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porte du tableau
le temps souffle comme le vent
qui n’offre rien pour s’arrimer
transmuant ton cœur élimé
en nuée de limbes mouvantsdans les ténèbres somnambule
tu ne sais sur quel pied danser
balbutiant et balancé
tu sursautes comme une bullegrenouille sur un nénuphar
luciole perdue dans la brume
fleur de désir et d’amertume
voilier louvoyant vers le pharesuivant sa vocation ténue
la mémoire de tes dix doigts
cherche le toucher de l’émoi
et le frisson de l’âme nuenuit et jour tu peins tu zigzagues
dans un serpentin de questions
un matin vient la solution
ravir les écumes des vaguessuivant ta foi ton idéal
tu fais éclore du tableau
une maison de terre et eau
dont tu es le héros finalétiré par ton repentir
un trait pareil à une eau-forte
sur la toile éclaire la porte
par où tu peux enfin partir -
sept haïkus de naissance et d'amour
tu as la joue ronde
comme un rocher dans la nuit
tes pleurs sont la pluiei grec de tes jambes
lianes de jungle et d’odeurs
infini plaisirpotelé des cuisses
ventre fixe et cru tendu
exquises promessesle goût de ta peau
me révèle cent mille îles
peuplées de palmierstes yeux bleus de lune
interrogent gravement
mon coeur à la hunede tes deux mains d’algues
de tes dix doigts de vents lourds
tu tisses ma viele monde murmure
il laisse pour toi et moi
ses ombres au mur(citation au Prix Amitiés Littéraires du Val d’Orléans 2022) -
mosquée bleue
entrée libre sans chaussures
dissimulées par la balustrade en bois
les femmes voilées prient au fond
un couple de touristes contemple son selfie
lui enturbanné elle cachée
ils sourient à leur image
d’autres lisent le coran
ou le routard je ne sais pas
ici comme ailleurs
les enfants jouent
et pourtantune lumière blanche jaillit
du vitrail meurtrière
forte implacable
personne ne la remarqueet si c’était allah
qui venait vous dire bonjour
ou vous sermonner
à genoux ingrats passants sur terre
repentez-vous de votre sourire niais
pleurez vos péchés et vos dramesmais personne ne l’écouterait
à cause des rites et des selfies
et le soir venu
plus de lumière
plus d’allahl’homme seul face à son destin muré
