Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 821 auteurs
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Citation Amavero du jour
Deux de mes jours comptés ne me tourmenteront jamais:Hier, déjà oublié, demain, dont je n’ai nulle envieOmar Khayyãm, Le Don Divin. Cité… Lire


  • grille

    Une œuvre d'art technique mixte représentant des nuances de bleu, avec des silhouettes humaines se tenant sous un parapluie sur un fond abstrait de couleurs et textures, évoquant une ambiance de pluie et de réflexion.
    Cécile Gonne-Victoria – Reflets éphémères instants de beauté (2020)

    la lumière traverse
    la grille de la pluie
    trait d’espoir
    tout se reflète
    se complète
    passé présent futur
    le son rebondit
    en goutte à goutte
    sur la flaque
    le cœur s’arrime
    à la transparence
    les portes de la vie
    se sont ouvertes

    Texte de Luc Fayard inspiré par Reflets éphémères instants de beauté, de Cécile Gonne Victoria;
    Toile technique mixte 80×80 cm : collage de photos originales de Cécile peinture, pigments, encres, medium et résine.


  • blonde cavalière mongole

    Anne-Laure Baron-Siou – Blonde cavalière mongole

    je suis la blonde cavalière mongole
    et je vais gagner la course du Nadaam
    la fête aux deux mille chevaux
    je m’envolerai sur mon petit étalon
    qui ne craint ni les loups gris
    ni le creux des vallées sombres
    ni le hurlement des fouets
    ni le sifflement des serpents

    personne ne pourra nous rattraper
    sur les trente kilomètres de course
    car je suis l’air et la vitesse
    je suis l’arc et la flèche
    je suis le vent de la steppe
    et je me fondrai dans son souffle

    restée au village ma mère prie les esprits
    pour qu’ils libèrent ma route et guident mes pas
    ne faites pas confiance à mon sourire timide
    je suis celle qui ne pardonne rien
    depuis que j’ai deux ans
    père et grand-père m’entraînent tous les jours
    qu’il vente ou qu’il neige
    avec mes frères et mes sœurs
    garçons et filles mélangés qu’importe
    que le meilleur gagne
    il portera nos couleurs
    et ce fut moi l’enfant sauvage

    je connais tout du cheval et de la course
    que les autres s’approchent
    avec leurs espoirs vains leurs muscles inutiles
    leurs cravaches et leurs rictus
    ils ne peuvent rien contre nous deux
    toi ton dos fort court et droit
    moi mes reins souples et mes jambes d’acier
    et ma main que tu connais par coeur
    cheval mon frère nous ne ferons qu’un
    notre corps à corps comme une musique
    battra le rythme millénaire de la terre

    et quand j’aurai remporté le trophée « tumny ekh »
    moi l’imparable déesse pubère
    la Mongolie entière clamera mon nom
    et celui de ma tribu
    pour la nuit des temps

    j’ai dit

    Texte de Luc Fayard inspiré d’une photo de Anne-Laure Baron Siou et , également, mis en musique et interprété par Clémentine Ebert et son groupe de rock La Forêt -The Band (publication a venir). Poème publié dans le recueil elle joue la nuit , Éditions Amavero, 2023


  • oublier le temps

    tu sens le temps vibrer en toi 
    comme un moteur chaud
    à soubresauts incontrôlables
    ni horloge ni comptable
    et toujours à contre-temps

    c’est comme si
    au lieu de frémir
    l’eau courait tel un zèbre
    qui se tortille et se cabre
    au lieu d’aimer
    le cœur emballé froissait
    les souvenirs pêle-mêle
    dans un grand tintamarre
    au lieu de s’élever dans le ciel
    le nuage aplatissait sur l’horizon
    ses formes alanguies

    c’est comme si
    au lieu de pousser la vie
    le vent jouait avec les feuilles
    pour les énerver
    et ça monte et ça descend
    et ça part en vrille
    comme le fait ton âme 
    avec tes sentiments
    coincés dans la grille
    de tes préjugés

    le temps maître de l’univers
    implose sans bruit
    noircit comme un orage fou
    fuit avec la pluie
    se lisse comme un enduit mou

    tu es pris au piège 
    de l’avant-après
    rien n’existe sans lui
    même pas la poésie
    ni la mémoire

    tu voudrais l’arrêter 
    profiter de l’instant magique
    il te glisse entre les doigts
    tu voudrais avancer
    franchir une étape
    il te bloque sans préambule
    à un carrefour cornélien
    où tu resteras interdit
    prisonnier de ton petit corps
    dans l’interminable indécis
    qui va de la vie à la mort

    n’écoute pas 
    les faux maîtres du temps
    gourous plus naïfs que toi
    vendeurs de vent
    la solution existe 
    intime et fluide
    fais silence 
    entre au fond de toi
    ne pense plus à rien 
    respire
    et quand tout sera 
    calme et serein
    tu auras oublié le temps

    Ethel Walker – Silence of the Ravine (1916)

    Texte de Luc Fayard illustré par Silence of the Ravine, d’Ethel Walker.
    NDLR : Une femme nue pour illustrer la contrainte du temps et la nécessité de s’en libérer… Il y a dans ce tableau un calme intemporel, une attitude de contemplation, de libération, de pause dans le temps, de beauté pure….


  • Forough Farrokhzâd : Le péché

    J’ai pêché, pêché dans le plaisir,
    dans des bras chauds et enflammés,
    j’ai pêché dans des bras de fer,
    brûlants et rancuniers.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    ses yeux remplis de mystère j’ai regardé,
    mon coeur dans ma poitrine, impatiemment a tremblé,
    des supplications de désirs de ses yeux.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    je me suis assise près de lui, agitée,
    sa lèvre, l’envie, sur mes lèvres a versée,
    de la tristesse de mon coeur fou, je me suis libérée.

