Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 484 artistes • 867 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La tolérance ? Il y a des maisons pour ça !


  • tourbillon

    elle tourbillonne sans connaître sa force
    moi je n’ai que des mots
    elle est le tronc moi l’écorce
    incroyable elle entre sans permis dans mon cœur
    tandis que je gratte le sien coucou bonheur
    elle est la vie qui bouge et bondit
    avec elle tout est beauté
    elle est la compassion née
    chez elle est tout est vrai
    elle souffre avec ceux qui crient
    elle sait pleurer comme un gouffre
    et moi je me terre de peur de sombrer
    inassouvi le cœur buté
    et pourtant pourtant
    si j’avais le temps
    je lui dirais les mots ne sont pas que des mots
    ils sont aussi un bout d’âme brute
    un morceau d’éternité
    oui j’oserais dire l’infini face à la vie
    je lui dirais
    l’amour est une forteresse contre la mort
    que je bâtis autour de toi mauvais maçon
    ivre de mots remparts leviers pinceaux
    mon tourbillon ma vérité
    calligraphie de mes sentiments agités
    ma respiration petit grain de blé
    un poisson bouche ouverte vers l’immensité
    ma réponse une pause un bras
    un paysage qu’elle seule reconnaîtra
    elle saura que j’en suis l’auteur
    riant de toutes mes erreurs
    des feuilles de hêtre sur un tronc de platane
    elle me dira tu peins comme un âne
    et elle m’embrassera attendrie
    rêvant devant ce soleil éternel
    que moi seul aura su créer pour elle
    la tête sur mon épaule
    alanguie


  • guirlandes éclatées mes rêves d'elle

    en guirlandes éclatées
    en soleils nettoyés
    en pas de danse sur des cristaux argentés
    fragile autoroute de quatre heures du matin
    quand les brouillards dessinent l’horizon
    sont mes rêves mes rêves
    en nostalgie confuse
    en air de blues et d’alcools
    sur des nuits trop longues
    en larmes fraîches quand vient la rosée
    en reflets mouillés de belles vitrines
    gardant les avenues désertes
    sont mes rêves d’elle
    en tristesse repeinte et reniée
    en éventail japonais
    en chemins sillonnés
    en air d’orifice aux étoiles
    en cocasseries jalouses
    en impuissances vermeilles
    sur des vagues cassées
    sont mes rêves mes rêves
    en colliers picturaux
    d’audace aux sommets prestigieux
    en guitare désaccordée
    en chiens nus pitoyables
    comme les rames du dernier métro
    en rimes balbutiantes
    sont mes rêves d’elle
    en véronique d’Espagne
    dentelle rougissante
    en noir comme le noir de ses yeux
    où je me noie
    en aiguilles du temps désaxées
    brodant d’interminables ouvrages
    sont mes rêves mes rêves
    en noir comme ses cheveux
    noir mêlé du rose que je crée
    en hallucinations souveraines
    en boucliers de caprices
    brise libre par-dessus les toits
    voguants vers l’infini à petits pas
    sont mes rêves de toi


  • agrippe-toi

    agrippe-toi à moi je suis montagne
    respire-moi je suis ton souffle
    regarde-moi je suis ta lumière
    plonge en moi je suis l’océan
    suis-moi je suis ton chemin
    habite-moi je suis ton île
    vis-moi je suis ton âme
    aime-moi je suis là
    je suis l’amour


  • orgueil et paresse

    Pourquoi te lèves-tu le matin? A part l’envie de pisser, qu’est-ce qui te pousse ainsi à bouger? Moi, mon plus grand bonheur, une fois le café avalé au lit, est de me rencogner sous la couette. Je tente alors désespérément de retrouver mes rêves là où je les avais laissés. Tiens, cette nuit, j’étais en stage avec un groupe de jeunes femmes et d’hommes; on nous emmène dans un vestiaire où il faut se déshabiller et prendre sa douche, ensemble… Ding! C’est là que le réveil sonne!… Je ne saurai jamais la suite. Ni d’aucun de mes rêves sublimes et passionnants. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai volé des heures durant au-dessus des toits et des campagnes et c’était plutôt agréable. Je suis tombé souvent dans des trous sans fin, je hurlais et c’était horrible. Je me suis retrouvé tout nu dans la rue et c’était honteux. Mais le réveil sonne, toujours. Il faut se lever, bouger, partir. Réincarné, je serais un lézard, c’est sûr
    En attendant, « chaque matin, le soleil se lève pour les autres » comme dit si bien Lautréamont. Il faut y aller, vers son destin du quotidien. Et le plus étonnant, c’est que sans haine et sans passion, j’y vais quand même. J’espère peut-être en secret que la comète s’écrase, que le sol se déchire, que je gagne au Loto sans jamais y jouer. Mais il ne se passe jamais rien de ce genre et je continue quand même à bouger.
    Dans une ultime réflexion sur moi-même, l’autre jour, j’ai enfin compris pourquoi: malgré l’évidence mille fois répétée, malgré le passé et l’histoire, malgré tous les échecs et toutes les frustrations, et aussi dingue que cela puisse paraître, je me crois encore pas tout à fait inutile. J’imagine dans ma folie égotique apporter une pierre essentielle à l’édifice. Je crois exister quand même, grain de sable oui, mais roseau pensant aussi : cette tige si faible, c’est moi et personne d’autre. Et ce moi qui m’exaspère c’est aussi celui qui me fait avancer.
    C’est donc bien l’immensité de mon orgueil qui contre la lourdeur de ma paresse. Je suis né avec: j’étais si bien dans le ventre de ma mère et il a fallu que cette lumière et ce bruit m’attirent, comme s’ils m’appellaient. Ce malentendu original est ma croix. J’ai cru qu’on me voulait, ailleurs, et j’y suis allé. Mille fois j’en suis revenu, dépité. Mille fois, j’y suis retourné.
    Chaque matin, je me lève quand même, après de longues hésitations, parce que je me dis que le monde a besoin de moi. Et il suffit d’un sourire pour que je le croie!…

