Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 822 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
De l’éducation familiale, j’ai retenu deux choses en particulier: le respect de l’écrit et celui de la nourriture. « Chaque bol de riz est… Lire


  • Juana-Inés de la Cruz : Detente, sombra de mi bien esquivo (1689) – Arrête-toi, ombre de mon bien insaisissable

    Detente, sombra de mi bien esquivo,
    imagen del hechizo que más quiero,
    bella ilusión por quien alegre muero,
    dulce ficción por quien penosa vivo.

    Si al imán de tus gracias atractivo
    sirve mi pecho de obediente acero,
    ¿para qué me enamoras lisonjero
    si has de burlarme luego fugitivo?

    Mas blasonar no puedes satisfecho
    de que triunfa de mí tu tiranía:
    que aunque dejas burlado el lazo
    estrecho

    que tu forma fantástica ceñía,
    poco importa burlar brazos y pecho
    si te labra prisión mi fantasía.

    Arrête-toi, ombre de mon bien insaisissable,
    image du charme que j’aime le plus ;
    belle illusion pour qui je meurs heureuse,
    douce fiction pour qui je vis douloureuse.

    Si, aimant attiré par tant de grâces,
    mon cœur se fait acier docile et fidèle,
    pourquoi me séduire, flatteur et cruel,
    si c’est pour fuir et me trahir sans trace ?

    Mais ne crois pas pouvoir te glorifier
    du triomphe orgueilleux de ta tyrannie :
    même si se rompt le lien resserré

    dont ton fantôme entourait ma folie,
    qu’importe d’échapper à mes bras blessés,
    si ma pensée te retient prisonnière.

    Miguel Cabrera – Sor Juana Inés de la Cruz (1750)

    Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana, ou sœur Juana Inés de la Cruz ou Jeanne-Agnès de la Croix, née le 2 décembre 1648 ou le 12 novembre 1651 à San Miguel Nepantla (Espagne), une localité rattachée par la suite à la municipalité mexicaine de Tepetlixpa et morte le 17 avril 1695 à Mexico (Vice-Royauté de Nouvelle-Espagne), est une religieuse catholique (hiéronymite), poétesse et dramaturge de la Nouvelle-Espagne, considérée comme mexicaine par de nombreux auteurs. Son œuvre poétique figure parmi les plus emblématiques de la langue espagnole (Wikipedia). Ce poème paraît dans le premier volume de ses œuvres complètes, intitulé : « Inundación Castálida » (L’Inondation Castalide), publié à Madrid en 1689.


  • Admirez les œuvres d’art de votre année de naissance

    Collection Amavero

    Votre année en peinture

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  • Ton regard bleu mon vieux

    Ton regard bleu mon vieux,
    Tes bras comme deux bouts de bois craquent,
    Comme les feuilles qui tapissent ton univers,
    Où tu écoutes parler la forêt en fumant ta pipe.
    Et voilà l’hiver qui t’attrape dans le labyrinthe,
    De cette vie faite de collines et de rêves en relief.
    J’aurais aimé garder ces moments sur la terrasse,
    Où tu écoutais mes récitations peignant le néant ou la liberté.  

    Texte d’Agnès T, lectrice d’Amavero qui a tiré au sort une liste de 20 mots dans notre jeu poétique « 20 mots pour votre poème » et en a fait ce poème. Merci à Agnès de sa contribution !
    Liste des mots: regard, bleu, vieux, bras, deux, bout , bois, feuille, univers, écoute, parler, voilà, hiver, vie, rêve, aimer, , garder, moment, néant, liberté


  • La Galerie des Impressionnistes : immersion dans 460 chefs d’œuvres

    Bienvenue dans cette galerie monumentale : une immersion inédite au cœur de l’impressionnisme à travers 460 œuvres soigneusement sélectionnées par Amavero. Plus qu’une simple exposition, nous vous offrons ici un véritable outil d’exploration artistique, conçu pour s’adapter à votre curiosité.

