de mon espoir
    tu es ma réconciliation batailleuse
    mon murmure de jours à à mes cils d’abeille
    mon eau bleue de fenêtre
    dans les hauts vols de buildings
    mon amour
    de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
    tu es ma chance ouverte et mon encerclement
    à cause de toi
    mon courage est un sapin toujours vert
    et j’ai du chiendent d’achigan (4) plein l’âme
    tu es belle de tout l’avenir épargné
    d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
    ouvre-moi tes bras que j’entre au port
    et mon corps d’amoureux viendra rouler
    sur les talus du mont Royal
    orignal, quand tu brames orignal
    coule-moi dans ta plainte osseuse
    fais-moi passer tout cabré tout empanaché
    dans ton appel et ta détermination

    Montréal est grand comme un désordre universel
    tu es assise quelque part avec l’ombre et ton cœur
    ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
    fille dont le visage est ma route aux réverbères
    quand je plonge dans les nuits de sources
    si jamais je te rencontre fille
    après les femmes de la soif glacée
    je pleurerai te consolerai
    de tes jours sans pluies et sans quenouilles
    des circonstances de l’amour dénoué
    j’allumerai chez toi les phares de la douceur
    nous nous reposerons dans la lumière
    de toutes les mers en fleurs de manne
    puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
    tu seras heureuse fille heureuse
    d’être la femme que tu es dans mes bras
    le monde entier sera changé en toi et moi

    la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
    de pas voletant par les lacs de portage
    mes absolus poings
    ah violence de délices et d’aval
    j’aime
    que j’aime
    que tu t’avances
    frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube
    par ce temps profus d’épilobes (5) en beauté
    sur ces grèves où l’été
    pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
    harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
    ton corps tiède de pruche (6) à mes bras pagayeurs
    lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
    et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
    je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
    je roule en toi
    tous les saguenays (7) d’eau noire de ma vie
    je fais naître en toi
    les frénésies de frayères au fond du cœur d’outaouais (8)
    puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta
    gorge
    terre meuble de l’amour ton corps
    se soulève en tiges pêle-mêle
    je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi
    avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
    je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang
    haletant
    harcelé de néant
    et dynamité
    de petites apocalypses
    les deux mains dans les furies dans les féeries
    ô mains
    ô poings
    comme des cogneurs de folles tendresses

    mais que tu m’aimes et si tu m’aimes
    s’exhalera le froid natal de mes poumons
    le sang tournera ô grand cirque
    je sais que tout amour
    sera retourné comme un jardin détruit
    qu’importe je serai toujours si je suis seul
    cet homme de lisière à bramer ton nom
    éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
    mon amour ô ma plainte
    de merle-chat (9) dans la nuit buissonneuse
    ô fou feu froid de la neige
    beau sexe léger ô ma neige
    mon amour d’éclairs lapidée
    morte
    dans le froid des plus lointaines flammes

    puis les années m’emportent sens dessus dessous
    je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau
    des voix murmurent les récits de ton domaine
    à part moi je me parle
    que vais-je devenir dans ma force fracassée
    ma force noire du bout de mes montagnes
    pour te voir à jamais je déporte mon regard
    je me tiens aux écoutes des sirènes
    dans la longue nuit effilée du clocher de
    Saint-Jacques

    et parmi ces bouts de temps qui halètent
    me voici de nouveau campé dans ta légende
    tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
    les chevaux de bois de tes rires
    tes yeux de paille et d’or
    seront toujours au fond de mon cœur
    et ils traverseront les siècles

    je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
    lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme
    je marche à toi, je titube à toi, je bois
    à la gourde vide du sens de la vie
    à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
    à ces taloches de vent sans queue et sans tête
    je n’ai plus de visage pour l’amour
    je n’ai plus de visage pour rien de rien
    parfois je m’assois par pitié de moi
    j’ouvre mes bras à la croix des sommeils
    mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
    avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
    je n’attends pas à demain je t’attends
    je n’attends pas la fin du monde je t’attends
    dégagé de la fausse auréole de ma vie

    L’homme rapaillé. nrf/Poésie/Gallimard, 1970
    Grande figure de la poésie contemporaine québécoise. (1928-1996) En québécois « rapailler » veut dire ramasser des choses dispersées. L’homme rapaillé c’est )à la fois le poète et sa mémoire et le peuple québécois et son identité.

    Explications des québécismes
    1. fardoche : broussaille
    2. ceinture fléchée : ceinture de laine tressée à la main avec des motifs en pointe de flèche portée traditionnellement au 19e siècle au Québec
    3. danse carrée : danse traditionnelle
    4. achigan : poisson d’eau douce combatif
    5. épilobe : plante sauvage aux fleurs à couleurs vives
    6. pruche : grand arbre résineux
    7. saguenay : nom d’une rivière`
    8. outaouais : nom d’une rivière
    9. merle-chat : oiseau au cri ressemblant à celui du chat

    Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland qui nous a fait découvrir ce très grand poète québécois !

    Gaston Miron : La marche d’amour (1970)

  • Henri Michaux : La Lettre (1943)

    Henri Michaux : La Lettre (1943)

  • Jules Laforgue : Les après-midi d’automne

    Oh ! les après-midi solitaires d’automne!
    Il neige à tout jamais. On tousse. On n’a personne.
    Un piano voisin joue un air monotone;
    Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne.

    Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort.
    Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort!
    Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort ?
    Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.

    Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l’idole,
    Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console !…
    Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,

    Je mettrais follement mon front dans ses genoux,
    Et je resterais là, sans dire une parole,
    À pleurer jusqu’au soir, tant ce serait trop doux.

