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bel archipel
La première île est grande et majestueuse
Du haut de ses collines luxuriantes
Elle contemple la mer et le monde
D’un cœur empreint de compassion
Les anses de ses abris
Sont multiples et cachées
Elles murmurent :
Seuls sont ici protégés
Ceux qui ont soif d’aventure
Et faim des autres
Du bout de l’horizon, on y vient
S’y rafraîchir à l’eau pure de ses sourcesLa deuxième île est plus petite
Mais tout aussi fière
Un sable blond et doux la déborde gaiement
Elle ouvre ses bras en souriant
Et vous invite à la douceur
Si la mer est calme dans ses baies
Parfois le vent siffle
Aux cimes de ses arbres
Quelques rochers épars la protègent
Ils disent en fronçant les sourcils :
Voici un pays nouveau
Qui aime l’eau
La boire et la donner
A qui sait la goûterLa troisième île est gracile et forte
Les arbres songeurs y penchent un peu la tête
Comme pour vous saluer en passant
Mille sentiers odorants
Y serpentent en flânant
Le vent porte les sons variés
D’un monde habité de désirs
On y parle des langues musicales
Ses côtes escarpées avancent loin
Comme si elles voulaient fendre la mer
Elles inventent des formes nouvelles
C’est une figure de proue
Une cathédraleLa dernière île a surgi après les autres
Plus jeune elle est plus vive
Tout y pousse en tout sens
C’est une jungle heureuse
Qui souffle la vigueur et la joie
Elle aime le soleil et craint la nuit
Quand tout se cache et se tait
Alors, en guettant le jour qui vient
Elle dit : Je suis la vie, je suis la flèche
Je suis le début d’un autre monde
J’enfanterai des îles et des îlots
Où tout sera clair et beau
Et on la croit ma petite îleLes quatre îles de l’archipel
Sont baignées de la même mer
Nourries de la même terre
Sang du même sang
Elles sont des âmes belles et fières -
toujours quelque part
il y a toujours quelque part
un chien qui aboie
le cri affreux d’un corbeau
une vieille femme en noir
qui étend son linge d’un air las
des nuages en désordre qui vous surveillent
et une mouche pour vous agaceril y a toujours quelque part
des pierres encore des pierres
sur lesquelles vous butez
et de l’herbe brûlée par le temps
un papillon égaré qui vient dire bonjour
un vert lointain où poser le regard
et des horizons plus grands que votre âmeil y a toujours quelque part
une montagne hautaine
au vent libre et frais
une source guillerette
sautillant entre les rochers
le soleil qui joue avec les ombresil y a toujours quelque part
une flèche d’église au-dessu des toits
un village en équilibre sur son éperonil y a toujours quelque part
un air d’éternité
pour se moquer de vous
et au milieu de tout
il y a toi qui me souris -
ode à un porche gris
les années l’ont vieilli il s’en fout blasé
il a du en voir passer des courtisanes et des dandys
des maquerelles fardées des spadassins masqués
et compté les soirs où se croisaient la mort et la viecombien d’amoureux se cachèrent pour une étreinte tendre
leurs fronts côte à côte appuyés sur le verre jauni
derrière l’œil-de-bœuf éclairant faiblement une soupente
combien de jeunes filles pauvres ont soupiré sur leur viela porte aux montants majestueux vous dit de sa hauteur
passez votre chemin manants peuple de la rue
ici ne vivent que d’honnêtes gens de vertu
qui protègent les secrets d’un sobre bonheuron ne voit plus la sonnette qui alertait le gardien des lieux
donnant l’ accès à l’ilot de la cour aux appartements cossus
cerbère tout puissant de vos destins domestiques heureux
sans lui vous resteriez dehors craintif frigorifié menuet siècle après siècle les destins ont passé
laissant leurs encoches entailles et fêlures
avec le temps le porche est devenu moins dur
et comme nous le voici gris blanc et courbé
