Me voici étrange et revenu
aux sources du cuivre et des versets
je m’habille de ronces, d’éclairs, d’une froide lumière
jaillie de l’épée
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Me voici étrange et revenu
aux sources du cuivre et des versets
je m’habille de ronces, d’éclairs, d’une froide lumière
jaillie de l’épée
trois longs bambous gris
hachurant la vue
sans rien occulter
trois nuages ronds
transmués dans l’eau
en grosses meringues
trois buissons groupés
révélant la chatte
enfouie dans ses pattes
collines courbées
s’offrant mollement
à l’air du printemps
terre et ciel jaloux
du beau bleu de l’eau
appelant la nuit
tout va se voiler
sauf le bonheur né
de cette harmonie

Texte : Luc Fayard
inspiré de : Landscape with trees (1908), de Teodoro Wolf Ferrari (1878-1945), tempera sur papier
Version poésique: récitation de Luc Fayard, musique et violon de Chantal Hannes
il faudrait que le vent
poussant les montagnes
et les grands icebergs
bâtisse le couloir
d’un passage abrité
il faudrait que la main
saluant comme une feuille
emporte la pensée
en elle vers le ciel
dans un grand tournoiement
il faudrait qu’un sourire
pose le bleu sur le gris
venant calmer à point
les ardeurs opiniâtres
des accents aigus
il faudrait étreindre les arbres
pour que leur frémissement
nous parcoure le corps
nos pieds prenant racine
dans l’histoire du monde
il faudrait brûler les regrets
dans un grand feu de joie
pour que chaque crépitement
signe une victoire nouvelle
sur la fatalité
il faudrait que nos doigts
enfin rejoints créent
l’invincible lumière
empêchant la nuit
d’étendre son manteau
Texte de Luc Fayard extrait du recueil toucher le bout de l’arc-en-ciel dont un texte a reçu le Diplôme d’Honneur – Concours Europoésie-Unicef 2023. Illustré ici par deux tableaux de paysage : Landscape from Foldalen, d’Harriet Backer et Moonlight Landscape, de Ralph Albert Blakelock.
Voir une autre mise en scène avec des œuvres d’art contemporain.

Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol. 2 :
Art moderne et contemporain
Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2024
COMMANDER LE LIVRE
les portes de la nuit
sont prêtes à lever
devant moi sans un bruit
les voiles du secret
le chemin qui m’emmène
sans joie et sans allié
enterrera mes peines
tout sera oublié
les vallées et les tourbes
les secrets les non-dits
la magicienne courbe
graveuse d’interdit
l’antique virtuose
glissera sur la pente
de la beauté des choses
rendue évanescente
sans gloire ni rameau
dans mon lointain regard
le silence des mots
te dira qu’il est tard
quand au son de mon deuil
cerbère de l’oubli
je franchirai le seuil
des portes de la nuit
je n’aurai qu’un regret
n’avoir pas su te dire
dans un dernier sourire
à quel point je t’aimais
Texte de Luc Fayard – Sélectionné pour L’Anthologie de la Poésie – Prix Arthur Rimbaud 2024; illustré par le tableau de Carlos Schwabe et par Route dans la forêt de Fontainebleau, de Théodore Rousseau

pensée errante © 2024 by Luc Fayard, Chantal Hannes, Éditions Amavero
is licensed under CC BY-NC-SA

Voir autres partitions de musique.


Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)
…
Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
– Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
– Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.
….
Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…


Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II
Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
les banderoles du vent à Noël sur la terre
Les forêts ont leurs feuillures secrètes
leurs nids de miel de hiboux du bal
et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
pour habiller les fées
Tu m’appelais par mon nom
et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
Tu m’appelais par mes désirs
par toute chaude caresse pulvérisée au sol
par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi
Tu m’appelais par ma fièvre
par le violon de noix de mes pulsations
par le grillon d’arcade de chaque torche de néant
Tu m’appelais par ma voix
par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
du premier cri de mousseline de rameau d’amour
qui crépite dans l’âtre
Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
Les enfants le guident
*
Maçon d’eau d’air d’ombre
je l’ai reconnu à sa carrure
aux tunnels de ses mains profondes
transparentes par endroits
comme des taches de jour sur l’onde
Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
Ils tournent dans l’air comme des étoiles
et deviennent flèches de ma nuit quand je dors
Maçon de neige de laine de leurre
l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
je l’ai reconnu à sa cruauté
à la moisson de scalp de ses orgies de pou
Il riait de ma frayeur
Tailleur de griffes de sphinx il régnait
Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
que nous franchirons côte à côte
quand tu m’auras secouru
Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
Tu reviendras avec ta promesse de colombe
heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
ton visage contre le mien
La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.


Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)
Je ne suis pas de votre race. Je suis du clan Mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l’authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l’espace, localisées en une série de petites cases. Mon étalon est plus sauvage que vos engrenages poussifs, son sabot de corne plus dangereux que vos roues de fer. Entourez-moi des cent milles baïonnettes de la lumière occidentale, car malheur à vous si je sors du noir de ma caverne et si je me mets à chasser vos bruits. Que sur mes berges vos pontonniers ne réveillent jamais mon tympan endolori, car je ferais siffler sur vous le vent incurvé comme un cimeterre. Je suis impassible comme un tyran. Mes yeux sont deux tambours. Tremblez si je sors de vos murs comme de la tente d’Attila, masqué, effroyablement agrandi, revêtu de la seule cagoule, comme mes compagnons du bagne à l’heure de la promenade, et si avec mes mains d’étrangleur, mes mains rouges par le froid, je force le ventre aigrelet de votre civilisation!
(1887-1961). Moravagine, Éditions Grasset, 1926 Littérature et Poésie



