Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
Qu’est-ce que la poésie? Une pensée dans une image


  • couple qui lit

    8 heures d’un matin gris
    Derrière la vitre embuée d’un MacDo, un couple prend son petit-déjeuner sous la lumière néon.
    Assis l’un en face de l’autre, chacun la tête penchée, l’homme est plongé dans un hebdo télé pas cher, la femme lit attentivement Le Parisien.
    D’habitude, c’est l’inverse, la femme scrute les programmes télé et l’homme les pages PMU.
    Il est resté quelques secondes dehors à les regarder.
    Ils n’ont pas levé la tête.
    Ils ne se parlent pas, ils lisent, chacun la main posée distraitement sur sa tasse de café.
    Tiens, c’est drôle, une main gauche et une main droite.
    Quelques centimètres seulement séparent ces deux mains sur la table.
    Il suffirait d’un rien, un geste instinctif, une envie de se décrisper, pour qu’elles se touchent.
    Alors, ils se regarderaient sans doute une seconde, peut-être même en s’excusant.
    Puis ils reprendraient leur lecture attentive.


  • soir pur et blême

    j’aimerais que tu m’aimes
    quand le soir pur et blême
    peint tes yeux de mystère
    la nuit où sans fin j’erre

    l’ombre de la nuit mêle
    au cœur de son sommeil
    nos corps nus enfiévrés
    plus rien n’est faux ni vrai

    j’aimerais que tu aimes
    cette nuit pure et blême
    ou nos coeurs emmêlées
    tentent de s’arrimer

    l’ombre de l’ombre rit
    qui de la nuit surgit
    l’aube nous chérira
    mon amour mon aura

    quand le ciel blanchira
    quand tu t’évanouiras
    je voudrais que tu m’aimes
    dans le nouveau jour blême


  • gitane et paysanne

    Jeune fille d’autre part au creux de mon âme
    Gitane et paysanne en robe bariolée
    Tu me fais vibrer d’être pauvre mélomane
    Je goûte en harmonies violentes ta beauté
    Et je dérive en toi comme un torrent sans larmes

    Un épi d’arc-en-ciel a transpercé ma vie
    En forme dérivée de plaisir inconnu
    Envol de colombes d’un matin qui sourit
    Au jour de renaissance où je t’ai reconnu
    Mon cœur horloge disparate est reparti

    Le temps mauvais qui passe est un fond de peinture
    Impressionniste lignes de points sans arêtes
    Comme ces photos jaunies de vieilles voitures
    Où le sourire de jeunes filles nu-tête
    Semble façonner l’harmonie de la nature

    Tout doux mon silence d’un creux de nostalgie
    Je rêvais un peu trop et ma voix te parlait
    Des mots nouveaux d’autres mots verbes de vie
    Que je donnais à prendre comme tu cueillais
    En te penchant quelques fleurs de rose et d’ortie

    Dans le ciel entrouvert une larme a gelé
    Sur ton regard qui interroge tendre et noir
    Tes yeux flambée d’un soir d’automne dénudés
    Comme au jour débutant au j’ai levé ton voile
    Mon ange recommencé mer où j’ai plongé

    J’ai marché dans tes pas voie soufflée sur le sable
    De tes mains tendues l’eau recueillie s’échappait
    Je me suis emmitouflé dans tes cheveux d’algue
    Tandis que paré de l’air du temps des marées
    Le cri des mouettes sculptait un ciel à la plage

    Quatre cailloux d’agate et quelques faux cristaux
    Que tu ramassais nous faisaient un long tapis
    Éphémère l’eau les recouvrait aussitôt
    Mouillés et brillants comme après une lourde pluie
    Le sourire grave tu m’en faisais cadeau

    Rares balbutiements ces rimes au passé
    C’était un hiver froid quelque part en Bretagne
    Des pédalos rangés y attendaient l’été
    Souffrant tristement dans un coin de paysage
    Et Bach était Mozart ou Strauss et je t’aimais

