Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 412 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • paravent

    la beauté glisse sur lui
    comme une goutte d’eau sur une feuille d’arbre
    quand il lève la tête
    il ne voit qu’une boule de feu
    mal aux yeux
    le bleu du ciel lui pèse d’un éternel ennui
    il ne goûte à rien
    tout lui est étranger
    il aimerait pourtant vibrer au souffle du vent
    frissonner aux rayons du soleil couchant
    être envahi par le sourire d’un enfant
    mais non tout passe rien ne pénètre
    il n’est qu’un paravent de la vie


  • seul

    je sais que je suis seul
    des hectares à la ronde
    au milieu des arbres des oiseaux
    j’entends le gai clapotis de l’eau
    et bruire le vent rond

    je sais que je suis seul
    sous les nuages blanc et gris
    qui changent à tout moment
    la couleur du ciel
    la lumière de la terre

    et parce que je suis seul
    le miracle s’accomplira
    l’univers s’enfouira en moi
    je résonnerai de toutes vibrations
    mon souffle sera le vent
    mon cœur le chant des ramiers
    et de la plante des pieds au dernier cheveu du crâne
    mon corps sera l’arbre enraciné la tête dans le ciel

    et quand tout sera consommé
    je hurlerai
    loup solitaire du haut de son mirador

    hélas la fusion n’a pas eu lieu
    mon âme imparfaite n’a pu se joindre à l’harmonie
    je suis resté extérieur à la symphonie
    pantomime ajouté à la beauté des choses

    il y avait un spectacle
    et je n’ai rien vu
    il y avait une musique
    et je n’ai rien entendu

    la nature n’a pas voulu de moi


  • jachère

    sur le sol en jachère
    les branches sont cassées
    par des pas impérieux

    chemin assombri
    ton mystère croit
    quand la clarté fuit
    loin l’oiseau de nuit
    chante trop aigu
    pour régner ici

    arbre penché
    né de la terre
    tu y reviens
    lune en quartier
    tu luis si peu
    sur le sol gris

    vent tu meurs
    faiblement
    sans un cri
    la nature
    est en peine
    emmêlant
    choses sens
    ombres sons
    incomplets

    ainsi va l’homme


  • feux de mouillage

    les feux de mouillage des bateaux tanguent dans le noir 
    grasses lucioles ils disent à la terre 
    dormez braves gens tout est calme ici-bas 
    oubliez la haine et vos petitesses 
    ils disent au ciel 
    bonjour étoiles bonjour planètes et trous noirs 
    on est plus gros que vous 
    on éclaire mieux 
    et nous au moins on est utile aux hommes 
    mais les étoiles en ont vu d’autres 
    elles se moquent de ces nimbes prétentieux 
    elles ont pour elles la nuit des temps et le big bang 
    elles ont pris du recul sur la vie 
    et la faiblesse des sentiments 
    en intercalant des années-lumières 
    entre elles et les hommes 
    elles ont construit patiemment cette voûte visible
    et démesurée 
    cette toile d’araignée en pointillés 
    ce labyrinthe éreintant 
    la nuit étoilée d’un soir d’été au mouillage me happe l’âme 
    pour l’envoyer valdinguer 
    comme une bille en verre dans le flipper céleste 
    j’entends ce dialogue vibrant entre le ciel et la terre 
    entre l’eau et l’éther 
    je suis le lien vital signifiant 
    pour qui se rejoue à chaque fois ce drame féérique 
    qui sait 
    un jour un soir 
    la nuit du ciel et de la mer 
    ronde des rondes 
    voûte des voûtes 
    se penchera sur moi 
    mère ample et douce et de sa voix 
    grave et philharmonique 
    longuement tendrement pleine de sens 
    en choisissant ses mots et ses silences 
    enfin bienveillante et altruiste 
    elle me dira peut-être pourquoi j’existe

  • cri

    je voudrais crier
    aucun son ne sort
    comme dans le tableau
    mille fois repeint
    je voudrais pleurer
    mille larmes de mon corps
    mais où sont-elles
    la source est tarie
    je voudrais qu’une femme
    me prenne dans ses bras
    longtemps
    sans rien dire
    en me chantant une berceuse africaine
    je voudrais qu’une brise fraiche
    frissonne le long de mon corps
    de la tête aux pieds
    et qu’à travers moi arc tendu
    elle tombe du ciel
    et retourne à la terre
    je voudrais sourires et bienveillance
    je ne parle même pas d’amour
    ni d’amitié
    juste un regard calme
    posé l’un sur l’autre
    se contempler dans son entier
    sans tout savoir
    pour ne rien craindre
    je voudrais être
    la source des élans
    faire sentir la chaleur
    que je peux insufler
    prends ma main
    sens ma peau
    mon cœur
    je voudrais tout donner de moi
    tout partager
    prends moi
    ne me laisse pas
    sois nourrie
    de mon souffle
    je ne sais pas parler
    tu le vois bien
    pardonne moi
    j’espère le jour où
    tout sera clair
    évident
    le jour où
    j’arrêterai de crier


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  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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  • Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025