Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage.…, ou Lao Tseu, Lao-Tzeu, Laozi ou Lao Zi, plus communément appelé en Chine… Lire
Lao-Tseu


  • marche et musique (rythme et souffle au pays de Bray)

    pas à pas note à note pulsions égrenées
    pentes du haut et du bas douces effrénées
    œil intérieur connecté sur le monde en soi
    et les mains qui plongent ou font la balançoire

    la marche et la musique une offrande et un cri
    ton corps appuyé sur la matière et le vide
    t’offre lentement une construction multiple
    qui se déroule devant toi comme la vie

    le cœur crescendo quand ça grimpe durement
    double croche des pulsations tambourinées
    et le soupir gai quand s’aplatit le chemin
    pour que se joue la mélodie ensorcelée

    le présent impérieux imprègne l’âme nue
    tu n’as plus en tête ni futur ni mémoire
    juste une singulière vibration qui enfle
    enlaçant à travers toi le ciel et la terre

    chaque mouvement possède sa propre note
    le tout assemblé formant un destin unique
    une harmonie assouvie rythmée par le souffle
    et ce souffle pur est un espoir un arôme

    ose l’audace de vagabonder
    sur la voie subite qui se révèle
    dans la nouvelle cadence imposée
    par le monde arbitraire que tu crées

    une voie rude et longue sinueuse
    pleine de larmes rires de sueurs
    qui découvre lentement ses richesses
    écouter la vie la divine ivresse

    et la voir naître plaisir permanent
    grâce à cet aller-retour incessant
    prendre et donner inspirer expirer
    ce que tu crées provient de ce qui est

    à chacun son pas sa note cri et bonheur
    conception pure d’un moment d’éternité
    la beauté ressemble à un puzzle dérobé
    qui se dévoile quand les mains se lient au cœur

    marcheur et musicien l’un et l’autre accompli
    l’équilibre nait de ce groupe en conjonction
    la sagesse découle de confrontations
    auxquelles se mêle un petit grain de folie

    l’amour de la vie inconnu qui t’envahit
    te prend prestement dans ses cercles dans ses bras
    pour t’emporter au-delà du bien et du mal
    vers un monde nouveau où tout se réalise

    le silence t’entourait comme le désert
    il s’emplit maintenant de pulsations intimes
    qui te relient à tous les peuples de la terre
    et tu entends ton cœur profond battre à ce rythme

    rythme et souffle plein et vide énergie
    lumière et ténèbres souffrance et joie
    effort constant âme et main pas à pas
    musique et marche symphonies de vie


  • miroir de la montagne

    ombre animée des sapins choyés par le vent
    pentes bienveillantes à la longue blancheur
    et ce silence or et bleu nappant les hauteurs
    hantées d’aigles et de gypaètes seulement

    là les couleurs et les mouvements se répondent
    et se mêlent pour créer de nouvelles vies
    de nouvelles formes et là de nouveaux cris
    la nature n’est pas un temple elle est une onde

    c’est le pays de l’âme aux deux penchants
    celui des crêtes aigües noires et hautaines
    qui défient les siècles et les vents
    et un peu plus bas celui des courbes molles
    qui sans cassure s’étendent langoureusement

    la montagne est un miroir dans le miroir
    vers le bas les lignes fusionnent et bourdonnent
    vers le haut elles s’écartent et se taisent
    la vallée absorbe tout dans son cirque

    sur la neige il ne reste que le crissement de ton pas
    rythmé par ton souffle étonné tendre
    quand tu vois les traces de l’oiseau cendre
    et que tu pleures ce qui se vit sans toi

    les faitages des chalets créent des lignes brisées
    qui se répètent comme un dessin d’enfant
    fragiles hirondelles sur un fil crispé
    vers l’adret les couleurs du bois s’avancent fièrement
    et jaillissent de la forêt tels des avant postes
    chacun niché sur son promontoire

    au village le clocher bariolé proclame sa joie
    les rues aussi ont une double nature
    elles lancent des flèches vers l’horizon butant sur un mont
    ou créent des entrelacs de mystères accolés

