-
paysage giflant
je ne savais rien de ce paysage giflant
était-il beau ou laid
pourtant
au premier coup d’œil
je stoppais ma marche
subjugué
les odeurs l’éclairage les froufrous
tout submergeait mes sens en éveilensorcelé par ce lieu
j’y reviendrai souvent
mes promenades avaient un but
désormaisbien plus tard
j’apprendrai à le connaître
à reconnaîtrechaque détail
l’inclinaison des frondaisons
sensible aux saisons
les couleurs insolentes
des lumières tamisées
les courbes fruitées
des petites sentes
et plus je le connaitrai
plus je conforterai
mon besoin de luimais il ne changera pas
son impact sur moi
pas plus que je ne corrigerai
mon regard sur lui
dès le début
il fit partie de moifulgurance de l’esthétique -
décor fendu
sur un bleu frissonnant de murmures
figurines ridées penchées vers l’avant
cheminant côte à côte lentement
les vieilles femmes longent les murs
les reptiles s’interrogent et s’évadent
de la pierre rose mal tailléeles frondaisons épaulées
se dressent contre l’histoire
les caresses anciennes restent vives
qui peut les oublierles lignes de fuite se croisent
comme des destins
griffant des ronds incertains
de lumière d’ombre et d’ardoisele décor s’est fendu
il faut tendre la main
vers l’invisible le nu le silencela vie est un tamis sans pépites
ni archanges
rien que des grésillements
creuset mêlant
des visages qu’on n’oublie pas d‘hier
des palmiers de nostalgie plein le cœur
la cloche égrenant un air dur et fier
le décalage en harmonie couleursanimal maladroit
on saute de pierre en pierre
jusqu’à l’horizon
alors qu’on se voudrait poisson
fluide et optimiste
plongeant dans les cercles infinis
de la mousse à l’abîmeon susurre de tout petits mots
fragiles mal choisis
alors qu’on désire l’embrassade
les cris la folie
l’accoladesur la table jaune et lisse
la dame du flamenco prend la pose
là-bas le bois attend d’être coupé
là-haut le vieux nid se défait en bribesle temps ne s’arrête pas il se démultiplie
en d’interminables pauses
à chaque moment son sujetdans la cour le vieux banc rouillé
parle avec le vieux banc de pierre
des moments de marbre et de fer
chacun se souvient du passé
chaque tache conte une histoire
pleine d’orage et de tendresseon sent l’amour et la tristesse
flotter sous la surface noire
sous celle de mon cœur aussi -
espace creux
l’espace n’a plus les mêmes creux
il se dilue se déforme
le temps coule chaotique
dégoulinant d’une montre molle
le soleil sourit satisfait
comme un projecteur de cinéma
seuls les oiseaux chantent
profitant du vide absolu
laissé par nos âmes statuesl’angoisse plane
on se croit malade
on n’est que pantin pitoyable
on ne rit plus c’est indécent
le monde entier oublie ses gestes tendres
transformé en robot appliquéon s’en souviendra forcément
de ces gens croisés
la tête basse sur le côté
craignant le miasme errant
de ces frôlements évités
de ces embrassades retenues
la mémoire mise à nue
le monde entier ne baise plus
pas prononcé pas pensé pas fait
le mot amour effacé de nos écransquand la vie reviendra
on ne saura plus quoi se dire
on sera niais et gras
le sourire béatj’irai pleurer dans la rue bondée
cherchant un visage à caresser
mais on fuira le pestiféré
je crierai vous avez oublié la respiration
maintenant il est trop tard le mal est fait
ce n’est pas la maladie qui a gagné
ce n’est pas le virus qui vous a tué
vous individu société nation
c’est le manque d’ambition