    Les Galeries Interactives : Parcourez les œuvres au fil de leur publication. Chaque image est une porte d’entrée : un clic vous mène soit vers le poème et l’analyse dédiés à l’œuvre, soit vers un agrandissement plein écran pour en admirer la texture et la lumière.

    Les Index des Artistes : Vous recherchez un maître particulier ? Notre index alphabétique intelligent classe les œuvres par nom de famille. De Caillebotte à Van Gogh, accédez instantanément à l’intégralité des tableaux répertoriés pour chaque peintre.

    Navigation Fluide : Utilisez la pagination au bas de la galerie pour voyager à travers les collections sans perdre le fil de votre contemplation.

    Laissez-vous porter par la couleur et le mouvement : tout l’esprit impressionniste est désormais à votre portée.


  • Composez votre portrait en mosaïque impressionniste

    Amavero – Mosaïque d’œuvres d’art impressionnistes reconstituant « Femme cousant » de Pierre-Auguste Renoir (2026)

    Choisissez l’œuvre qui vous plait dans la Galerie de l’impressionnisme.
    Transformez-la grâce à Amavero en une mosaïque d’art d’oeuvres d’art uniquement impressionnistes (comme le fait le Portrait-mosaïque d’une photo transformée à partir de l’ensemble des galeries d’art).

    Voir l’exemple de Femme cousant de Pierre-Auguste Renoir transformé en mosaïque impressionniste et cliquez sur chacune des vignettes pour admirer plus de 400 chefs-d’œuvres impressionnistes français et étrangers.

    Mais vous pouvez aussi choisir de nous envoyer votre photo de portrait !

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    Art et Poésie : dernières publications

    • Gaston Miron : La marche d’amour (1970)

      Tu as les yeux pers des champs de rosées
      tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière
      la douceur du fond des brises au mois de mai
      dans les accompagnements de ma vie en friche
      avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif
      moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches (1)
      moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir
      la tête en bas comme un bison dans son destin
      la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou
      pour la conjuration de mes manitous maléfiques
      moi qui ai des yeux où ciel et mer s’influencent
      pour la réverbération de ta mort lointaine
      avec cette tache errante de chevreuil que tu as

      tu viendras tout ensoleillée d’existence
      la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
      le corps mûri par les jardins oubliés
      où tes seins sont devenus des envoûtements
      tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras
      où tu changes comme les saisons
      je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine
      à bout de misères et à bout de démesures
      je veux te faire aimer la vie notre vie
      t’aimer fou de racines à feuilles et grave
      de jour en jour à travers nuits et gués
      de moellons nos vertus silencieuses

      je finirai bien par te rencontrer quelque part
      bon dieu!
      et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
      par le mince regard qui me reste au fond du froid
      j’affirme ô mon amour que tu existes
      je corrige notre vie

      nous n’irons plus mourir de langueur
      à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
      des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
      les épaules baignées de vols de mouettes
      non
      j’irai te chercher nous vivrons sur la terre
      la détresse n’est pas incurable qui fait de moi
      une épave de dérision, un ballon d’indécence
      un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions
      profondes
      frappe l’air et le feu de mes soifs
      coule-moi dans tes mains de ciel de soie
      la tête la première pour ne plus revenir
      si ce n’est pour remonter debout à ton flanc
      nouveau venu de l’amour du monde
      constelle-moi de ton corps de voie lactée
      même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon
      une sorte de marais, une espèce de rage noire
      si je fus cabotin, concasseur de désespoir
      j’ai quand même idée farouche
      de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas connue
      dans les giboulées d’étoiles de mon ciel
      je passe les poings durs au vent
      j’ai un cœur de mille chevaux-vapeur
      j’ai un cœur comme la flamme d’une chandelle
      toi tu as la la tête d’abîme douce n’est-ce-pas
      la nuit de saule dans tes cheveux
      un visage enneigé de hasards et de fruits
      un regard entretenu de sources cachées
      et mille chants d’insectes dans tes veines
      et mille pluies de pétales dans tes caresses

