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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • le soleil est entré

    ce soir
    le soleil s’est glissé
    par la fenêtre
    comme s’il se croyait 
    chez lui
    il a déposé une tache 
    sur le lit
    et poussé sa route 
    sur le mur
    le ciel s’assombrit
    gris propre
    bardé de nuages
    évanescents
    sans vent
    le chant de l’oiseau 
    part en vrille
    on lui répond là-bas
    tout est immobile
    moi aussi
    je n’ose plus respirer
    de peur que s’évanouisse
    un instant de miracle
    de sérénité de paix

    par surprise
    le soleil est entré 
    dans mon cœur
    juste avant de mourir


  • et le verbe s'est fait dans ta chair

    et le verbe s’est fait dans ta chair
    à partir de là
    plus de jour ni de nuit
    rien que le gris des lignes entassées
    qui se mordent les unes les autres
    méchantes superbes terrassées
    bousculées par la touche entrée de ton clavier

    tu écris fiévreusement pressé par le temps perdu
    tu cherches à retrouver dans la jachère de ta vie
    ces idées ces phrases sublimes inoubliables
    après lesquelles tu courais sans te savoir oiseau de proie
    et qui s’étaient envolées avant que d’exister

    désormais plus rien ne peut t’arrêter
    tu accouches tes mots comme une lapine pond
    tu sculpte tes images en formes ciselées

    il faut que tout soit parfait vite
    précis et beau inédit
    les mots se bousculent
    ils ne t’ont pas attendu pour vivre
    alors prends les tous
    la folie est en toi
    tu es en route
    ton chemin d’écriture enfin
    ta rédemption ton salut
    plus que le bonheur la joie
    l’accompli l’infini
    écrire est le but de la vie


  • que notre vie soit belle

    je voulais que notre vie soit belle
    beauté des lieux des objets
    beauté des personnes
    beauté des sentiments des idées
    beauté des projets des actions
    littéralement remplie d’elle

    après avoir épousé ma femme très belle
    ensemble nous avons fait de très beaux enfants
    qui ont eu plein d’idées des fortes et des belles
    et qui possèdent un regard si beau si fier

    nous avons choisi des lieux et des objets anciens
    par conformisme par sécurité
    la modernité n’a pas fait ses preuves de beauté
    éphémère elle est risquée
    c’est demain peut-être qu’elle sera belle

    nous avons mené presque à terme quelques beaux projets
    ensemble main dans la main cœur contre cœur
    habités du même désir bâtir ciseler

    les belles idées j’ai laissé tomber
    je ne sais pas ce que c’est
    certaines ont abouti à des catastrophes
    et les sentiments
    pas moyen de les contrôler
    c’est génétique c’est tripal
    tu ne commandes pas
    tu pleures tu ris tu aimes t’es programmé
    c’est beau ou c’est laid et puis voilà

    j’ai toujours voulu que notre vie soit belle
    fouiné reniflé cherché partout la beauté
    comme si on pouvait la toucher
    comme si elle existait
    elle est venue comme un fantôme
    dans une nappe de brume
    puis elle est partie
    ne me laissant que des regrets
    elle a glissé d’entre mes mains
    sans s’installer rebelle
    pourtant demain
    je voudrais que notre vie soit belle


  • c'est surtout quand elle penche la tête

    c’est surtout quand elle penche la tête
    sur le côté
    légèrement
    qu’il devient fou
    avec ce décalage de position

    dans le mouvement
    les cheveux déjà longs
    tombent un peu plus
    et ses yeux sombres
    se plissent
    avec un point d’interrogation
    niché tout au fond

    il suffit
    qu’elle ait ce geste infime
    pour que son cœur explose
    il n’entend ni ne voit rien d’autre qu’elle
    auréolée de sa grâce
    lumineuse
    chantante

    si tu n’as jamais connu ce moment
    tu n’as rien vécu
    va pleurer sur les quais
    personne pour te consoler

    on dirait une pouliche
    qui se déhanche pour s’endormir
    et la brume viendrait se répandre autour d’elle
    pour la protéger du regard des hérons

    on dirait un pont qui s’élance
    suspendu dans le vide
    et la circulation s’arrêterait pour le regarder

    un jour elle était restée comme cela
    si longtemps
    à le contempler
    qu’il avait cru à un torticolis
    elle se demandait simplement
    qui il était au fond

    comme s’il le savait

    il aurait du dire
    le trop plein du cœur
    la tête qui cogne
    au lieu de rester muet
    benêt souriant

    alors après cette éternité figée
    sans réponse
    elle avait soupiré
    redressé la tête
    et disparu
    ses pieds effleurant à peine le sol
    fantôme au cœur tendre déçu
    il n’avait entendu que ce soupir
    à l’affreuse douceur

    aujourd’hui encore
    il résonne dans sa tête
    comme un crissement sourd
    tandis qu’il la cherche
    désespéré
    dans les rêves du monde entier


  • jardin en friche (friche)

    que vas-tu trouver si tu plonges en toi
    la plupart du temps un jardin en friche
    non clos ouvert aux courants d’air
    tout y grandit poussé par le vent
    et tu t’agites là-dedans
    comme un jardinier épileptique
    l’herbe est raide la graine sauvage
    ta nature profonde vit sans respect
    des lois de l’harmonie plate
    rebelle tu fouines tu creuses
    tu verras des fleurs aux couleurs violentes
    dans des recoins sombres
    et du chiendent dans ta plus belle plate-bande
    tu verras des lignes de fuite brisées
    dans des allées trop larges
    le temps est fragile dans ton jardin fou
    le soleil y chauffe trop fort
    la pluie tombe à verse
    tout pousse trop vite ou tout brûle
    et tes mains mon Dieu tes belles mains d’artiste
    regarde les rongées creusées gercées
    par les travaux de terrassier
    qui usent ton souffle et ton dos

    fou tu continues pourtant
    et voici qu’un soir un peu plus calme
    la brise et le ciel doux se tenant la main émules
    les oiseaux pépiant pour une fois sans tumulte
    assis contre le mur aux vieux vergers
    tu contemples ta vie agitée
    et elle te plait


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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025