camaïeu de couleurs
qui se répondent
sur la table les murs
dans le vase
dans le jeu d’ombres
et de lumière
un dialogue se crée
tout est vivant
la nature
n’est pas morte
Texte de Luc Fayard inspiré par Primevères, de Sylvie Verkos
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
camaïeu de couleurs
qui se répondent
sur la table les murs
dans le vase
dans le jeu d’ombres
et de lumière
un dialogue se crée
tout est vivant
la nature
n’est pas morte
Texte de Luc Fayard inspiré par Primevères, de Sylvie Verkos
rencontrer un rhinocéros
en dehors d’un zoo
ça n’arrive pas tous les jours
alors profitons-en
mais la discussion n’est pas simple
regard biaisé
front doublement cornu
tête baissée
les grognements font peur
l’animal pense à sa survie
et se moque des mondanités
on se parlera
un autre jour
Texte de Luc Fayard inspiré par Bandia, de Capucine Minot
toutes voiles dehors
les voiliers d’Argenteuil
régatent par petit temps
l’eau est noire de monde
on tire sur les bouts
on règle les voiles au plus fin
on essaie de tenir son cap
malgré les courants
et les sautes d’humeur
d’une brise un peu molle
difficile à saisir
le plan d’eau n’est pas si large
il faut y faire sa place
mieux vaut être devant
qu’au milieu de la noria
tout à l’heure le gagnant
lèvera sa coupe
au milieu des vivats
et l’on repartira chez soi
avec un bon souvenir de plus
Texte de Luc Fayard inspiré par Régate à Argenteuil, de Claude Monet

voiliers en bois
à la coque bien peinte
au pont verni avec soin
aux voiles blanches
impeccables
la voile en rivière
est un art
il faut virer de bord
souvent
profiter des petits courants
calculer son heure de retour
il faut avoir le temps
quand on est marin
d’eau douce

Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
Les impressionnistes
Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
COMMANDER LE LIVRE
j’aimerais tant
être un petit avion
souple et vif
doué de pirouettes
et de farandoles
planant dans l’éternité
sur les champs de lavande
les lacs les montagnes
égal du ciel
et des oiseaux migrateurs
les nuages me salueraient
avec respect
à la fin du voyage
je me poserais sur terre
dans la poussière
avec lenteur
dans un dernier regret
de la vie en hauteur
Texte de Luc Fayard inspiré par Mary, de Céline Verdière
Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)
Voudrais qu’on m’enfougère,
qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
Voudrais pas qu’on m’enterre.
Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)
Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)
Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio:
E il naufragar m’è dolce in questo mare. »
Toujours j’aimai cette colline solitaire
Et cette haie qui refuse au regard
L’ultime horizon de ce monde.
Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
Des silences surhumains, et c’est une quiétude
Si profonde que pour un peu se troublerait
Le cœur . Et comme alors j’entends
Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
Ce silence infini à cette voix,
Et je me souviens de l’éternel
Et des saisons mortes, et de celle
Qui vit encore, de sa rumeur.
Immensité où sombre ma pensée,
Et m’abîmer m’est doux en cette mer.
Giacomo Leopardi – Canti (1818)
Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette
En las orillas del río
se está bañando la noche,
y en los pechos de Lolita
mueren de amor los ramos.
Mueren de amor los ramos.
La noche desnuda canta
por los puentes de marzo.
Lolita se baña en agua
de salitre y de nardos.
Mueren de amor los ramos.
La noche de anís y plata
reluce por los tejados.
Plata de espejos de agua.
Anís de tus muslos blancos.
Mueren de amor los ramos.
Sur les bords de la rivière
voyez la nuit qui se baigne
et sur les seins de Lolita
meurent d’amour les bouquets.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit nue chante à voix basse
sur les ponts du mois de mars.
Lolita au bain se pare
dans l’eau saline et le nard.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit d’anis et d’argent luit
sur les toits de la ville.
Argent des eaux miroitantes.
Anis de tes cuisses blanches.
Meurent d’amour les bouquets.
Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit
Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
Des mains en multitude élançaient l’offensive,
Je tombais à genoux, broyée au laminoir.
Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
Le règne végétal et l’essor excavant.
J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.
Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte





