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j’existe encore (rien à dire)
rien à dire
le ciel est sale
les regards fuient
le bruit partout
un jour d’hiver
sans pluie
sans pli
sempiternel
marcher
respirer
je la croise
un sourire
non
tant pis
m’en fous
j’existe encore -
pluie des tropiques
ce qui tombe du ciel
n’est pas un crachin breton
c’est une infamie
de l’eau lourde et méchante
la goutte épaisse et bien grasse
sans chichiscette pluie ne s’insinue pas elle frappe
elle veut tout tremper
les petits et les gros
le cou le genou les endroits sensibles
sur la peau et sur la terre
des doigts de pieds jusqu’aux cimes des arbres
rien ne lui résisterace n’est pas un rideau cette pluie
c’est une grille une prison un marteau
quand elle vous vient dessus
comme ça
sans prévenir
vous n’êtes plus qu’une mare
une dégoulinade
rien ne sert de résister
c’est foutuet puis au moment où vous allez hurler
sur cette averse ennemie
pluie brutale des ténèbres sans vent
violeuse d’espaces et de temps
hop elle est partie
aussi légère qu’une plume
la garceet vous restez là comme un sourd
les bras ballants le souffle court
l’œil humide sans aucune arme
baptisé pour l’éternité
enchainé à un sol en loque
tandis que la dernière larme
quittant votre sourcil dressé
tombe sur le sol mouillé floc -
adieu à l’aber wrac'h
j’ai porté pour toi le goémon tout en vracqui se trainait au confluent de l’aber wrac’hj’ai respiré la mer qui se souvient de nouscachant l’ancien baiser parmi ses embruns fousje luttais en vain contre une nuit peu aimableles dents toujours pleines de pépites de sablej’étais seul coiffé d’un vol de mouettes piaillantesgriffures du ciel noirci girouettes planantesl’horloge du bord égrenait mal les secondeslentes et pesantes comme la fin du mondealors j’ai quitté ces hauteurs méprisantesj’ai dit adieu à la rivière qui me hanterivière noire et nue où jamais rien ne s’ancre