    La vie de tes yeux est un air de violon
    Au rythme lent d’un concerto que tu aimais
    Sa plainte donnait à l’aube son émotion
    Recréant le matin silence entrecoupé
    D’admirables pauses instants où nous rêvions

    J’ai pour nom de baptême ta voix ton sourire
    Tes mots m’emportent en créant le monde où tu ris
    Je pourrai sans regrets voir le passé jaunir
    Ou l’amour se noircir car je sais que la vie
    Effacera mon âme hormis ton souvenir


  • plonge en moi

    agrippe-toi à moi je suis ta montagne
    plonge en moi je suis ton océan
    regarde-moi je suis ta lumière
    respire-moi je suis ton souffle
    suis-moi je suis ton sentier
    habite-moi je suis ton île
    vis-moi je suis ton âme
    aime-moi je suis là
    je suis l’amour


  • afghane

    muette et souriante
    ses yeux me parlèrent
    ils me dirent
    n’aies pas peur tu peux me regarder
    et elle souleva légèrement son voile
    la main ouverte comme une offrande

    je suis la femme et l’argent
    je suis la richesse et la pauvreté
    je suis l’amour et son objet
    je suis l’extérieur et le fond de toute chose

    aux portes du désert de thar
    je suis la jeune mariée
    qu’on dit soumise et qui sait son pouvoir
    je ne parle pas
    mais tous les désirs du monde sont en moi

    mon mari est d’accord
    tu peux me mettre sur ta photo
    mais pas lui
    il est fier de me montrer mais c’est un homme
    un descendant de guerriers
    personne ne peut lui voler son image

    il ne se rend pas compte
    j’ai plusieurs kilos sur le dos
    c’est lourd
    admire je te prie
    tous ces bijoux m’appartiennent 

    et les broderies
    c’est moi qui les ai créées
    toute notre fortune la voici
    c’est moi qui la porte
    chez nous les maisons ne ferment pas à clé
    il ne faut rien y laisser quand on sort
    alors on emmène tout sur soi
    je suis le coffre-fort et la beauté

    et elle me supplia
    s »il te plaît oublie les bijoux un instant
    plonge au fond de mes yeux
    tu y verras des choses que je ne dirai jamais
    regarde bien

    puis elle s’en alla
    à quelques pas derrière son homme



Art et Poésie : dernières publications

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

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  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

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  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

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  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

    Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

  • Man Ray : Chevelure (1937)

    Man Ray : Chevelure (1937)

  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

  • André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

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  • Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

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  • Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

    Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
    les banderoles du vent à Noël sur la terre

    Les forêts ont leurs feuillures secrètes
    leurs nids de miel de hiboux du bal
    et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
    pour habiller les fées

    Tu m’appelais par mon nom
    et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
    Tu m’appelais par mes désirs
    par toute chaude caresse pulvérisée au sol
    par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi

    Tu m’appelais par ma fièvre
    par le violon de noix de mes pulsations
    par le grillon d’arcade de chaque torche de néant

    Tu m’appelais par ma voix
    par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
    du premier cri de mousseline de rameau d’amour
    qui crépite dans l’âtre
    Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
    Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
    Les enfants le guident

    *

    Maçon d’eau d’air d’ombre
    je l’ai reconnu à sa carrure
    aux tunnels de ses mains profondes
    transparentes par endroits
    comme des taches de jour sur l’onde

    Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
    Ils tournent dans l’air comme des étoiles
    et deviennent flèches de ma nuit quand je dors

    Maçon de neige de laine de leurre
    l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
    je l’ai reconnu à sa cruauté
    à la moisson de scalp de ses orgies de pou
    Il riait de ma frayeur
    Tailleur de griffes de sphinx il régnait
    Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
    que nous franchirons côte à côte
    quand tu m’auras secouru

    Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
    émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
    Tu reviendras avec ta promesse de colombe
    heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
    Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
    ton visage contre le mien

    La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
    Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.

    Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025