Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Il y a deux sortes de vérité : la vérité simple et la vérité absolue. La vérité simple est le contraire du mensonge. Le contraire de la… Lire


  • jardin en friche (friche)

    que vas-tu trouver si tu plonges en toi
    la plupart du temps un jardin en friche
    non clos ouvert aux courants d’air
    tout y grandit poussé par le vent
    et tu t’agites là-dedans
    comme un jardinier épileptique
    l’herbe est raide la graine sauvage
    ta nature profonde vit sans respect
    des lois de l’harmonie plate
    rebelle tu fouines tu creuses
    tu verras des fleurs aux couleurs violentes
    dans des recoins sombres
    et du chiendent dans ta plus belle plate-bande
    tu verras des lignes de fuite brisées
    dans des allées trop larges
    le temps est fragile dans ton jardin fou
    le soleil y chauffe trop fort
    la pluie tombe à verse
    tout pousse trop vite ou tout brûle
    et tes mains mon Dieu tes belles mains d’artiste
    regarde les rongées creusées gercées
    par les travaux de terrassier
    qui usent ton souffle et ton dos

    fou tu continues pourtant
    et voici qu’un soir un peu plus calme
    la brise et le ciel doux se tenant la main émules
    les oiseaux pépiant pour une fois sans tumulte
    assis contre le mur aux vieux vergers
    tu contemples ta vie agitée
    et elle te plait


  • ambiance train

    ambiance train fin de journée
    de quai en quai ça bouge
    ils vont quelque part c’est sûr
    mus par un désir un besoin
    ils s’y pressent sans détour
    avec de gros sacs
    ou de petites larmes cachées
    chacun sait pourquoi il est là
    ou fait semblant de s’en contenter
    c’est rare d’errer dans une gare
    une gare ça aiguille ça bourdonne
    ça distribue les chemins
    ça ne pense pas une gare
    ça bruisse
    ici on ne vaque pas on va
    et puis la machine s’ébranle
    emportant toutes ces vies dans ses mains
    destins unis par le même bruit balancé
    tous dans le même train train
    ils se disperseront arrêt après arrêt
    comme un jeu de cartes envolées
    pétales de marguerite effeuillés
    par le souffle mécanique du train
    trieur de hasard et de destinées
    je n’aime pas le train
    ni la fin de journée


  • le jeune berger

    Ces drôles de gens pressés
    Je les entendais depuis longtemps
    Ils se sont arrêtés dans un bruit de ferraille
    Avec leur vieille bagnole pourrie
    C’est malin tout le troupeau a fui

    Pourquoi me regardent-ils comme ça ?
    Étrangers, salut !
    Voici ma terre ses pierres dures et noires
    Voici le fleuve Indus toujours pressé
    Qui court après les nuages
    Voici les montagnes immenses de mon pays
    Vous pouvez lever la tête
    Elles seront toujours plus hautes que vous (rire)

    Ici, le sol est gris comme la vie
    Le ciel bleu comme les rêves

    Les bêtes sont loin maintenant
    Il faut que j’aille les chercher
    J’ai faim j’ai froid
    Pour une fois j’aimerai rentrer avant la nuit

    Les étrangers sont remontés dans leur voiture bruyante
    Ils agitaient leurs mains comme pour chasser les mouches
    Ils me souriaient en partant
    Comme si on se connaissait !

    Maman, que fais-tu en ce moment au village?
    Aujourd’hui, j’aurai préféré rester là-bas
    Jouer avec les cousins
    Prendre la petite sœur dans mes bras
    Écouter les histoires du grand-père
    Au lieu d’être ici
    Seul
    A nouveau


  • princesse

    c’est drôle elle croit sans doute
    qu’elle peut cacher sa beauté
    derrière la main
    alors que tout en elle flamboie
    elle est la grâce effarouchée
    ce n’est pas le hasard
    qui crée son éclat
    les cheveux noirs
    se rassemblent savamment
    les étoffes explosent
    les bracelets s’imposent
    qui connaîtra jamais
    l’infinité de son sourire

    la façon sensuelle qu’elle a
    de déployer son corps grand et droit
    son port de princesse du Thar
    la fait régner sans partage
    sur le désert indien
    seul un homme sensible et juste
    pourra apprécier un tel don du ciel
    bénie soit-elle