      tu es mon amour
      ma clameur mon bramement
      tu es mon amour ma ceinture fléchée (2) d’univers
      ma danse carrée (3) des quatre coins d’horizon
      le rouet des écheveaux de mon espoir
      tu es ma réconciliation batailleuse
      mon murmure de jours à à mes cils d’abeille
      mon eau bleue de fenêtre
      dans les hauts vols de buildings
      mon amour
      de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
      tu es ma chance ouverte et mon encerclement
      à cause de toi
      mon courage est un sapin toujours vert
      et j’ai du chiendent d’achigan (4) plein l’âme
      tu es belle de tout l’avenir épargné
      d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
      ouvre-moi tes bras que j’entre au port
      et mon corps d’amoureux viendra rouler
      sur les talus du mont Royal
      orignal, quand tu brames orignal
      coule-moi dans ta plainte osseuse
      fais-moi passer tout cabré tout empanaché
      dans ton appel et ta détermination

      Montréal est grand comme un désordre universel
      tu es assise quelque part avec l’ombre et ton cœur
      ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
      fille dont le visage est ma route aux réverbères
      quand je plonge dans les nuits de sources
      si jamais je te rencontre fille
      après les femmes de la soif glacée
      je pleurerai te consolerai
      de tes jours sans pluies et sans quenouilles
      des circonstances de l’amour dénoué
      j’allumerai chez toi les phares de la douceur
      nous nous reposerons dans la lumière
      de toutes les mers en fleurs de manne
      puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
      tu seras heureuse fille heureuse
      d’être la femme que tu es dans mes bras
      le monde entier sera changé en toi et moi

      la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
      de pas voletant par les lacs de portage
      mes absolus poings
      ah violence de délices et d’aval
      j’aime
      que j’aime
      que tu t’avances
      frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube
      par ce temps profus d’épilobes (5) en beauté
      sur ces grèves où l’été
      pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
      harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
      ton corps tiède de pruche (6) à mes bras pagayeurs
      lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
      et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
      je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
      je roule en toi
      tous les saguenays (7) d’eau noire de ma vie
      je fais naître en toi
      les frénésies de frayères au fond du cœur d’outaouais (8)
      puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta
      gorge
      terre meuble de l’amour ton corps
      se soulève en tiges pêle-mêle
      je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi
      avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
      je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang
      haletant
      harcelé de néant
      et dynamité
      de petites apocalypses
      les deux mains dans les furies dans les féeries
      ô mains
      ô poings
      comme des cogneurs de folles tendresses

      mais que tu m’aimes et si tu m’aimes
      s’exhalera le froid natal de mes poumons
      le sang tournera ô grand cirque
      je sais que tout amour
      sera retourné comme un jardin détruit
      qu’importe je serai toujours si je suis seul
      cet homme de lisière à bramer ton nom
      éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
      mon amour ô ma plainte
      de merle-chat (9) dans la nuit buissonneuse
      ô fou feu froid de la neige
      beau sexe léger ô ma neige
      mon amour d’éclairs lapidée
      morte
      dans le froid des plus lointaines flammes

      puis les années m’emportent sens dessus dessous
      je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau
      des voix murmurent les récits de ton domaine
      à part moi je me parle
      que vais-je devenir dans ma force fracassée
      ma force noire du bout de mes montagnes
      pour te voir à jamais je déporte mon regard
      je me tiens aux écoutes des sirènes
      dans la longue nuit effilée du clocher de
      Saint-Jacques

      et parmi ces bouts de temps qui halètent
      me voici de nouveau campé dans ta légende
      tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
      les chevaux de bois de tes rires
      tes yeux de paille et d’or
      seront toujours au fond de mon cœur
      et ils traverseront les siècles

      je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
      lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme
      je marche à toi, je titube à toi, je bois
      à la gourde vide du sens de la vie
      à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
      à ces taloches de vent sans queue et sans tête
      je n’ai plus de visage pour l’amour
      je n’ai plus de visage pour rien de rien
      parfois je m’assois par pitié de moi
      j’ouvre mes bras à la croix des sommeils
      mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
      avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
      je n’attends pas à demain je t’attends
      je n’attends pas la fin du monde je t’attends
      dégagé de la fausse auréole de ma vie

