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bonheur fuyant
je vois le bonheur fuyant
devant mon cœur sans un cri
fantomatique zombie
calme serpent ondulantje le sens tout proche là
tapi dans l’ombre sans œuvre
onctueux comme une pieuvre
gros bouddha sibyllin lasil disparaît prestement
avant que je ne l’attrape
fin caméléon satrape
anguille dans le courantl’impie cruel va tanguer
comme un essaim d’alouettes
dessinant la silhouette
d’une ombre secrète et gaiece pur bonheur à portée
se dérobe sous mes doigts
enfantant des tourments froids
infiniment immergéscomme le vent comme l’eau
comme cette chanson triste
pleurée en mer anarchiste
par mille fonds abyssaux -
vieillir heureux
je voudrais vieillir heureux
loin de la ville embrumée
de l’océan de plastique
du tic-tac de la folieje voudrais vieillir heureux
d’un bonheur stoppant le temps
sur mon visage impassible
cachant un demi-sourireun tremolo d’harmonica
glisserait des monts poussiéreux
dans le travelling vaporeux
d’un plan culte de cinémasans lasso ni whisky
sans bottes ni éperons
sans stetson à bords longs
sans lucky strike ni countryfaux cowboy sur sa chaise à bascule
j’aurai le regard perdu au loin
indifférent à tout ce qui vient
sur ma terrasse plombée de caniculepeu à peu dans la moiteur du soir
je sentirais poindre de mon âme
tous les non-dits de ma vie
et je me lèverai pour criersouffrez sentiments refoulés
voici la vérité indivisible
brûlante comme un feu de gril
écoutez tous la flamboyante réalitéil ne reste rien ni les bruits
ni la tristesse ni la soif animale
ni même la beauté fatale
il ne reste que les pleurs et les criset le regret de l’homme imparfait
avare de gestes et de mots
qu’on dût se satisfaire d’être
en trahissant ses idéauxil faudra embrasser les larges horizons
humer la mer et les vagues
entendre la musique du monde
pour enfin se trouver à sa placeil faudra le vent siffleur sur la terrasse
et le murmure frotté de l’eau
pour que retentissent ces mots
je voudrais vieillir heureuxet que cela se fasse
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spectre vitreux des ombres
la nuit blanche des frondaisons
piège l’automne dans l’hiver
créant une demi-saison
riche de coloris amersvaincu par la lenteur du temps
l’homme tente de respirer
cherchant son souffle hibernant
dans le soir recroquevilléainsi vont mon âme et mon coeur
dans ce faux rythme d’irraison
nomades cherchant un bonheur
qui ne dira jamais son nomquel est ce sentiment qui presse
mon esprit peureux et troublé
quelle est cette lourde détresse
présente dans l’obscuritéce n’est pas la terre sans nombre
ce n’est pas le manteau du froid
c’est le spectre vitreux des ombres
qui déjà recourbe ses doigts(sélectionné au Prix Paroles Vives 2022 pour paraître dans le recueil « Murmures sous le Pont des Consuls »)