  • voie de l'homme

    homme libre et faible voici enfin ta voie
    dénuée de poussière et d’ortie
    écoute l’oracle guidé par l’amour
    assieds-toi un instant près de moi
    calme ton cœur qui bat trop fort
    à courir après l’informulé

    viens ici 

    tu peux déposer larmes et désir tragique
    mon ami mon frère écoute-moi
    la vérité que tu cherches est là
    mais tu ne la vois pas
    arbre décharné 
    tes branches nouées
    retourné en-dedans 
    phare à l’envers

    alors voici

    commence par te frotter à l’homme au lieu de le fuir
    nourris-toi du fond de ses regards fiers
    et c’est ainsi que naîtront tes nouveaux désirs
    ton âme blottie dans la chaleur des mers

    ensuite cherche en toute chose sa beauté
    mais au-delà d’elle nichée quelque part
    en haut d’une montagne derrière un nuage une mare
    un coin secret que tu découvriras émerveillé
    et ce sera ton jardin mystérieux éternel

    enfin demeure en tes mots avec la chair et non l’esprit
    tu es le temple de ta poésie
    seule vérité possible elle est la voie
    elle est la clé qui ouvre toutes les fois

    mon ami mon frère
    je ne te parle pas de bonheur ni de plénitude
    je te parle simplement de vivre
    et de la vraie richesse
    comme un sourire de pleine lune
    dans la nuit des doutes

    marche respire regarde sens pleure
    et dis-le



Art et Poésie : dernières publications

  • Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

    Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

  • Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

    Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir.
    A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver.
    129

    Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais!
    Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera!
    149

    Je suis un habitant, mais d’où ?
    Soy un habitante, pero ¿de dónde?
    190

    La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires.
    La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios.
    399

    Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur.
    Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también
    que haya altura.
    542

    Quand les étoiles s’abaissent, qu’il est triste de baisser les yeux pour
    les voir !
    Cuando las estrellas bajan, ¡qué triste es bajar los ojos para verlas!
    594

    Mes mains se sont tellement raccourcies, de tellement se tendre en vain, qu’elles n’arrivent même plus jusqu’aux étoiles.
    Mis manos se han acortado tanto, de tanto alargarse en vano, que ya no alcanzan ni hasta las estrellas.
    1098

    Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ».
    Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo
    nodria ser justo con lados y con
    1103

    Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à
    être. Ce n’est pas être.
    Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser.
    1110

    Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un.
    Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien.
    1122

    Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement
    souffrir.
    El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer.
    1145

    Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182
    Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde
    .


    Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

  • Luis de León  : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

  • Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

    1
    En haut sur la cime
    Le jardin entier est lune,
    Lune d’or.
    Plus précieux le frôlement
    De ta bouche dans l’ombre.

    2
    La voix de l’oiseau
    Que la pénombre recouvre
    On ne l’entend plus.
    Tu marches dans ton jardin
    Quelque chose, oui, te manque.

    3
    La coupe d’un autre,
    L’épée qui fut une épée
    Dans une autre main,
    La lune de cette rue,
    Dis-moi, n’est-ce pas assez?

    4
    Il est sous la lune
    Le tigre fait d’or et d’ombre
    Il fixe ses griffes
    Il ne sait pas qu’au matin
    Elles ont tué un homme.

    5
    Triste cette pluie
    Qui sur le marbre s’égoutte,
    Triste d’être terre.
    Triste, n’être pas les jours
    De l’homme, le rêve, l’aube.

    6
    N’être pas tombé
    Comme d’autres de ma race,
    Au champ de bataille.
    Être dans la vaine nuit
    Seul à compter les syllabes.

    Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010

    NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.

    Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

  • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    Un jour se perd
    Dans le ciel fait en hâte
    La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
    Un jour se perd
    Ouvrir et fermer des portes
    La graine du soleil s’ouvre sans bruit
    Un jour commence
    La brume gravit la colline
    Un homme descend la rivière
    Ils se rencontrent dans tes yeux
    Tu te perds dans le jour
    Chantant dans le feuillage de la lumière
    Des cloches sonnent au loin
    Chaque appel est une vague
    Chaque vague ensevelit à jamais
    Un geste une parole la lumière contre le nuage
    Tu ris et te peignes distraite
    Un jour commence à tes pieds
    Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
    De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
    Ce qui est visible et palpable dehors
    Ce qui est intérieur et sans nom
    A tâtons se cherchent en nous
    Suivent la marche du langage
    Passent le pont que leur tend cette image
    Comme la lumière entre les doigts ils glissent
    Comme toi-même entre mes mains
    Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
    Un jour commence en mes paroles
    Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
    Ombre de ton corps lumière de ton ombre
    Maille de chaleur peau de ta lumière
    Un jour commence dans ta bouche.

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

  • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    Antonio Corradini : Dama velata (1722)

  • Roberto Juarroz

    Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

    Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

    Roberto Juarroz

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

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  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

    Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

  • John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

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  • Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

    Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía
    hay un gesto que no empieza
    en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas
    por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá
    hay una forma callada de la voz
    en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío
    hay une línea que es la mesa y el vacío
    por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre
    hay un breve relámpago
    en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes
    nadie puede ser mucho tiempo,
    pero tampoco dios, que es otro borde,
    puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde
    il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort
    il y a des plantes foulées
    sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra
    il y a une forme silencieuse de la voix
    où tout est debout.

    Entre la table et le vide
    il y a une ligne qui est la table et le vide
    où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang
    il y a un éclair
    où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords
    nul ne peut survivre longtemps,
    et dieu lui-même, qui est un autre bord,
    ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025