  • sons

    d’abord un seul froufrou
    la source frétillante
    rebonds joyeux sur les rochers ronds
    notes soyeuses de musique légère
    longtemps seules dans l’espace-temps
    puis les sons de la vie
    l’appel d’un oiseau
    simple et direct
    sans fioritures
    pas de temps à perdre
    dit l’animal
    puis un grondement d’orage
    qui fait le fier
    pas bien méchant
    et toujours en fond de tableau
    la brise irisée qui respire doucement
    hélas même ici l’avion
    invisible et lointain
    ronchonne empereur hautain
    ineffable briseur d’unisson


Dernières publications d’art et de poésie

  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía hay un gesto que no empieza en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá hay una forma callada de la voz en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío hay une línea que es la mesa y el vacío por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre hay un breve relámpago en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes nadie puede ser mucho tiempo, pero tampoco dios, que es otro borde, puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort il y a des plantes foulées sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra il y a une forme silencieuse de la voix où tout est debout.

    Entre la table et le vide il y a une ligne qui est la table et le vide où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang il y a un éclair où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords nul ne peut survivre longtemps, et dieu lui-même, qui est un autre bord, ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

  • Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

    Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
    Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.

    Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987

    Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

  • Max Jacob : Je garde dans la solitude

    Je garde dans la solitude
    comme un pressentiment de toi.
    Tu viens ! et le ciel se déploie,
    la forêt, l’océan reculent.

    Tous deux le soleil nous désigne
    par-dessus la ville et les toits
    les fenêtres renvoient ses lignes
    les fleurs éclatent comme des voix.

    Lorsque ton jardin nous reçoit,
    ta maison prend un air étrange :
    comme un reflet, la véranda nous accueille,
    sourit et change.

    Les arbres ont de grands coups d’ailes
    derrière et devant les buissons.
    La vague, au loin, parallèle,
    se met à briller par frissons.

    Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945

    Max Jacob : Je garde dans la solitude

  • Yannis Ritsos : Nudité du corps

    Une mer robuste,
    d’un bleu profond,
    t’a éclairé le visage.
    Chassés par le soleil,
    tous les morts.

    Les pêcheurs sont passés
    avec des paniers vides.
    La lune palpitait
    sur tes genoux.
    Rien ne séparait plus
    le vide de la plénitude.

    Le temps s’allonge,
    tu t’allonges.
    Ton image immobile
    sur le mur intérieur.

    Cette peur
    d’avoir oublié quelque chose
    que j’aurais dû prendre.
    Et la peur
    qu’une telle immensité
    ne connaisse une fin.

    Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).

    Yannis Ritsos : Nudité du corps

  • Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

    Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

  • George Bellows — California Headlands (1917)

    George Bellows — California Headlands (1917)

  • Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

    Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

  • François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

    Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
    Et les tristes discours
    Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
    L’augmenteront toujours

    Le malheur de ta fille au tombeau descendue
    Par un commun trépas,
    Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
    Ne se retrouve pas ?

    Je sais de quels appas son enfance était pleine,
    Et n’ai pas entrepris,
    Injurieux ami, de soulager ta peine
    Avecque son mépris.

    Mais elle était du monde, où les plus belles choses
    Ont le pire destin ;
    Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
    L’espace d’un matin.

    Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
    Elle aurait obtenu
    D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
    Qu’en fût-il advenu?

    Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
    Elle eût eu plus d’accueil ?
    Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
    Et les vers du cercueil ?

    Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
    Ote l’âme du corps,
    L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
    Et ne suit point les morts…

    La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
    On a beau la prier,
    La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
    Et nous laisse crier.

    Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
    Est sujet à ses lois ;
    Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
    N’en défend point nos rois.

    De murmurer contre elle, et perdre patience,
    Il est mal à propos ;
    Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
    Qui nous met en repos.

    François de Malherbe. Poésies, 1599.

    François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

  • La Gazette d’Amavero n°23 – Lundi 20 avril 2026

    La Gazette d’Amavero n°23 – Lundi 20 avril 2026

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025