Autres Textes et Poèmes choisis

  • Johann Wolfgang von Goethe : Ginkgo bilboa

    Dieses Baums Blatt, der von Osten
    Meinem Garten anvertraut,
    Gibt geheimen Sinn zu kosten,
    Wie’s den Wissenden erbaut.

    Ist es ein lebendig Wesen,
    Das sich in sich selbst getrennt?
    Sind es zwei, die sich erlesen,
    Dasz man sie als Eines kennt?

    Solche Frage zu erwidern,
    Fand ich wohl den rechten Sinn:
    Fühlst du nicht an meinen Liedern,
    Dasz ich Eins und doppelt bin?

    La feuille de cet arbre
    Qu’à mon jardin confia l’Orient
    Laisse entrevoir son sens secret
    Au sage qui sait s’en saisir.

    Serait-ce là un être unique
    Qui de lui-même s’est déchiré ?
    Ou bien deux qui se sont choisis
    Et qui ne veulent être qu’un ?

    Répondant à cette question
    J’ai percé le sens de l’énigme
    Ne sens-tu pas d’après mon chant
    Que je suis un et pourtant deux ?

    Poème de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) : poète, philosophe, chercheur et botaniste, il dédia ce poème à une tendre amie, Marianne von Willemer en 1815 (dans son Divan occidental et oriental )

  • Heinrich Heine : Die Lorelei

    Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
    Daß ich so traurig bin,
    Ein Märchen aus uralten Zeiten,
    Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

    Die Luft ist kühl und es dunkelt,
    Und ruhig fließt der Rhein;
    Der Gipfel des Berges funkelt,
    Im Abendsonnenschein.

    Die schönste Jungfrau sitzet
    Dort oben wunderbar,
    Ihr gold’nes Geschmeide blitzet,
    Sie kämmt ihr goldenes Haar,

    Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
    Und singt ein Lied dabei;
    Das hat eine wundersame,
    Gewalt’ge Melodei.

    Den Schiffer im kleinen Schiffe,
    Ergreift es mit wildem Weh;
    Er schaut nicht die Felsenriffe,
    Er schaut nur hinauf in die Höh’.

    Ich glaube, die Wellen verschlingen
    Am Ende Schiffer und Kahn,
    Und das hat mit ihrem Singen,
    Die Loreley getan.

    
Je suis en proie à la tristesse.
    D’où cela vient-il? Je ne sais.
    De ce conte du temps passé
    Qui hante mon âme sans cesse?

    C’est le soir, la brise est légère.
    On voit couler, calme, le Rhin
    Et luire le haut du ravin
    Où le soleil se réverbère.

    Mais, la vierge qui est assise
    Là-haut est plus splendide encor,
    Elle peigne ses cheveux d’or
    Tandis que sa parure irise.

    D’un peigne d’or elle caresse
    Ses blonds cheveux, tout en chantant;
    Ah, qu’il est étrange son chant !
    Que sa mélodie est traîtresse !

    Le marin dans sa frêle barge
    Subit ce charme impérieux,
    Délaissant les brisants, ses yeux
    Fixent le sommet de l’alpage.

    Les eaux, je crois, se refermèrent
    Sur barque et marin à la fois.
    Et voilà donc ce que peut faire
    La Lorelei avec sa voix !

    (1823) 

  • Arthur Rimbaud : Ariettes oubliées (extraits)

    Il pleure dans mon coeur
    Comme il pleut sur la ville,
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon coeur?

    O bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits !
    Pour un coeur qui s’ennuie,
    O le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison
    Dans ce coeur qui s’écoeure.
    Quoi ! nulle trahison ?
    Ce deuil est sans raison.

    C’est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi
    Sans amour et sans haine,
    Mon coeur a tant de peine.

    O triste, triste était mon âme
    A cause, à cause d’une femme.
    Je ne me suis pas consolé
    Bien que mon coeur s’en soit allé,

    Bien que mon coeur, bien que mon âme
    Eussent fui loin de cette femme,
    Je ne me suis pas consolé
    Bien que mon coeur s’en soit allé.

    Et mon coeur, mon coeur trop sensible
    Dit à mon âme : Est-il possible,
    Est-il possible, – le fut-il, –
    Ce fier exil, ce triste exil?

    Mon âme dit à mon coeur : Sais-je
    Moi-même, que nous vaut ce piège
    D’être présents bien qu’exilés
    Encore que loin en allés ?

    Poèmes extraits de ARIETTES OUBLIEES ( III et VII ) 
    in ROMANCES SANS PAROLES 

  • Arthur Rimbaud : Les effarés

    Noirs dans la neige et dans la brume,
    Au grand soupirail qui s’allume,
    Leurs culs en rond,

    À genoux, cinq petits, – misère ! –
    Regardent le boulanger faire
    Le lourd pain blond…

    Ils voient le fort bras blanc qui tourne
    La pâte grise, et qui l’enfourne
    Dans un trou clair.

    Ils écoutent le bon pain cuire.
    Le boulanger au gras sourire
    Chante un vieil air.

    Ils sont blottis, pas un ne bouge,
    Au souffle du soupirail rouge,
    Chaud comme un sein.

    Et quand, pendant que minuit sonne,
    Façonné, pétillant et jaune,
    On sort le pain,

    Quand, sous les poutres enfumées,
    Chantent les croûtes parfumées,
    Et les grillons,

    Quand ce trou chaud souffle la vie
    Ils ont leur âme si ravie
    Sous leurs haillons,

    Ils se ressentent si bien vivre,
    Les pauvres petits pleins de givre !
    – Qu’ils sont là, tous,

    Collant leurs petits museaux roses
    Au grillage, chantant des choses,
    Entre les trous,

    Mais bien bas, – comme une prière…
    Repliés vers cette lumière
    Du ciel rouvert,

    – Si fort, qu’ils crèvent leur culotte,
    Et que leur lange blanc tremblote
    Au vent d’hiver…

    20 septembre 1870 

  • Arthur Rimbaud : Ma Bohème

    Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées;
    Mon paletot aussi devenait idéal ;
    J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal;
    Oh! là! là! que d’amours splendides j’ai rêvées!

    Mon unique culotte avait un large trou.
    – Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
    Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
    – Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

    Et je les écoutais, assis au bord des routes,
    Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
    De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

    Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
    Comme des lyres, je tirais les élastiques,
    De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur!

    Fantaisie, 1870 (écrit à l’âge de 16 ans)