    Poésies de jeunesse ou Le Sanglot de la Terre. Publication posthume en 1903 in Œuvres complètes, Mercure de France. Jules Laforgue est mort à 27 ans en 1887.

    Jules Laforgue : Les après-midi d’automne

  • Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

    Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

  • Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

    Je lis dans ma main, ô Patrie,
    si douce ta géographie.
    Ma ligne de vie qui s’élève
    suit le tracé de tes volcans,
    puis redescend, ligne de cœur,
    jusqu’à la base de mes doigts.

    Mes mains sont ta superficie,
    l’image vive de ta peau.
    Carte de monts. Monts que je veux
    appeler: Coutchoumatanès¹,
    cimes qui montrent leur turquoise
    au saphir de la Mer du Sud.

    Que le Tacana², doigt géant,
    garde l’entrée de la surprise
    quand le maïs enfin se change
    en grain comestible pour l’homme,
    de ta chair céréale humaine.

    Le mont diaphane de la Lune
    est, dans ta main, un lac ancien
    avec sur ses bords douze temples.
    De là partit ton peuple enfant
    — potier, sculpteur ou tisserand —
    à la conquête de l’aurore.

    Poussière de clarté dans l’ombre,
    harmonie au creux de ma main,
    ma ligne solaire est la conque
    profonde où j’entends retentir
    des fleuves sourds, tels des atlantes,
    d’autres rapides, suicidés.

    J’écoute, l’oreille collée
    au sol de ta carte vivante
    que je porte ici dans mes mains,
    carillonner toutes tes cloches,
    clignoter toutes tes étoiles,

    Pour mon mariage avec ma terre,
    mes amis, je veux comme anneau
    une luciole solitaire.
    Que, l’immense nuit de ma mort,
    ma tempe dorme sur ma main
    à la luciole solitaire.

    1. Coutchoumatanès (Cuchumatanes): hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de point de repère aux marins dans la mer du Sud. (N. d. T.)
    2. Le Tacana (El Tacaná): volcan du Guatemala. (N. d. T.)

    Messages indiens (1958) in Poèmes indiens, nrf/Poésie/Gallimard, 2024.. Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand. 1899-1974, Guatemaltèque, Prix Nobel de littérature en 1967

    Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland pour sa lecture documentée du poète.

    Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

  • Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

    Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

  • Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

    Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir.
    A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver.
    129

    Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais!
    Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera!
    149

    Je suis un habitant, mais d’où ?
    Soy un habitante, pero ¿de dónde?
    190

    La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires.
    La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios.
    399

    Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur.
    Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también
    que haya altura.
    542

    Quand les étoiles s’abaissent, qu’il est triste de baisser les yeux pour
    les voir !
    Cuando las estrellas bajan, ¡qué triste es bajar los ojos para verlas!
    594

    Mes mains se sont tellement raccourcies, de tellement se tendre en vain, qu’elles n’arrivent même plus jusqu’aux étoiles.
    Mis manos se han acortado tanto, de tanto alargarse en vano, que ya no alcanzan ni hasta las estrellas.
    1098

    Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ».
    Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo
    nodria ser justo con lados y con
    1103

    Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à
    être. Ce n’est pas être.
    Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser.
    1110

    Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un.
    Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien.
    1122

    Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement
    souffrir.
    El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer.
    1145

    Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182
    Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde
    .


    Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

  • Luis de León  : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

  • Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

    1
    En haut sur la cime
    Le jardin entier est lune,
    Lune d’or.
    Plus précieux le frôlement
    De ta bouche dans l’ombre.

    2
    La voix de l’oiseau
    Que la pénombre recouvre
    On ne l’entend plus.
    Tu marches dans ton jardin
    Quelque chose, oui, te manque.

    3
    La coupe d’un autre,
    L’épée qui fut une épée
    Dans une autre main,
    La lune de cette rue,
    Dis-moi, n’est-ce pas assez?

    4
    Il est sous la lune
    Le tigre fait d’or et d’ombre
    Il fixe ses griffes
    Il ne sait pas qu’au matin
    Elles ont tué un homme.

    5
    Triste cette pluie
    Qui sur le marbre s’égoutte,
    Triste d’être terre.
    Triste, n’être pas les jours
    De l’homme, le rêve, l’aube.

    6
    N’être pas tombé
    Comme d’autres de ma race,
    Au champ de bataille.
    Être dans la vaine nuit
    Seul à compter les syllabes.

    Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010

    NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.

    Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

  • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    Un jour se perd
    Dans le ciel fait en hâte
    La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
    Un jour se perd
    Ouvrir et fermer des portes
    La graine du soleil s’ouvre sans bruit
    Un jour commence
    La brume gravit la colline
    Un homme descend la rivière
    Ils se rencontrent dans tes yeux
    Tu te perds dans le jour
    Chantant dans le feuillage de la lumière
    Des cloches sonnent au loin
    Chaque appel est une vague
    Chaque vague ensevelit à jamais
    Un geste une parole la lumière contre le nuage
    Tu ris et te peignes distraite
    Un jour commence à tes pieds
    Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
    De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
    Ce qui est visible et palpable dehors
    Ce qui est intérieur et sans nom
    A tâtons se cherchent en nous
    Suivent la marche du langage
    Passent le pont que leur tend cette image
    Comme la lumière entre les doigts ils glissent
    Comme toi-même entre mes mains
    Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
    Un jour commence en mes paroles
    Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
    Ombre de ton corps lumière de ton ombre
    Maille de chaleur peau de ta lumière
    Un jour commence dans ta bouche.

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

  • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    Antonio Corradini : Dama velata (1722)

  • Roberto Juarroz

    Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

    Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

    Roberto Juarroz

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025