Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 484 artistes • 867 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
L’amour de la science, des inventions et des innovations, est responsable de tous les maux de ce monde.…, dit aussi Tchouang-tseu,… Lire


  • le poète est un rat

    le poète est un rat
    terré dans ses mots
    obsédé de visions
    rongeur de sens troué

    son âme torturée
    s’effraie du moindre bruit
    qui deviendrait une musique
    plus belle que la sienne

    dans son terrier
    sale et sombre
    il pond jaloux
    ses mots fantômes

    mots égarés
    poule devenue folle
    couvant toute la nuit
    des œufs de serpent

    il n’écoute que le bruit
    de son cœur excité
    qui lui dresse un rempart
    fatal à la réalité

    la vie s’écoule
    en-dehors de lui
    jamais ses mots
    ne la rattraperont

    toujours grognant
    il râcle le papier
    comme un chien
    renifle la bouse

    jamais la rose
    n’y fleurira
    juste des ronces
    et des orties

    il aura beau
    les retailler jour et nuit
    elles le gratteront
    toute sa vie

    Image Dall.e pour illustrer le poème « le poète est un rat »

    Texte de Luc Fayard illustré par l’IA


  • terminus

    étrange destin
    pour l’homme
    approcher de la fin
    sans le vouloir
    pas après pas
    marche inéluctable
    au rythme du cœur
    horloge atomique
    au décompte inlassable
    chaque pulsation
    est un trait de plus
    gravé sur l’arbre de vie
    par l’assassin comptable
    des jours achevés
    c’est un train direct
    sans le moindre arrêt
    objectif terminus
    durée du trajet
    indéterminée
    pour tous
    les grands
    les minus
    les sereins
    les atrophiés
    galériens enchaînés
    obligés de ramer
    vers l’inconnu
    et sa seule certitude
    le jour de l’arrêt
    à la station néant
    il fera noir
    pour toujours

    Image créée par Dall.e pour illustrer le poème « terminus » de Luc Fayard

    Texte de Luc Fayard illustré par l’IA. Voir une autre mise en scène avec un tableau contemporain dans Galerie d’art contemporain


  • être et matière

    Pascale Catoire – Manechs (sculpture)

    l’être et la matière
    se ressemblent
    tellement
    qui est vivant
    qui bouge vraiment
    où est la réalité
    peut-être la trouvera-t-on
    d’abord et surtout
    dans notre esprit
    sensible à la création
    dans notre vision
    d’un monde capable
    d’accueillir en son sein
    une éternité statufiée
    plus vraie que la vie

    Texte de Luc Fayard inspiré par Manechs, de Pascale Catoire (sculptures)


  • petits riens de bonheur

    apparition
    cœur en surchauffe
    sa peau de louve
    ses yeux de brume
    long nez fier
    cheveux cachés
    envie de les lisser
    ah la belle oracle
    tête inclinée
    elle écoute
    réfléchit
    quand elle marche
    fragile

    son corps agile
    crée sa bulle
    le vent s’écarte
    sur la silhouette
    dansante
    statue vivante
    art en mouvement
    le temps perplexe
    contemple l’instant
    à peindre sur site
    quand tout se fige
    les lignes fuient
    l’ombre s’agrandit
    et puis voila
    elle est partie
    sur un soupir
    un sourire
    le monde s’enroue
    et dans la brèche
    créée par elle
    dans l’éternelle ronde
    il ne restera à peine
    qu’un souvenir de parfum
    la gracilité des mains
    l’image floue
    de sa moue
    rien que des petits riens
    de bonheur

    Image créée par Dall.e pour illustrer le poème « petits riens de bonheur »


    Texte de Luc Fayard illustré par l’IA; voir une autre illustration d’art moderne


  • Vieira da Silva (Maria Helena) : Le Testament

    Je lègue à mes amis, un bleu céruleum pour voler haut, un bleu cobalt pour le bonheur, un bleu d’outremer pour stimuler l’esprit, un vermillon pour faire circuler le sang allégrement, un vert mousse pour apaiser les nerfs un jaune d’or : richesse, un violet de cobalt pour la rêverie, un garance qui fait entendre le violoncelle, un jaune barite : science-fiction, brillance, éclat, un ocre-jaune pour accepter la terre, un vert Véronèse pour la mémoire du printemps, un indigo pour pouvoir accorder l’esprit à l’orage, un orange pour exercer la vue d’un citronnier au loin, un jaune citron pour la grâce, un blanc pur : pureté, terre de Sienne naturelle, la transmutation de l’or, un noir somptueux pour voir Titien, une terre d’ombre naturel pour mieux accepter la mélancolie noire, une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de durée.

