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Citation Amavero du jour
Quand on travaille sur une niche, il ne faut pas s’étonner d’être traité comme un chien.
Jeune entrepreneur de start-up parlant des… Lire
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  • fière

    Capucine Minot – Sans Titre (2022)

    la maison trône fière
    sur la colline
    l’avant-garde solide
    de ses balcons de bois
    protège ses secrets
    elle nous dit c’est moi
    qui ait tout vu tout connu
    je suis imprégnée d’histoire
    de cris et de chuchotements
    je sais tout et ne dirai rien
    puis elle se tait

    Texte de Luc Fayard inspiré par Sans Titre (2022), de Capucine Minot


  • cascade

    Géraldine Vérine – Waterfall

    chute d’eau sauvage
    émanation mythique
    primale
    de la jungle
    de l’origine du monde
    les sens à vif
    le cœur ouvert
    ici peut-être l’humanité
    fut libre et heureuse
    dans un pays vierge
    habillé de pureté

    Texte de Luc Fayard inspiré par Waterfall, de Géraldine Vérine


  • tout est dit

    Camille Pissarro – Paysage au Valhermeil, Auvers-sur-Oise, dit aussi Paysage à Chaponval (1883)

    rien que du simple
    au premier plan
    une fermière et sa vache
    un arbuste un pré
    au second plan
    un village
    aux toits bleus et rouges
    au dernier plan
    une colline au sommet arrondi
    aux champs bien délimités
    et l’on comprend
    que tout est dit

    Texte de Luc Fayard inspiré par Paysage au Valhermeil, Auvers-sur-Oise, dit aussi Paysage à Chaponval, de Camille Pissarro



  • trait noir

    trait noir d’horizon
    surmonté d’un demi-cercle
    qui deviendra cercle
    se hissant lentement
    fatalement 
    le plus haut possible
    dans le ciel
    tous les jours
    jusqu’à la fin du monde

    coincés entre la voûte bleue 
    et le vaste foncé 
    glissant parfois vers le vert
    bloquées entre ces deux univers
    de fines couches orangées
    font les tampons ouatés
    entre deux mondes

    tous les matins sans musique
    à l’heure à peine glissante
    se déroule la même lente 
    et splendide cinématique

    rien ni personne d’autre
    pour la goûter
    pas même un cri d’oiseau
    silence de pleine mer
    sauf ce léger bruissement
    de brise tiède
    aux multiples futurs

    et si en plus ce jour-là
    la mer est plate 
    l’homme vivra
    il le sait
    la seule expérience possible
    du paisible infini

    conscient de son humble position
    invité du dernier rang
    quand la nature oxygène 
    l’âme du marin
    il respire sans fards la splendeur 
    du plus beau spectacle du monde

    chaque jour
    minimaliste 
    le même scénario
    et pourtant chaque jour 
    une émotion différente
    étreinte de vérité
    crainte de faiblesse
    offrande de beauté
    mystère de demain
    bout d’éternité 
    dans un bout d’âme
    fenêtre ouverte 
    sur l’absolu

    debout sur le pont 
    tête haute 
    main serrant la filière
    dire merci

    parfois à l’aube
    les couleurs grimacent
    vers le plus noir
    le vent a choisi de forcer
    la mer aussi se fonce et bouge
    secouée par en-dessous
    du bruit plein les oreilles
    ça siffle et ça tape
    beaucoup de travail
    les mains prises
    pas le temps de rêver

    mais le marin le sait
    là-bas derrière la brume
    et la barrière de pluie
    même dans le gris
    et la lourde fureur
    le disque se lève encore
    et encore

    immuable beauté 
    de la nature
    sans spectateur

    Texte: Luc Fayard

    Henri Le Sidaner – Clair de Lune (1904)

  • jaune

    Alfred Sisley – Le Pont de Moret (1893)

    cela n’existe pas
    un paysage jauni
    comme celui-ci
    et pourtant
    quelle force quelle vie
    dans les lignes
    dans les formes
    et l’eau si présente
    qu’on la voit frémir
    qu’on l’entend gémir
    il fait chaud ce jour-là

    Texte de Luc Fayard inspiré par Le Pont de Moret, d’Alfred Sisley

    Voir nos deux autres galeries d’art (œuvres seules) : Art contemporain, Art moderne



Art et Poésie : dernières publications

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  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

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  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

    Camillo Innocenti : Nuit (1913)

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025