Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
Je n’ai pas menti. J’ai dit des choses qui, plus tard, se sont avérées fausses.(watergate, 1978)


  • fière

    Capucine Minot – Sans Titre (2022)

    la maison trône fière
    sur la colline
    l’avant-garde solide
    de ses balcons de bois
    protège ses secrets
    elle nous dit c’est moi
    qui ait tout vu tout connu
    je suis imprégnée d’histoire
    de cris et de chuchotements
    je sais tout et ne dirai rien
    puis elle se tait

    Texte de Luc Fayard inspiré par Sans Titre (2022), de Capucine Minot


  • cascade

    Géraldine Vérine – Waterfall

    chute d’eau sauvage
    émanation mythique
    primale
    de la jungle
    de l’origine du monde
    les sens à vif
    le cœur ouvert
    ici peut-être l’humanité
    fut libre et heureuse
    dans un pays vierge
    habillé de pureté

    Texte de Luc Fayard inspiré par Waterfall, de Géraldine Vérine


  • tout est dit

    Camille Pissarro – Paysage au Valhermeil, Auvers-sur-Oise, dit aussi Paysage à Chaponval (1883)

    rien que du simple
    au premier plan
    une fermière et sa vache
    un arbuste un pré
    au second plan
    un village
    aux toits bleus et rouges
    au dernier plan
    une colline au sommet arrondi
    aux champs bien délimités
    et l’on comprend
    que tout est dit

    Texte de Luc Fayard inspiré par Paysage au Valhermeil, Auvers-sur-Oise, dit aussi Paysage à Chaponval, de Camille Pissarro



  • trait noir

    trait noir d’horizon
    surmonté d’un demi-cercle
    qui deviendra cercle
    se hissant lentement
    fatalement 
    le plus haut possible
    dans le ciel
    tous les jours
    jusqu’à la fin du monde

    coincés entre la voûte bleue 
    et le vaste foncé 
    glissant parfois vers le vert
    bloquées entre ces deux univers
    de fines couches orangées
    font les tampons ouatés
    entre deux mondes

    tous les matins sans musique
    à l’heure à peine glissante
    se déroule la même lente 
    et splendide cinématique

    rien ni personne d’autre
    pour la goûter
    pas même un cri d’oiseau
    silence de pleine mer
    sauf ce léger bruissement
    de brise tiède
    aux multiples futurs

    et si en plus ce jour-là
    la mer est plate 
    l’homme vivra
    il le sait
    la seule expérience possible
    du paisible infini

    conscient de son humble position
    invité du dernier rang
    quand la nature oxygène 
    l’âme du marin
    il respire sans fards la splendeur 
    du plus beau spectacle du monde

    chaque jour
    minimaliste 
    le même scénario
    et pourtant chaque jour 
    une émotion différente
    étreinte de vérité
    crainte de faiblesse
    offrande de beauté
    mystère de demain
    bout d’éternité 
    dans un bout d’âme
    fenêtre ouverte 
    sur l’absolu

    debout sur le pont 
    tête haute 
    main serrant la filière
    dire merci

    parfois à l’aube
    les couleurs grimacent
    vers le plus noir
    le vent a choisi de forcer
    la mer aussi se fonce et bouge
    secouée par en-dessous
    du bruit plein les oreilles
    ça siffle et ça tape
    beaucoup de travail
    les mains prises
    pas le temps de rêver

    mais le marin le sait
    là-bas derrière la brume
    et la barrière de pluie
    même dans le gris
    et la lourde fureur
    le disque se lève encore
    et encore

    immuable beauté 
    de la nature
    sans spectateur

    Texte: Luc Fayard

    Henri Le Sidaner – Clair de Lune (1904)

  • jaune

    Alfred Sisley – Le Pont de Moret (1893)

    cela n’existe pas
    un paysage jauni
    comme celui-ci
    et pourtant
    quelle force quelle vie
    dans les lignes
    dans les formes
    et l’eau si présente
    qu’on la voit frémir
    qu’on l’entend gémir
    il fait chaud ce jour-là

    Texte de Luc Fayard inspiré par Le Pont de Moret, d’Alfred Sisley

    Voir nos deux autres galeries d’art (œuvres seules) : Art contemporain, Art moderne



Art et Poésie : dernières publications

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

    Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

  • Man Ray : Chevelure (1937)

    Man Ray : Chevelure (1937)

  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

  • André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

    André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

  • Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

    Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

  • Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

    Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
    les banderoles du vent à Noël sur la terre

    Les forêts ont leurs feuillures secrètes
    leurs nids de miel de hiboux du bal
    et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
    pour habiller les fées

    Tu m’appelais par mon nom
    et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
    Tu m’appelais par mes désirs
    par toute chaude caresse pulvérisée au sol
    par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi

    Tu m’appelais par ma fièvre
    par le violon de noix de mes pulsations
    par le grillon d’arcade de chaque torche de néant

    Tu m’appelais par ma voix
    par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
    du premier cri de mousseline de rameau d’amour
    qui crépite dans l’âtre
    Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
    Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
    Les enfants le guident

    *

    Maçon d’eau d’air d’ombre
    je l’ai reconnu à sa carrure
    aux tunnels de ses mains profondes
    transparentes par endroits
    comme des taches de jour sur l’onde

    Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
    Ils tournent dans l’air comme des étoiles
    et deviennent flèches de ma nuit quand je dors

    Maçon de neige de laine de leurre
    l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
    je l’ai reconnu à sa cruauté
    à la moisson de scalp de ses orgies de pou
    Il riait de ma frayeur
    Tailleur de griffes de sphinx il régnait
    Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
    que nous franchirons côte à côte
    quand tu m’auras secouru

    Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
    émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
    Tu reviendras avec ta promesse de colombe
    heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
    Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
    ton visage contre le mien

    La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
    Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.

    Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

  • Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

    Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

  • Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

    Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

  • Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

    Je ne suis pas de votre race. Je suis du clan Mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l’authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l’espace, localisées en une série de petites cases. Mon étalon est plus sauvage que vos engrenages poussifs, son sabot de corne plus dangereux que vos roues de fer. Entourez-moi des cent milles baïonnettes de la lumière occidentale, car malheur à vous si je sors du noir de ma caverne et si je me mets à chasser vos bruits. Que sur mes berges vos pontonniers ne réveillent jamais mon tympan endolori, car je ferais siffler sur vous le vent incurvé comme un cimeterre. Je suis impassible comme un tyran. Mes yeux sont deux tambours. Tremblez si je sors de vos murs comme de la tente d’Attila, masqué, effroyablement agrandi, revêtu de la seule cagoule, comme mes compagnons du bagne à l’heure de la promenade, et si avec mes mains d’étrangleur, mes mains rouges par le froid, je force le ventre aigrelet de votre civilisation!

    (1887-1961). Moravagine, Éditions Grasset, 1926 Littérature et Poésie

    Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

  • Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

    Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

  • Yan Bernard Dyl : La Duchesse de Bruxelles (1927)

    Yan Bernard Dyl : La Duchesse de Bruxelles (1927)

  • Gabriele Münter : Dame im Sessel, schreibend. Stenographie, Schweizerin in Pyjama (1929)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025