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Citation Amavero du jour
Les hommes savent le prix de tout, mais ne connaissent la valeur de rien !
Pour dire ce que m’inspirent les œuvres de Chantal Fontvieille réunies sous le titre « À travers », j’emprunterai un détour : celui du mot traverser lui-même. Chantal connaît ma passion pour les mots. À vrai dire, plonger dans leur épaisseur sensible, me laisser traverser par eux, écouter ce qu’ils ont à m’apprendre, c’est bien plus pour moi qu’un détour, c’est ma voie d’approche vers le monde.
Chantal Fontvieille
– À travers 111 (verso) –
Cible de tir à l’arc, rouille, encre de Chine
pas d’obstacle à la création tout est chantier mortier cœur idée l’âme expose ses visions blocs et lignes s’épaulent traits et couleurs s’enrichissent d’un même élan tout s’élève tout s’en va ailleurs et s’imprègne
Texte de Luc Fayard inspiré du tableau Obstacle, de Sandrine Hartmann
(de gauche à droite) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd – image Dall.e – John Everett Millais : Ophélie – Claude Monet : La vague verte
une histoire de ouf je suis tombé de haut tout au fond de l’eau plouf splash chutant comme une masse sans un cri et là tout en bas surprise une femme sans âge douce et nue m’attend et me sourit
moi aussi je suis nu c’est embêtant au fond de l’eau on bouge au ralenti comme dans un film et surtout impossible de respirer elle touche ma main rassure-toi me dit-elle tu ne respires plus
amicalement je la prends dans mes bras et lui dis en pleurant je n’ai jamais connu quelqu’un comme toi de quoi nous parlâmes dans le flot des larmes
je ne sais mais quel effet
puis gentiment elle me pousse vers la sortie on t’attend à l’accueil de la citadelle dit-elle c’est le temps de l’exil
me voici habillé d’une blouse d’hôpital la fesse à l’air errant solitaire dans les couloirs pas nets d’abord déserts et sombres puis peuplés de silhouettes floutées comme des ombres
derrière un guichet j’entends une voix qui me dit l’accueil c’est ici je me penche et plus bas dans une vaste baignoire une baignoire au fond de l’eau me dis-je quelle idée une autre femme est allongée nue et vieille qui me voyant se lève en gémissant
lourde de fatigue aride des gouttes d’eau perlant de ses rides comme la vie qui fuit
en-dessous d’elle au fond de la baignoire qui se vide comment est-ce possible l’eau qui s’en va dans l’eau deux vieux squelettiques et nus la peau foncée sur qui manifestement elle reposait sortent et marmottent et gigotent encore un peu
raide comme un piquet spectrale couverte de blancs cheveux elle me fixe tranquillement froidement de ses yeux aveugles et terrifié je comprends alors que je suis à jamais
dans l’eau de la nuit
Texte de Luc Fayard illustré par un montage de quatre œuvres: (de gauche à droite, de haut en bas) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd ; image Dall.e (avec des gens habillés parce que Dall.e n’a pas le droit de dessiner des gens nus); John Everett Millais : Ophélie ; Claude Monet : La vague verte.
Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté. Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.
Une mer robuste, d’un bleu profond, t’a éclairé le visage. Chassés par le soleil, tous les morts.
Les pêcheurs sont passés avec des paniers vides. La lune palpitait sur tes genoux. Rien ne séparait plus le vide de la plénitude.
Le temps s’allonge, tu t’allonges. Ton image immobile sur le mur intérieur.
Cette peur d’avoir oublié quelque chose que j’aurais dû prendre. Et la peur qu’une telle immensité ne connaisse une fin.
Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).
Yannis Ritsos : Nudité du corps
Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)
George Bellows — California Headlands (1917)
Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)
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