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matin de l’ange
le matin
quand je me lave les dents
devant la fenêtre ouverte
le chêne me salue
de sa voix grave
mais je ne peux lui répondre
j’ai la bouche pleine
les marches de la terrasse me narguent
viens danser avec nous
mais je ne peux sortir
je suis en pyjama
là-bas
la ligne des frondaisons me dit
regarde comme nous sommes belles
mais je ne vois rien
je n’ai pas mes lunettes
l’avion qui tire un trait dans le ciel
m’invite à monter a bord
mais je ne peux pas m’envoler
je n’ai pas encore mis mes ailesTexte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin; voir la mise en page avec photo
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quartz blanc
je parle encore
personne n’entend
parole sans liesse
comme le vent
murmure indistinct
magma lointain
sur la foule qui se presse
et m’ignorequand les remous
le secouent corps et âme
personne pour partager
la fièvre du marin qui rame
dans une barque ébranlée
par les vagues houleuses
de la solitudefaudra-t-il que je hurle
ma douleur d’être
pour que ma voix parvienne
sans filtre
au cœur sensible et doux
le pénètre
et que l’élu se penche vers moi
ému de mon émoisi jamais j’entendais
une voix comme la mienne
quel baume elle poserait
sur les plaies du silenceil y aurait tant à dire
pour toucher de près
les êtres qui doutent
les chercheurs de pureté
si l’on m’écoutait
je parlerais sans fin
de la beauté des choses
dans la lumière du soir
et de l’ombre qui les agrandit
je raconterais les méfaits
du serpent du souvenir
et le bienfait d’un sourire inattendu
je dirais tous les espoirs
reliés les uns aux autres
comme une ligne d’horizon
entre vert et bleuet avant de me taire
je dirais l’amour nu
cristallin de quartz blanc
recelé par le sable
qui sera découvert
le jour du grand refluxTexte de Luc Fayard
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La Genèse : extrait (traduction de Marc-Alain Ouaknin)
(Voir les tableaux proposés par Amavero pour illustrer ce texte)
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