    A l’oreille, l’histoire d’amour, je lui ai racontée,
    je te veux mon amant,
    je te veux, toi dont les bras sont vivifiants,
    je te veux, toi mon amoureux fou.

    Le désir alluma le feu dans son regard,
    le vin rouge dansa dans le verre,
    mon corps sur le lit doux,
    dans l’ivresse trembla sur sa poitrine.

    J’ai pêché dans le plaisir,
    près d’un corps tremblant et évanoui,
    Dieu! Je ne sais ce que j’ai fait,
    dans ce lieu solitaire, sombre et muet…

    Portrait en noir et blanc d'une jeune femme avec des cheveux foncés, portant une blouse à rayures et regardant directement l'objectif.
    Portrait of Forough Farrokhzad, from amordadnews.com, 2021

    Forough Farrokhzâd, poétesse iranienne,  1935 – 1967

    Autres textes de Forough Farrokzâd


  • Federico Garcia-Lorca : Yo pronuncio tu nombre / Je prononce ton nom

    Yo pronuncio tu nombre
    En las noches oscuras
    Cuando vienen los astros
    A beber en la luna
    Y duermen los ramajes
    De las frondas ocultas.
    Y yo me siento hueco
    De pasión y de música.
    Loco reloj que canta
    Muertas horas antiguas.

    Yo pronuncio tu nombre,
    En esta noche oscura,
    Y tu nombre me suena
    Más lejano que nunca.
    Más lejano que todas las estrellas
    Y más doliente que la mansa lluvia.

    ¿Te querré como entonces
    Alguna vez? ¿Qué culpa
    Tiene mi corazón?
    Si la niebla se esfuma
    ¿Qué otra pasión me espera?
    ¿Será tranquila y pura?
    ¡¡Si mis dedos pudieran
    Deshojar a la luna!!

    (Granada, 10 de noviembre de 1919)

    Je prononce ton nom
    Pendant les nuits obscures,
    Lorsque les astres viennent
    S’abreuver à la lune
    Et que dorment les branches
    Des frondaisons cachées.
    Et je me sens miné
    D’amour et de musique.
    Folle montre qui chante
    De vieilles heures mortes  !

    Je prononce ton nom
    Dans cette nuit obscure
    Et ton nom me paraît
    Plus lointain que jamais.
    Plus lointain que toutes les étoiles
    Et plus dolent que la pluie docile.

    T’aimerai-je comme hier
    De nouveau ? Quelle faute
    Mon cœur a-t-il commise ?
    Si se lève la brume,
    Quel autre amour m’attend ?
    Sera-t-il calme et pur ?
    Que ne peuvent mes doigts
    Ah ! effeuiller la lune !

    (Grenade, 10 novembre 1919)

    Federico García Lorca : Je prononce ton nom / Yo pronuncio tu nombre
    Traduction ; Lionel-Édouard Martin



Art et Poésie : dernières publications

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

    Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

  • Man Ray : Chevelure (1937)

    Man Ray : Chevelure (1937)

  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

  • André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

    André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

  • Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

    Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

  • Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

    Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
    les banderoles du vent à Noël sur la terre

    Les forêts ont leurs feuillures secrètes
    leurs nids de miel de hiboux du bal
    et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
    pour habiller les fées

    Tu m’appelais par mon nom
    et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
    Tu m’appelais par mes désirs
    par toute chaude caresse pulvérisée au sol
    par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi

    Tu m’appelais par ma fièvre
    par le violon de noix de mes pulsations
    par le grillon d’arcade de chaque torche de néant

    Tu m’appelais par ma voix
    par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
    du premier cri de mousseline de rameau d’amour
    qui crépite dans l’âtre
    Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
    Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
    Les enfants le guident

    *

    Maçon d’eau d’air d’ombre
    je l’ai reconnu à sa carrure
    aux tunnels de ses mains profondes
    transparentes par endroits
    comme des taches de jour sur l’onde

    Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
    Ils tournent dans l’air comme des étoiles
    et deviennent flèches de ma nuit quand je dors

    Maçon de neige de laine de leurre
    l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
    je l’ai reconnu à sa cruauté
    à la moisson de scalp de ses orgies de pou
    Il riait de ma frayeur
    Tailleur de griffes de sphinx il régnait
    Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
    que nous franchirons côte à côte
    quand tu m’auras secouru

    Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
    émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
    Tu reviendras avec ta promesse de colombe
    heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
    Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
    ton visage contre le mien

    La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
    Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.

    Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

  • Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

    Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

  • Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

    Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

  • Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

    Je ne suis pas de votre race. Je suis du clan Mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l’authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l’espace, localisées en une série de petites cases. Mon étalon est plus sauvage que vos engrenages poussifs, son sabot de corne plus dangereux que vos roues de fer. Entourez-moi des cent milles baïonnettes de la lumière occidentale, car malheur à vous si je sors du noir de ma caverne et si je me mets à chasser vos bruits. Que sur mes berges vos pontonniers ne réveillent jamais mon tympan endolori, car je ferais siffler sur vous le vent incurvé comme un cimeterre. Je suis impassible comme un tyran. Mes yeux sont deux tambours. Tremblez si je sors de vos murs comme de la tente d’Attila, masqué, effroyablement agrandi, revêtu de la seule cagoule, comme mes compagnons du bagne à l’heure de la promenade, et si avec mes mains d’étrangleur, mes mains rouges par le froid, je force le ventre aigrelet de votre civilisation!

    (1887-1961). Moravagine, Éditions Grasset, 1926 Littérature et Poésie

    Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

  • Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

    Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025