    la force de cette unité vient de la multiplicité des plans
    voici l’avant et l’après voici la nature et voici l’homme
    voici le combat et l’harmonie la rage et la prière
    ici on ne se perd pas on avance d’un pas ferme

    le visage est celui de la terre et des roches
    aussi tailladé aussi brun qu’elles
    le sourire ressemble à la musique des rivières
    l’éclat des yeux éclaire plus loin que toi

    ici les gestes anciens ne sont pas oubliés
    ni le passé des hommes acharnés
    ici le temps ne s’arrête pas il bat
    le tempo des pays éminents
    où la lenteur est un art de vivre
    où chaque pas compte comme une offrande
    et si le soupir vient
    un regard haut l’éteint

    ici le temps respire au rythme des couleurs
    et quand l’ancolie refleurit
    l’homme s’ébroue et revit
    la montagne est un miroir du bonheur


  • karakoum

    la vie est un désert de karakoum
    un vent qui secoue les arbrisseaux malingres
    le soleil coiffant tout comme un chapeau
    et la piste qui court et s’efface

    la vie est un désert de karakoum
    avec son cratère qui fait boum
    son canal large et droit survolé de buses infidèles
    et l’éternel pêcheur venu de nulle part

    la vie est un désert de karakoum
    jaune sale et vert pâle
    avec ses couleurs pas franches
    tout est long et lent insaisissable
    comme le sable

    la vie est un désert de karakoum
    sans ombre ni relief
    le temps s’endort et rêve
    rien ne finira jamais

    la vie est un désert de karakoum
    peuplé d’histoires cruelles
    et d’espoirs sacrifiés
    et l’homme avance
    malgré tout


  • chênes verts

    chênes verts dénoués de rustres restanques
    soleil filtré créant un relief fractionné
    terre ocre et âcre aux cailloux de rochers
    grattée çà et là par quelques sangliers tenaces
    les champignons se montrent insolents
    les truffes se cachent évidemment
    ici on les entend légers
    des oiseaux sont heureux
    ils sont chez eux
    l’air possède une densité spéciale
    cristalline comme un sourire irréfléchi
    ténébreuse comme la texture des sens inspirés
    il faudra que tout reste ainsi
    l’homme ne va rien changer à cette riante gravité
    juste y ajouter le souffle de son passé
    pour qu’il se marie à ce présent mature
    juste un instrument de plus accordé
    à la symphonie ambiguë de la nature


  • univers parallèle

    dans un univers parallèle
    la joie régnait en maitre
    les poissons zigzaguaient

    sur des vagues de folie
    fanforonnes les algues jouaient 
    de la trompette bouchée
    la même substance
    de légèreté douce
    régnait dans l’eau et l’air 
    riant de leurs bêtises
    les êtres vivants 
    déployaient leurs antennes
    en étendards de victoire
    c’était peut-être le paradis



Art et Poésie : dernières publications

  • Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

    Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

  • Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

    Je lis dans ma main, ô Patrie,
    si douce ta géographie.
    Ma ligne de vie qui s’élève
    suit le tracé de tes volcans,
    puis redescend, ligne de cœur,
    jusqu’à la base de mes doigts.

    Mes mains sont ta superficie,
    l’image vive de ta peau.
    Carte de monts. Monts que je veux
    appeler: Coutchoumatanès¹,
    cimes qui montrent leur turquoise
    au saphir de la Mer du Sud.

    Que le Tacana², doigt géant,
    garde l’entrée de la surprise
    quand le maïs enfin se change
    en grain comestible pour l’homme,
    de ta chair céréale humaine.

    Le mont diaphane de la Lune
    est, dans ta main, un lac ancien
    avec sur ses bords douze temples.
    De là partit ton peuple enfant
    — potier, sculpteur ou tisserand —
    à la conquête de l’aurore.

    Poussière de clarté dans l’ombre,
    harmonie au creux de ma main,
    ma ligne solaire est la conque
    profonde où j’entends retentir
    des fleuves sourds, tels des atlantes,
    d’autres rapides, suicidés.