    Maria Helena Vieira da Sylva, artiste peintre

Dernières publications d’art et de poésie

  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía hay un gesto que no empieza en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá hay una forma callada de la voz en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío hay une línea que es la mesa y el vacío por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre hay un breve relámpago en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes nadie puede ser mucho tiempo, pero tampoco dios, que es otro borde, puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort il y a des plantes foulées sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra il y a une forme silencieuse de la voix où tout est debout.

    Entre la table et le vide il y a une ligne qui est la table et le vide où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang il y a un éclair où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords nul ne peut survivre longtemps, et dieu lui-même, qui est un autre bord, ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

  • Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

    Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
    Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.

    Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987

    Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

  • Max Jacob : Je garde dans la solitude

    Je garde dans la solitude
    comme un pressentiment de toi.
    Tu viens ! et le ciel se déploie,
    la forêt, l’océan reculent.

    Tous deux le soleil nous désigne
    par-dessus la ville et les toits
    les fenêtres renvoient ses lignes
    les fleurs éclatent comme des voix.

    Lorsque ton jardin nous reçoit,
    ta maison prend un air étrange :
    comme un reflet, la véranda nous accueille,
    sourit et change.

    Les arbres ont de grands coups d’ailes
    derrière et devant les buissons.
    La vague, au loin, parallèle,
    se met à briller par frissons.

    Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945

    Max Jacob : Je garde dans la solitude

  • Yannis Ritsos : Nudité du corps

    Une mer robuste,
    d’un bleu profond,
    t’a éclairé le visage.
    Chassés par le soleil,
    tous les morts.

    Les pêcheurs sont passés
    avec des paniers vides.
    La lune palpitait
    sur tes genoux.
    Rien ne séparait plus
    le vide de la plénitude.

    Le temps s’allonge,
    tu t’allonges.
    Ton image immobile
    sur le mur intérieur.

    Cette peur
    d’avoir oublié quelque chose
    que j’aurais dû prendre.
    Et la peur
    qu’une telle immensité
    ne connaisse une fin.

    Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).

    Yannis Ritsos : Nudité du corps

  • Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

    Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

  • George Bellows — California Headlands (1917)

    George Bellows — California Headlands (1917)

  • Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

    Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

  • François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

    Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
    Et les tristes discours
    Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
    L’augmenteront toujours

    Le malheur de ta fille au tombeau descendue
    Par un commun trépas,
    Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
    Ne se retrouve pas ?

    Je sais de quels appas son enfance était pleine,
    Et n’ai pas entrepris,
    Injurieux ami, de soulager ta peine
    Avecque son mépris.

    Mais elle était du monde, où les plus belles choses
    Ont le pire destin ;
    Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
    L’espace d’un matin.

    Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
    Elle aurait obtenu
    D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
    Qu’en fût-il advenu?

    Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
    Elle eût eu plus d’accueil ?
    Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
    Et les vers du cercueil ?

    Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
    Ote l’âme du corps,
    L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
    Et ne suit point les morts…

    La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
    On a beau la prier,
    La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
    Et nous laisse crier.

    Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
    Est sujet à ses lois ;
    Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
    N’en défend point nos rois.

    De murmurer contre elle, et perdre patience,
    Il est mal à propos ;
    Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
    Qui nous met en repos.

    François de Malherbe. Poésies, 1599.

    François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

  • La Gazette d’Amavero n°23 – Lundi 20 avril 2026

    La Gazette d’Amavero n°23 – Lundi 20 avril 2026

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025