      L’homme rapaillé. nrf/Poésie/Gallimard, 1970
      Grande figure de la poésie contemporaine québécoise. (1928-1996) En québécois « rapailler » veut dire ramasser des choses dispersées. L’homme rapaillé c’est )à la fois le poète et sa mémoire et le peuple québécois et son identité.

      Explications des québécismes
      1. fardoche : broussaille
      2. ceinture fléchée : ceinture de laine tressée à la main avec des motifs en pointe de flèche portée traditionnellement au 19e siècle au Québec
      3. danse carrée : danse traditionnelle
      4. achigan : poisson d’eau douce combatif
      5. épilobe : plante sauvage aux fleurs à couleurs vives
      6. pruche : grand arbre résineux
      7. saguenay : nom d’une rivière`
      8. outaouais : nom d’une rivière
      9. merle-chat : oiseau au cri ressemblant à celui du chat

      Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland qui nous a fait découvrir ce très grand poète québécois !

      Gaston Miron : La marche d’amour (1970)

    • Henri Michaux : La Lettre (1943)

      Henri Michaux : La Lettre (1943)

    • Jules Laforgue : Les après-midi d’automne

      Oh ! les après-midi solitaires d’automne!
      Il neige à tout jamais. On tousse. On n’a personne.
      Un piano voisin joue un air monotone;
      Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne.

      Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort.
      Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort!
      Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort ?
      Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.

      Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l’idole,
      Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console !…
      Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,

      Je mettrais follement mon front dans ses genoux,
      Et je resterais là, sans dire une parole,
      À pleurer jusqu’au soir, tant ce serait trop doux.

      Poésies de jeunesse ou Le Sanglot de la Terre. Publication posthume en 1903 in Œuvres complètes, Mercure de France. Jules Laforgue est mort à 27 ans en 1887.

      Jules Laforgue : Les après-midi d’automne

    • Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

      Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

    • Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

      Je lis dans ma main, ô Patrie,
      si douce ta géographie.
      Ma ligne de vie qui s’élève
      suit le tracé de tes volcans,
      puis redescend, ligne de cœur,
      jusqu’à la base de mes doigts.

      Mes mains sont ta superficie,
      l’image vive de ta peau.
      Carte de monts. Monts que je veux
      appeler: Coutchoumatanès¹,
      cimes qui montrent leur turquoise
      au saphir de la Mer du Sud.

      Que le Tacana², doigt géant,
      garde l’entrée de la surprise
      quand le maïs enfin se change
      en grain comestible pour l’homme,
      de ta chair céréale humaine.

      Le mont diaphane de la Lune
      est, dans ta main, un lac ancien
      avec sur ses bords douze temples.
      De là partit ton peuple enfant
      — potier, sculpteur ou tisserand —
      à la conquête de l’aurore.

      Poussière de clarté dans l’ombre,
      harmonie au creux de ma main,
      ma ligne solaire est la conque
      profonde où j’entends retentir
      des fleuves sourds, tels des atlantes,
      d’autres rapides, suicidés.

      J’écoute, l’oreille collée
      au sol de ta carte vivante
      que je porte ici dans mes mains,
      carillonner toutes tes cloches,
      clignoter toutes tes étoiles,

      Pour mon mariage avec ma terre,
      mes amis, je veux comme anneau
      une luciole solitaire.
      Que, l’immense nuit de ma mort,
      ma tempe dorme sur ma main
      à la luciole solitaire.

