Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 821 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour cela que le présent nous échappe.…, cité sur fb par Eric P


  • lac étrange

    décor sombre pays étrange
    aux multiformes entrelacs
    ta vie se déroule sans toi
    dans un rêve de peau d’orange

    un lieu d’acteur et spectateur 
    que tu hantes passant blasé
    tout y est de travers raté
    absences rendez-vous sans heure

    tu vois mille chemins balourds
    dans ce bazar de cinéma
    se proposer à tes pieds las
    embourbés à ce carrefour

    la tête penchée vers le ciel
    tu voudrais indices et signes
    mais les nuages sont indignes 
    avares et caractériels

    c’est à toi de les enfanter 
    idiot tu n’as donc rien compris 
    c’est dans tes pas que se construit 
    le chemin de la liberté

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « lac étrange »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • la pierre grise est la plate statue

    la pierre grise est la plate statue
    portant en sacrifice un scorpion mort
    là-bas l’enfant joueur sourit encore
    ses bras arrondis cerclant l’arbre nu

    tu rencontreras ainsi tant de vies
    qui s’exposeront sans voile pour toi
    guettant impatiemment que tu sois là
    pour lever leur rideau de comédie

    marcheur solitaire tes pas t’élèvent
    plus haut que le monde aux mille visages
    tu deviens une abstraction moine sage
    énigmatique maître sans élève

    pas de méditation juste la marche
    instinctive et méthodique allurée
    les arbres protègent ton avancée
    de penseur libre serein patriarche

    pour toi la nature n’est pas un temple
    elle est un rêve vif allégorie
    où tu pourras suivre tous les génies
    sans paroles sans bruits sans gestes amples

    les fantômes gris de l’humanité
    te donnant la main pour former la ronde
    tu vas goûter la vibration du monde
    née il y a plus de cent mille années

    tu t’es arrêté tu danses tu erres
    tu ris tu tressailles tu virevoltes
    soudain tu te réveilles sans révolte
    simple marcheur sur un chemin de pierres

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « la pierre grise est la plate statue »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • vous les vibrants

    vous les vibrants les sensibles
    scrutateurs d’infinis
    voyants férus d’autres vies
    liseurs d’âme entre les lignes

    vous détenez en vision
    l’arc-en-ciel de lumière
    qui éclaire dans votre œuvre  
    les au-delàs d’horizon

    vous en faites un bel usage 
    toujours renouvelé
    comme bat des ailes 
    un papillon inépuisé

    votre passion
    avancer sans barrières
    sur un chemin d’ornières
    de creux d’irraison

    vous y dansez libres passereaux 
    inlassables chercheurs de beauté
    notes matières traits couleurs mots 
    vos ailes vos cris pour exister

    truelles de l’origine du monde
    flèches vives de l’espace et du temps
    avec vous la terre n’est jamais ronde
    ni le ciel frontière fermée au vent

    derrière votre forme façonnée
    le souffle naturel des choses
    porte dans son cycle éternel
    le voyage recommencé

    vous êtes la houle et le sang
    qui nous reconstruisent vivants
    nous gens du passé fétus tristes
    vous gens du futur les artistes

    à la princesse I.M. et à ses pairs


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • bonheur fuyant

    je vois le bonheur fuyant 
    devant mon cœur sans un cri
    fantomatique zombie
    calme serpent ondulant

    je le sens tout proche là 
    tapi dans l’ombre sans œuvre
    onctueux comme une pieuvre
    gros bouddha sibyllin las

    il disparaît prestement
    avant que je ne l’attrape
    fin caméléon satrape
    anguille dans le courant

    l’impie cruel va tanguer
    comme un essaim d’alouettes 
    dessinant la silhouette
    d’une ombre secrète et gaie

    ce pur bonheur à portée
    se dérobe sous mes doigts
    enfantant des tourments froids
    infiniment immergés

    comme le vent comme l’eau
    comme cette chanson triste
    pleurée en mer anarchiste
    par mille fonds abyssaux

    John Martin – The Plains of Heaven (1851)

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « bonheur fuyant »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.(en haut) et par un tableau de John Martin
    The Plains of Heaven, d’où le classement de cette page dans deux catégories: poemes-ia et poemes-art


  • en bord d'éternité

    quand je serai parti
    de mon âme ma vie
    je me vois volontiers
    assis sur un nuage
    causant aux trépassés
    gisants de tous les âges
    pendant que vous muets
    souffrirez pleutres mous
    juste en deçà de nous

    mais nous serons cléments
    avec vous les vivants
    parce que nous aussi
    gaspilleurs de futur
    locuteurs de grands cris
    et de petits murmures
    nous fûmes égoïstes
    amoureux destructeurs
    ambitieux et menteurs

    oublieux de la vie
    je me demande si
    nous les fantômes blancs
    les ectoplasmes blêmes
    les affranchis du temps
    nous garderons quand même
    en vous examinant
    en bord d’éternité
    un ultime regret

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « en bord d’éternité »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.



Art et Poésie : dernières publications

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

    Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

  • Man Ray : Chevelure (1937)

    Man Ray : Chevelure (1937)

  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

  • André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

    André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

  • Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

    Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

  • Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

    Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
    les banderoles du vent à Noël sur la terre

    Les forêts ont leurs feuillures secrètes
    leurs nids de miel de hiboux du bal
    et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
    pour habiller les fées

    Tu m’appelais par mon nom
    et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
    Tu m’appelais par mes désirs
    par toute chaude caresse pulvérisée au sol
    par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi

    Tu m’appelais par ma fièvre
    par le violon de noix de mes pulsations
    par le grillon d’arcade de chaque torche de néant

    Tu m’appelais par ma voix
    par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
    du premier cri de mousseline de rameau d’amour
    qui crépite dans l’âtre
    Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
    Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
    Les enfants le guident

    *

    Maçon d’eau d’air d’ombre
    je l’ai reconnu à sa carrure
    aux tunnels de ses mains profondes
    transparentes par endroits
    comme des taches de jour sur l’onde

    Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
    Ils tournent dans l’air comme des étoiles
    et deviennent flèches de ma nuit quand je dors

    Maçon de neige de laine de leurre
    l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
    je l’ai reconnu à sa cruauté
    à la moisson de scalp de ses orgies de pou
    Il riait de ma frayeur
    Tailleur de griffes de sphinx il régnait
    Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
    que nous franchirons côte à côte
    quand tu m’auras secouru

    Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
    émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
    Tu reviendras avec ta promesse de colombe
    heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
    Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
    ton visage contre le mien

    La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
    Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.

    Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

  • Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

    Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025