    J’écoute, l’oreille collée
    au sol de ta carte vivante
    que je porte ici dans mes mains,
    carillonner toutes tes cloches,
    clignoter toutes tes étoiles,

    Pour mon mariage avec ma terre,
    mes amis, je veux comme anneau
    une luciole solitaire.
    Que, l’immense nuit de ma mort,
    ma tempe dorme sur ma main
    à la luciole solitaire.

    1. Coutchoumatanès (Cuchumatanes): hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de point de repère aux marins dans la mer du Sud. (N. d. T.)
    2. Le Tacana (El Tacaná): volcan du Guatemala. (N. d. T.)

    Messages indiens (1958) in Poèmes indiens, nrf/Poésie/Gallimard, 2024.. Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand. 1899-1974, Guatemaltèque, Prix Nobel de littérature en 1967

    Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland pour sa lecture documentée du poète.

    Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

  • Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

    Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

  • Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

    Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir.
    A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver.
    129

    Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais!
    Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera!
    149

    Je suis un habitant, mais d’où ?
    Soy un habitante, pero ¿de dónde?
    190

    La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires.
    La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios.
    399

    Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur.
    Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también
    que haya altura.
    542

    Quand les étoiles s’abaissent, qu’il est triste de baisser les yeux pour
    les voir !
    Cuando las estrellas bajan, ¡qué triste es bajar los ojos para verlas!
    594

    Mes mains se sont tellement raccourcies, de tellement se tendre en vain, qu’elles n’arrivent même plus jusqu’aux étoiles.
    Mis manos se han acortado tanto, de tanto alargarse en vano, que ya no alcanzan ni hasta las estrellas.
    1098

    Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ».
    Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo
    nodria ser justo con lados y con
    1103

    Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à
    être. Ce n’est pas être.
    Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser.
    1110

    Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un.
    Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien.
    1122

    Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement
    souffrir.
    El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer.
    1145

    Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182
    Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde
    .


    Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

  • Luis de León  : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

  • Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

    1
    En haut sur la cime
    Le jardin entier est lune,
    Lune d’or.
    Plus précieux le frôlement
    De ta bouche dans l’ombre.

    2
    La voix de l’oiseau
    Que la pénombre recouvre
    On ne l’entend plus.
    Tu marches dans ton jardin
    Quelque chose, oui, te manque.

    3
    La coupe d’un autre,
    L’épée qui fut une épée
    Dans une autre main,
    La lune de cette rue,
    Dis-moi, n’est-ce pas assez?

    4
    Il est sous la lune
    Le tigre fait d’or et d’ombre
    Il fixe ses griffes
    Il ne sait pas qu’au matin
    Elles ont tué un homme.

    5
    Triste cette pluie
    Qui sur le marbre s’égoutte,
    Triste d’être terre.
    Triste, n’être pas les jours
    De l’homme, le rêve, l’aube.

    6
    N’être pas tombé
    Comme d’autres de ma race,
    Au champ de bataille.
    Être dans la vaine nuit
    Seul à compter les syllabes.

    Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010

    NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.

    Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

  • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    Un jour se perd
    Dans le ciel fait en hâte
    La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
    Un jour se perd
    Ouvrir et fermer des portes
    La graine du soleil s’ouvre sans bruit
    Un jour commence
    La brume gravit la colline
    Un homme descend la rivière
    Ils se rencontrent dans tes yeux
    Tu te perds dans le jour
    Chantant dans le feuillage de la lumière
    Des cloches sonnent au loin
    Chaque appel est une vague
    Chaque vague ensevelit à jamais
    Un geste une parole la lumière contre le nuage
    Tu ris et te peignes distraite
    Un jour commence à tes pieds
    Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
    De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
    Ce qui est visible et palpable dehors
    Ce qui est intérieur et sans nom
    A tâtons se cherchent en nous
    Suivent la marche du langage
    Passent le pont que leur tend cette image
    Comme la lumière entre les doigts ils glissent
    Comme toi-même entre mes mains
    Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
    Un jour commence en mes paroles
    Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
    Ombre de ton corps lumière de ton ombre
    Maille de chaleur peau de ta lumière
    Un jour commence dans ta bouche.

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

  • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    Antonio Corradini : Dama velata (1722)

  • Roberto Juarroz

    Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

    Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

    Roberto Juarroz

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

    Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

    Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

  • John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

    John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025