une larme scintille
sur ta joue
un peu de toi
s’échappe
tes yeux fermés
sur nous
me happent
tes yeux de faon
me lappent
cette façon
de ne rien dire
me hante
ma main libère
de ton rire
je viens au creux
de ta douceur
je meurs un peu
dans tes bras
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
une larme scintille
sur ta joue
un peu de toi
s’échappe
tes yeux fermés
sur nous
me happent
tes yeux de faon
me lappent
la beauté glisse sur lui
comme une goutte d’eau sur une feuille d’arbre
quand il lève la tête
il ne voit qu’une boule de feu
mal aux yeux
le bleu du ciel lui pèse d’un éternel ennui
il ne goûte à rien
tout lui est étranger
il aimerait pourtant vibrer au souffle du vent
frissonner aux rayons du soleil couchant
être envahi par le sourire d’un enfant
mais non tout passe rien ne pénètre
il n’est qu’un paravent de la vie
je sais que je suis seul
des hectares à la ronde
au milieu des arbres des oiseaux
j’entends le gai clapotis de l’eau
et bruire le vent rond
je sais que je suis seul
sous les nuages blanc et gris
qui changent à tout moment
la couleur du ciel
la lumière de la terre
et parce que je suis seul
le miracle s’accomplira
l’univers s’enfouira en moi
je résonnerai de toutes vibrations
mon souffle sera le vent
mon cœur le chant des ramiers
et de la plante des pieds au dernier cheveu du crâne
mon corps sera l’arbre enraciné la tête dans le ciel
et quand tout sera consommé
je hurlerai
loup solitaire du haut de son mirador
hélas la fusion n’a pas eu lieu
mon âme imparfaite n’a pu se joindre à l’harmonie
je suis resté extérieur à la symphonie
pantomime ajouté à la beauté des choses
il y avait un spectacle
et je n’ai rien vu
il y avait une musique
et je n’ai rien entendu
la nature n’a pas voulu de moi
sur le sol en jachère
les branches sont cassées
par des pas impérieux
chemin assombri
ton mystère croit
quand la clarté fuit
loin l’oiseau de nuit
chante trop aigu
pour régner ici
arbre penché
né de la terre
tu y reviens
lune en quartier
tu luis si peu
sur le sol gris
vent tu meurs
faiblement
sans un cri
la nature
est en peine
emmêlant
choses sens
ombres sons
incomplets
ainsi va l’homme
Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)
Je lis dans ma main, ô Patrie,
si douce ta géographie.
Ma ligne de vie qui s’élève
suit le tracé de tes volcans,
puis redescend, ligne de cœur,
jusqu’à la base de mes doigts.
Mes mains sont ta superficie,
l’image vive de ta peau.
Carte de monts. Monts que je veux
appeler: Coutchoumatanès¹,
cimes qui montrent leur turquoise
au saphir de la Mer du Sud.
Que le Tacana², doigt géant,
garde l’entrée de la surprise
quand le maïs enfin se change
en grain comestible pour l’homme,
de ta chair céréale humaine.
Le mont diaphane de la Lune
est, dans ta main, un lac ancien
avec sur ses bords douze temples.
De là partit ton peuple enfant
— potier, sculpteur ou tisserand —
à la conquête de l’aurore.
Poussière de clarté dans l’ombre,
harmonie au creux de ma main,
ma ligne solaire est la conque
profonde où j’entends retentir
des fleuves sourds, tels des atlantes,
d’autres rapides, suicidés.
J’écoute, l’oreille collée
au sol de ta carte vivante
que je porte ici dans mes mains,
carillonner toutes tes cloches,
clignoter toutes tes étoiles,
Pour mon mariage avec ma terre,
mes amis, je veux comme anneau
une luciole solitaire.
Que, l’immense nuit de ma mort,
ma tempe dorme sur ma main
à la luciole solitaire.
1. Coutchoumatanès (Cuchumatanes): hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de point de repère aux marins dans la mer du Sud. (N. d. T.)
2. Le Tacana (El Tacaná): volcan du Guatemala. (N. d. T.)
Messages indiens (1958) in Poèmes indiens, nrf/Poésie/Gallimard, 2024.. Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand. 1899-1974, Guatemaltèque, Prix Nobel de littérature en 1967
Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland pour sa lecture documentée du poète.

Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits
Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir.
A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver.
129
Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais!
Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera!
149
Je suis un habitant, mais d’où ?
Soy un habitante, pero ¿de dónde?
190
La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires.
La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios.
399
Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur.
Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también
que haya altura.
542
Quand les étoiles s’abaissent, qu’il est triste de baisser les yeux pour
les voir !
Cuando las estrellas bajan, ¡qué triste es bajar los ojos para verlas!
594
Mes mains se sont tellement raccourcies, de tellement se tendre en vain, qu’elles n’arrivent même plus jusqu’aux étoiles.
Mis manos se han acortado tanto, de tanto alargarse en vano, que ya no alcanzan ni hasta las estrellas.
1098
Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ».
Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo
nodria ser justo con lados y con
1103
Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à
être. Ce n’est pas être.
Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser.
1110
Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un.
Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien.
1122
Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement
souffrir.
El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer.
1145
Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182
Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde.

Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)
1
En haut sur la cime
Le jardin entier est lune,
Lune d’or.
Plus précieux le frôlement
De ta bouche dans l’ombre.
2
La voix de l’oiseau
Que la pénombre recouvre
On ne l’entend plus.
Tu marches dans ton jardin
Quelque chose, oui, te manque.
3
La coupe d’un autre,
L’épée qui fut une épée
Dans une autre main,
La lune de cette rue,
Dis-moi, n’est-ce pas assez?
4
Il est sous la lune
Le tigre fait d’or et d’ombre
Il fixe ses griffes
Il ne sait pas qu’au matin
Elles ont tué un homme.
5
Triste cette pluie
Qui sur le marbre s’égoutte,
Triste d’être terre.
Triste, n’être pas les jours
De l’homme, le rêve, l’aube.
6
N’être pas tombé
Comme d’autres de ma race,
Au champ de bataille.
Être dans la vaine nuit
Seul à compter les syllabes.
Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010
NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.
Octavio Paz : Un jour se perd (1939)
Un jour se perd
Dans le ciel fait en hâte
La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
Un jour se perd
Ouvrir et fermer des portes
La graine du soleil s’ouvre sans bruit
Un jour commence
La brume gravit la colline
Un homme descend la rivière
Ils se rencontrent dans tes yeux
Tu te perds dans le jour
Chantant dans le feuillage de la lumière
Des cloches sonnent au loin
Chaque appel est une vague
Chaque vague ensevelit à jamais
Un geste une parole la lumière contre le nuage
Tu ris et te peignes distraite
Un jour commence à tes pieds
Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
Ce qui est visible et palpable dehors
Ce qui est intérieur et sans nom
A tâtons se cherchent en nous
Suivent la marche du langage
Passent le pont que leur tend cette image
Comme la lumière entre les doigts ils glissent
Comme toi-même entre mes mains
Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
Un jour commence en mes paroles
Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
Ombre de ton corps lumière de ton ombre
Maille de chaleur peau de ta lumière
Un jour commence dans ta bouche.
Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.
Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988



