• amour (et mer)

    la mer est musclée
    le vent impétueux
    le voilier ne lutte pas
    il se faufile entre deux ondes
    il ne peut vivre ni jouir sans elles
    il peut mourir à cause d’elles

    pour garder le cap final
    il faut corriger la barre à tout moment
    en anticipant les mouvements du bateau
    régler la voilure au plus fin
    un cran de trop et l’on ira moins vite
    parfois tirer des bords
    le chemin le plus direct n’est pas le plus rapide
    et surtout il existe uniquement sur la carte
    dans l’utopie
    rarement dans la vie

    regarder le ciel changeant
    ses nuages insolites
    tapoter le baromètre
    en déduire l’avenir météo
    qui seul décidera de la prochaine escale

    réparer sans cesse ce qui s’abîme et se casse
    remplacer à chaque fois
    par plus fort et plus durable

    la vie à bord est vigilance et bienveillance
    on compte l’un sur l’autre
    un marin seul est un homme mort
    il faut souffrir en silence en espérant le jour qui vient
    le soleil qui se lèvera seul
    dominant la mer
    et qui balaiera tous les doutes
    et les brumes du passé
    la mer et l’amour c’est pareil

  • accent aigu (Lou-Sena)

    tu portes dans ton nom
    un a accent aigu 
    comme seuls sont aigus 
    les chants d’amour fou 
    toi le don de Dieu 
    tu es née princesse 
    et le monde t’appartient déjà 
    tous les regards tournés vers toi 
    te disent leur passion et leur joie 
    tu as les joues d’un bonheur si plein 
    le dessin de lèvres si fin 
    que ton âme sera grande et fière 
    si forte et douce et belle 
    tu seras l’éclair et le temps 
    comme l’eau la mer et le vent 
    ces joues ces yeux ces lèvres 
    ont agrandi la lumière 
    dans les yeux de ta mère 
    qui te couve princesse bébé 
    comme jamais ne fut couvé un enfant 
    ton blason aux deux couleurs 
    flottera sur le monde à toute heure 
    comme un étendard d’amour 
    une porte ouverte dans les murs 
    ce monde que tu regardes déjà 
    tranquille et forte 
    gourmande et sereine 
    ce monde là tu en seras reine
  • réalité

    je vois mon bureau l’écran la vieille fenêtre et sa vitre sale 
    le trait de zinc impuissant à protéger la terre trempée 
    je vois le buis rigide et fort les plates-bandes décharnées 
    qui renaîtront pourtant une femme intrépide le sait 
    je vois l’herbe vert et marron rase et bosselée 
    la mare immuable désertée par les canards 
    plus loin le saut du loup les champs et les forêts 
    je ne vois personne dans tout ce paysage 
    tapis les oiseaux pleurent les corneilles sont lasses 
    les lapins s’emmitouflent le cul blanc apeuré 
    et les sphères de la terre brassée par les taupes 
    dessinent les toits aériens d’un labyrinthe caché 
    puis je vois le ciel gris et noir qui prend toute la place 
    le jeu des ombres sur la terre embrumée 
    la lumière blanche transperce les nuages 
    c’est bien moi le seul homme de cette vie animée 
    je crée cet univers vibrant de mille souffles mêlés 
    qui entrent en moi pour nourrir ma passion 
    plan après plan tout n’est qu’extension 
    je deviens herbe champ oiseau arbre forêt