Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
1 556 artistes • 821 auteurs publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
Les hommes parlent de la victoire comme d’une chance. C’est le travail qui fait la victoire
il souffla si fort ses bougies que le temps s’accéléra l’espace se déforma les couleurs se séparèrent en demi-cercle dans un crépitement joyeux de rires et d’exclamations on pouffa de tant de flou il se dit serein que c’était bon signe pour vivre le reste de sa vie moins normée
Texte de Luc Fayard, inspiré d’une photo ratée d’Anne-Laure Baron Siou qui aurait bien voulu que je titre sa photo « essai abstrait »
nulle ligne assurée entre terre et eau entre bas et haut dans le palud pourtant à chacun sa substance sa texture sa couleur qui se relaient dans le passage invisible du fluide au solide dans la prégnance humide d’un paysage à part ici vibrent les sens en large palette du musqué au salé du sec au mouillé du silence au bruissement du gris noir au gris blanc le nez devant le pied l’odeur nous guide on la hume perdu dans la nasse d »un monde sans barrières seule la pluie pourrait réunir les matières dans la même brume soyeuse et mystérieuse ainsi va la vie brouillard tenace sans frontière entre jour et nuit
Texte de Luc Fayard, inspiré de Palud, de Marie Deloume – peinture sur zinc
je crée mes souvenirs comme un artiste repeint sa toile l’avenir est un élixir mêlant présent et passé
je ne suis que chimie de pensées programmées les mots mentent ils existaient avant moi
mon cœur s’emballe sans raison vers tous les cardinaux j’ai perdu le goût de tout je souris sans passion ne contemplant rien d’autre que l’intérieur de moi
et pourtant je respire j’existe mais pour quoi quel peut être le destin d’un grain de sable volant au moindre frisson du large marin les poussières ne peuvent se donner la main
croyant vivre la même aventure les hommes s’agglutinent flottants dans les mêmes courants tièdes
la réalité n’a pas de géométrie universelle la vérité est un leurre de l’histoire l’amour un rêve fatal à l’indépendance aveugle j’avance en automate monté sur quel ressort
ni justice ni compassion ni revanche ni haine peut-être simplement le désir de beauté drapeau blanc surnageant du naufrage pic vert coiffant la soucoupe des nuages seul chemin vers une transcendance qui se passe de l’histoire et des signes sans besoin de raison folle un chemin sans étoiles qui est tout sauf une ligne droite
Caspar David Friedrich – Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)
Diplôme d’Honneur – prix Europoésie – Unicef 2023; parue dans L’Anthologie Europoésie 2023
Texte de Luc Fayard, illustré par Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich
Georges Saluterre – Sculpture n° 5475- terre cuite
grelottant dans le dortoir elles s’étaient endormies après frôlements et cachotteries serrées sous les couvertures emmitouflées elles s’étaient raconté pouffant et frissonnant des histoires gaies de vampires et d’ogres puis s’étaient tues rêvant à leur maman c’est dans ce cocon recroquevillées que le manteau du sommeil les avait recouvertes jusqu’à l’aube et sa lumière s’il avait gelé dans la nuit nue elles seraient statues
Texte de Luc Fayard, inspiré de Sculpture n°545, de Georges Saulterre (1943-2024) – terre cuite
Couverture du livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain » – Textes de Luc Fayard – Éditions Amavero – 2024
Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol. 2 : Art moderne et contemporain Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2024 COMMANDER LE LIVRE
Henri Matisse : Le Violoniste (1917), Le Luxe (1907), Portrait de Greta Prozor (1916)(de gauche à droite)
Je serais ce violoniste Qui joue à la fenêtre Derrière les volets bleus Ma musique monterait jusqu’aux nuages Et la tristesse glisserait Sur mon costume jusqu’à terre Où elle dessinerait une tache de deuil.
Trois fois murmuré Trois fois dessiné Trois fois perdu Il est là dans mes rêves verts Il est là dans les rues violettes Il est là dans la vie noire.
La beauté sortirait à peine de l’eau Je viendrais la sécher Avec des éponges bleues. Je jetterais à ses pieds des bouquets Trop vite coupés. Et je pleurerais de son parfum évanoui. Elle ne bougerait pas, Ni statue, ni femme, La beauté lointaine sortie de l’eau.
Trois fois murmuré Trois fois dessiné Trois fois perdu Il est là dans mes rêves verts Il est là dans les rues violettes Il est là dans la vie noire.
La souffrance tombait de ses épaules arrondies Sa robe de lin décelait les sanglots accumulés Elle se taisait et retenait ses mains sur ses cuisses fermées. Greta sortie de l’enfance bourgeoise S’enferme dans le deuil du désir.
Trois fois murmuré Trois fois dessiné Trois fois perdu Il est là dans mes rêves verts Il est là dans les rues violettes Il est là dans la vie noire.
Texte de Corinne Valleggia, inspiré de trois tableaux d’Henri Matisse : Le Violoniste – Le Luxe – Portrait de Greta Prozor.
Art et Poésie : dernières publications
Mark Hertier : Black and White Cottage (1914)
Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine
Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)
Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)
LEAR Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow! You cataracts and hurricanoes, spout Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks! You sulphurous and thought-executing fires, Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts, Singe my white head! And thou, all-shaking thunder, Smite flat the thick rotundity o’ the world! Crack nature’s moulds, all germens spill at once That make ingrateful man!
LEAR Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez, Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes ! Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée, Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne, Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle, Aplatis l’épaisse rotondité du monde, Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes Qui font l’homme ingrat !
Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats
William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)
Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.
C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.
(1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.
Parle laisse tomber une parole Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille Parle Une pirogue glisse vers la lumière Une parole légère avance à pleines voiles Le jour a la forme d’un fleuve Sur ses rives brillent les plumes de tes chants Douceur de l’eau dans l’herbe endormie Eau claire voyelles à boire Voyelles parures du front des chevilles Parle Touche la cime d’un silence heureux Et puis ouvre les ailes parle sans cesse Un visage oublié passe Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs L’enfance avec ses flèches son idole son figuier Romps les amarres passe avec la tour et le jardin Passent futur et passé L’heure déjà morte et l’heure à tuer Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant Volées de comètes qui se perdent dans mon front Parle Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes
Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014. Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.
Octavio Paz : Source
Camillo Innocenti : Nuit (1913)
Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)
Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau
Abonnez-vous à La Gazette d’Amavero Entrez votre email et vous recevrez notre newsletter un lundi sur deux : 100% bénévole, gratuit, sans pub, ni spam, ni traqueurs