premier amour

tu te souviens d’elle
en détail
il y a si longtemps
sa voix ses yeux son odeur
sa façon de pencher la tête
quand elle te regardait

mais elle n’est qu’un rêve
un voile un fantôme
et pourtant
plus elle est transparente
plus elle est réelle
tu pourrais la toucher la sentir

elle reste dans le cercle
en ellipse
autour de toi
parfois si proche
que l’ombre de ses cheveux
pourrait te caresser le visage
parfois si loin
qu’elle semblerait te dire adieu

tu ne vois qu’elle
rien d’autre
aucun souvenir précis
de ces moments
où vous fûtes si près
l’un de l’autre
la peau le cœur
respirant au même rythme
les mêmes effluves de la vie

pas de signes
pas de mots
ni de musique
mais ce n’est pas le silence
ni le vide
rien qu’un sourire étrange
d’Ophélie
une ombre d’être
en diagonale sur un mur

il n’y a vraiment qu’elle
pour tourbillonner ainsi
t’emportant dans sa ronde
tu tends la main
comme un fou
un noyé
sans rien sentir
rien ne vient
pas de caresse

elle est partie
comme elle venue
un souffle
une apparition
jamais ton cœur
n’aura autant battu
comme un tambour silencieux

Texte de Luc Fayard. Voir la version illustrée par 6 artistes contemporains

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