Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 428 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • la porte du tableau

    le temps souffle comme le vent
    qui n’offre rien pour s’arrimer
    transmuant ton cœur élimé
    en nuée de limbes mouvants

    dans les ténèbres somnambule
    tu ne sais sur quel pied danser
    balbutiant et balancé
    tu sursautes comme une bulle

    grenouille sur un nénuphar
    luciole perdue dans la brume
    fleur de désir et d’amertume
    voilier louvoyant vers le phare

    suivant sa vocation ténue
    la mémoire de tes dix doigts
    cherche le toucher de l’émoi
    et le frisson de l’âme nue

    nuit et jour tu peins tu zigzagues
    dans un serpentin de questions
    un matin vient la solution
    ravir les écumes des vagues

    suivant ta foi ton idéal
    tu fais éclore du tableau
    une maison de terre et eau
    dont tu es le héros final

    étiré par ton repentir
    un trait pareil à une eau-forte
    sur la toile éclaire la porte
    par où tu peux enfin partir

    Hommage à Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) et Wang Fô

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « la porte du tableau »


    Texte sélectionné pour L’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix international Arthur Rimbaud 2022; Flamme de Bronze du Prix Flammes Vives 2022.

    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte; voir une autre illustration de ce texte avec deux tableaux, un d’art moderne et un autre chinois du 13 e siècle.


  • je voudrais écrire

    je voudrais écrire
    les plus belles pages du monde
    que le monde lirait
    en pleurant un peu

    mes pages seraient des tableaux
    de tristesse et de beauté
    le beau est toujours triste
    quand il est intouchable

    au bout de la tristesse
    entre les lignes poindrait
    une faible lueur d’espoir
    ne pas mourir tout à fait

    je parlerais de l’amour
    trop fort débordant
    en vagues sur les rochers
    blanchis d’écume

    des désirs non accomplis
    du renoncement
    rogneur d’âme qui tient
    éloigné du but

    je dirai la mer
    et son horizon
    et les oiseaux verts
    là-bas qui s’en vont

    je dirai l’envie
    d’être un autre
    que cet empêtré
    dans la lourdeur des choses

    dans mes pages je volerais
    fièrement librement,
    sur ma vie sans frontières
    mon passé sans cadran

    je parlerai des yeux
    qui m’ont rendu fou
    et du dernier regard
    qui porta le noir infini

    je parlerai du temps perdu
    qui fuit lentement
    comme un goutte à goutte
    du sang des gens

    des mots qui se croisent
    sans s’entendre têtus
    comme deux rivières
    réticentes à confluer

    du soleil aveuglant
    qui ferme les yeux
    cédant à la chaleur
    de formes emmêlées

    je parlerai du corps
    qui s’abandonne en nudité
    de sa peau fruit rouge
    à croquer en délicatesse

    dans la foison de mes pages
    on verrait des tableaux
    à contempler longuement
    comme une source de vie

    les mots sont si faibles
    menteurs et réducteurs
    la peinture est le parangon
    de la création humaine

    je voudrais que mes mots
    se lisent comme un tableau
    une musique symphonique
    une matrice de liens

    je voudrais écrire l’océan
    des plus belles pages du monde
    pour que le monde s’y noie
    s’en nourrisse et renaisse

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « je voudrais écrire »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • pensée errante

    ma pensée part errante
    avide d’assouvir
    ses lubies d’asservir 
    sa chimère aberrante

    elle vaque intrigante
    toujours prête à servir
    son ardeur pour gravir 
    toute pente insouciante

    vif un son vient percer
    mon rêve dispersé
    le réel me fait face

    dur un monde insensé
    force mes yeux baissés
    ma pensée s’éteint lasse

    Texte de Luc Fayard. Voir et entendre la récitation musicale mise en scène dans Galerie Amavero

  • Supervielle (Jules) : Plein ciel

    J’avais un cheval
    Dans un champ de ciel
    Et je m’enfonçais
    Dans le jour ardent.

    (suite…)

  • Auteurs multiples : Sélection de poèmes

    Une fois n’est pas coutume, j’inclus dans mes choix un extrait d’une très belle sélection venue du site eternels-eclairs.fr, presqu’une anthologie ! Voici, extraite de ce site, la liste des auteurs que j’aime, que je rajoute donc bien volontiers, chaque lien renvoyant sur plusieurs poèmes de l’auteur:


Dernières publications d’art et de poésie

  • John McKinstry – Coastal Cottages (2024)

  • Mimmo Paladino – Sans titre (2011)

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  • Léon Spilliaert – La couture (1917)

    Léon Spilliaert – La couture (1917)

  • Roger Bissière : Composition verte (1961)

    Roger Bissière : Composition verte (1961)

  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025