      1. Coutchoumatanès (Cuchumatanes): hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de point de repère aux marins dans la mer du Sud. (N. d. T.)
      2. Le Tacana (El Tacaná): volcan du Guatemala. (N. d. T.)

      Messages indiens (1958) in Poèmes indiens, nrf/Poésie/Gallimard, 2024.. Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand. 1899-1974, Guatemaltèque, Prix Nobel de littérature en 1967

      Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland pour sa lecture documentée du poète.

      Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

    • Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

      Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

    • Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

      Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir.
      A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver.
      129

      Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais!
      Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera!
      149

      Je suis un habitant, mais d’où ?
      Soy un habitante, pero ¿de dónde?
      190

      La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires.
      La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios.
      399

      Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur.
      Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también
      que haya altura.
      542

      Quand les étoiles s’abaissent, qu’il est triste de baisser les yeux pour
      les voir !
      Cuando las estrellas bajan, ¡qué triste es bajar los ojos para verlas!
      594

      Mes mains se sont tellement raccourcies, de tellement se tendre en vain, qu’elles n’arrivent même plus jusqu’aux étoiles.
      Mis manos se han acortado tanto, de tanto alargarse en vano, que ya no alcanzan ni hasta las estrellas.
      1098

      Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ».
      Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo
      nodria ser justo con lados y con
      1103

      Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à
      être. Ce n’est pas être.
      Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser.
      1110

      Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un.
      Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien.
      1122

      Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement
      souffrir.
      El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer.
      1145

      Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182
      Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde
      .


      Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

    • Luis de León  : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

      Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    • Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

      1
      En haut sur la cime
      Le jardin entier est lune,
      Lune d’or.
      Plus précieux le frôlement
      De ta bouche dans l’ombre.

      2
      La voix de l’oiseau
      Que la pénombre recouvre
      On ne l’entend plus.
      Tu marches dans ton jardin
      Quelque chose, oui, te manque.

      3
      La coupe d’un autre,
      L’épée qui fut une épée
      Dans une autre main,
      La lune de cette rue,
      Dis-moi, n’est-ce pas assez?

      4
      Il est sous la lune
      Le tigre fait d’or et d’ombre
      Il fixe ses griffes
      Il ne sait pas qu’au matin
      Elles ont tué un homme.

      5
      Triste cette pluie
      Qui sur le marbre s’égoutte,
      Triste d’être terre.
      Triste, n’être pas les jours
      De l’homme, le rêve, l’aube.

      6
      N’être pas tombé
      Comme d’autres de ma race,
      Au champ de bataille.
      Être dans la vaine nuit
      Seul à compter les syllabes.

      Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010

      NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.

      Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

    • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

      Un jour se perd
      Dans le ciel fait en hâte
      La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
      Un jour se perd
      Ouvrir et fermer des portes
      La graine du soleil s’ouvre sans bruit
      Un jour commence
      La brume gravit la colline
      Un homme descend la rivière
      Ils se rencontrent dans tes yeux
      Tu te perds dans le jour
      Chantant dans le feuillage de la lumière
      Des cloches sonnent au loin
      Chaque appel est une vague
      Chaque vague ensevelit à jamais
      Un geste une parole la lumière contre le nuage
      Tu ris et te peignes distraite
      Un jour commence à tes pieds
      Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
      De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
      Ce qui est visible et palpable dehors
      Ce qui est intérieur et sans nom
      A tâtons se cherchent en nous
      Suivent la marche du langage
      Passent le pont que leur tend cette image
      Comme la lumière entre les doigts ils glissent
      Comme toi-même entre mes mains
      Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
      Un jour commence en mes paroles
      Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
      Ombre de ton corps lumière de ton ombre
      Maille de chaleur peau de ta lumière
      Un jour commence dans ta bouche.

      Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
      Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

      Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

      Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    • Roberto Juarroz

      Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

      Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

      Roberto Juarroz

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    Une de La Gazette d'Amavero n°5 du 26 mai 2025