• elle joue la nuit

    elle joue
    et par la porte ouverte
    les notes du piano fuient
    je les regarde
    s’envoler dans la nuit
    sur un tempo lent
    caresser les nuages blancs

    elle joue

    et le temps s’arrête
    de respirer
    moi aussi

    partagé
    entre nuit grave
    et musique aigüe

    elle joue
    et ne sait
    sa grâce à elle
    pour moi
    tout ce qu’elle touche luit
    ses mains créent la lumière
    de mon chemin d’élu
    balisé dans la nuit

    elle joue

    et le vent profite d’un soupir
    pour pousser le sien
    moi aussi
    musique et nuit
    sœurs jumelles
    de l’attente

    elle joue
    et dépêche en l’air
    ses notes messagères
    points d’interrogations
    titubant sans fin
    dans la nuit claire
    de ma tête étoilée

    elle joue
    et les étoiles alanguies
    clignent des rayons une à une
    complice le ciel me sourit
    dans son halo bleu de lune

    elle joue
    et sans elle au piano
    la nuit ne serait
    plus jamais la même
    moi non plus
    ou je serais la nuit
    voir une version un peu différente, en musique, sur instagram

  • toucher le bout de l’arc-en-ciel

    – je veux toucher le bout de l’arc en ciel
    s’il le faut je prendrais un bateau
    mais j’ai peur de me perdre en mer
    et d’errer comme un vaisseau fantôme

    – contemple d’abord ses couleurs
    fais les chauffer dans ton cœur
    imagine les pays survolés

    les gens éblouis la tête en haut

    – je veux partir je ne peux rester la
    l’arc a tracé mon chemin
    il me dit viens envole toi
    emporte tes rêves qui vont surgir

    – l’arc lui-même est un rêve
    visible de partout dominant tout
    mais il n’est qu’un piège de lumière
    tu pourrais le traverser sans le voir

    – je veux danser sur les étoiles
    rire au vent frais du chemin
    gonfler mes poumons gonflés d’air marin
    et mon cœur battre au rythme de mes pas

    l’enfant grimpa sur l’arc en ciel
    et disparut avec lui dans les nuages blancs

  • je veux tout oublier

    je veux tout oublier
    des anciens jours sepia
    célestes ou grossiers
    que rien ne recopia

    rien ni le triste chant
    de la lumière bleue
    ni l’accord dissonant
    du matin malchanceux

    je veux tout oublier
    la magie floue du monde
    les cierques mésalliés
    dansant sa folle ronde

    oublier la cité
    du concert fracassant

    l’impétuosité
    du cynique impatient

    je veux tout oublier
    les mots si malhabiles
    sur les plaies repliées
    des rendez-vous fragiles

    la mémoire infiltrée
    au détour du chemin
    par de nouveaux portraits
    regardant vers demain

    je veux tout oublier
    pour qu’enfin recommence
    l’émotion relayée
    par le spleen sans souffrance

    et qu’enfinl’infini
    des contrées inconnues
    ranime dans son nid
    mon âme mise à nu

    Voir la version mise en musique sur instagram ; voir la mise en scène illustrée par une illustration de Simon et un tableau d’Henri Lebasque sur Galerie Amavero et Poésie de l’Art; voir la galerie
    Femmes à la fenêtre de 60 chefs-d’oeuvre représentant une femme à la fenêtre, thème qui a servi pour illustrer ce poème.