Poèmes de Luc Fayard primés aux concours de poésie, et autres récompenses

sortilège : Sélectionné pour paraître dans la revue Poésie Première n°93 – décembre 2025

fouiller la surface : Premier Prix du concours Amavica 2022 – Mille poètes en Méditerranée – catégorie Prose poétique

la porte du tableau : Deux fois primé : sélectionné pour L’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix international Arthur Rimbaud 2022 et Flamme de Bronze du Prix Flammes Vives 2022

sept haïkus de naissance et d’amour : Citation au Prix Amitiés Littéraires du Val d’Orléans 2022

vieux poète : Premier Prix du Concours MagCentre-Litt’oral 2024

je veux tout oublier : Texte finaliste du Diplôme d’Honneur – Concours Europoésie-Unicef 2023

la raison du poète : Diplôme d’Honneur – Prix de poésie Europoésie-Unicef 2023

les portes de la nuit : Sélectionné pour parution dans L’Anthologie de la Poésie – Prix international Arthur Rimbaud 2024

spectre vitreux des ombres : Sélectionné pour paraître dans le recueil « Murmures sous le Pont des Consuls » – Prix Paroles Vives 2022

sortilège

quelques instants seulement
le temps se souviendra de nous
le vent de notre odeur
le soleil de notre peau
et l’océan de nos cris

puis ils se lasseront
des miasmes embrumés
de nos vies opaques
insensiblement
nos traces fatiguées
s’évanouiront
dans l’obscurité

qui saura dire alors
dans ce nouveau désert
ce qui nous a fait rire
ou pleurer
qui saura raconter
les trébuchements
les vagues les passions
qui saura trouver
la joie dans l’ombre
des chemins escarpés

avec le vent
balayant le souvenir
comme du sable
avec le soleil
brûlant le paysage
jusqu’à la cendre
le monde sera propre et nu
même les taches
disparaîtront

et quand tout se taira
que la ligne de nos vies
s’envolera filandre
un dernier sortilège
effacera nos pas
pour que jamais
l’on ne sache
qui nous avons aimé

inspiré par Old School, de Deb Garlick; voir mise en scène en duo poème-œuvre

fouiller la surface

j’écris pour fouiller la surface indicible
des choses et des gens
dans la sphère de l’invisible
au-delà des mots et des traces

mes mots ne sont pas des mots
ils sont la rencontre improbable
entre l’âme et la beauté
la volonté imparable
de peindre l’indiscernable hybride
de sentiments et d’émotions

je ne sais pas crier
tout juste murmurer
ma sincérité mon désir immanents

je cherche à créer
les rêveries d’un tableau abstrait
le foisonnement d’un paysage de recoins
la larme limpide d’un prélude en do majeur
les cieux aux nuages éclatés

je veux décrire
les yeux transparents grand ouverts
la main douce poussant un soupir
la mort amère si attirante
les rages de l’être à tous les âges
les folies de la vie tournis
j’écris pour me sauver de mes tourments
stopper leur cycle un moment
les voici suspendus en l’air par mes mots
qui les empêchent de retomber

d’un œil je les vois prêts à se ruer sur moi
alors je continue d’écrire en apnée
plongeant toujours plus loin
dans un monde sans fin

quand j’écris j’ai peur de mes mots microscopiques
mais je continue tant pis
porté par un espoir improbable
écharde de bois transocéanique
petit caillou à la fois dense et léger
chassé par le vent
cerf-volant hésitant
après s’être détaché de son fil
et qui tournoie en montant

mes mots forment une myriade
de filandres fécondes
plus fortes que la matrice des heures
une kyrielle de notes
frappant les cœurs des bouts du monde
où je ne suis jamais allé

j’écris pour lancer des passerelles entre les êtres
lignes de vie d’un bateau cherchant son cap
je ne veux pas d’échelles ni de solutions
je veux des rêves de la vibration

voile s’évanouissant à l’horizon
mon texte va m’abandonner
ayant gravé en moi un sillage profond
hors de ma vue il vivra à jamais

j’écrirai encore et encore jusqu’à ma mort
et ce jour-là mes mots d’amour et d’or
je les serrerai contre moi
je les emporterai avec moi
qui sait à qui ils pourront profiter

les nuages sauront-ils les aimer ?

Premier Prix du concours Amavica 2022 – Mille poètes en Méditerranée – catégorie Prose poétique; version publiée dans le recueil elle joue la nuit (Editions Amavero, 2023), c’est-à-dire remise en vers libre de la version prose qui a reçu le prix.
Voir mise en scène en duo poème-œuvre

la porte du tableau

le temps souffle comme le vent
qui n’offre rien pour s’arrimer
transmuant ton cœur élimé
en nuée de limbes mouvants

dans les ténèbres somnambule
tu ne sais sur quel pied danser
balbutiant et balancé
tu sursautes comme une bulle

grenouille sur un nénuphar
luciole perdue dans la brume
fleur de désir et d’amertume
voilier louvoyant vers le phare

suivant sa vocation ténue
la mémoire de tes dix doigts
cherche le toucher de l’émoi
et le frisson de l’âme nue

nuit et jour tu peins tu zigzagues
dans un serpentin de questions
un matin vient la solution
ravir les écumes des vagues

suivant ta foi ton idéal
tu fais éclore du tableau
une maison de terre et eau
dont tu es le héros final

étiré par ton repentir
un trait pareil à une eau-forte
sur la toile éclaire la porte
par où tu peux enfin partir

Hommage à Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) et Wang Fô

Poème deux fois primé : sélectionné pour 
L’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix international Arthur Rimbaud 2022 et Flamme de Bronze du Prix Flammes Vives 2022
Voir mise en scène en duo poème-œuvre

sept haïkus de naissance et d’amour

tu as la joue ronde
comme un rocher dans la nuit
tes pleurs sont la pluie

i grec de tes jambes
lianes de jungle et d’odeurs
infini plaisir

potelé des cuisses
ventre fixe et cru tendu
exquises promesses

le goût de ta peau
me révèle cent mille îles
peuplées de palmiers

tes yeux bleus de lune
interrogent gravement
mon coeur à la hune

de tes deux mains d’algues
de tes dix doigts de vents lourds
tu tisses ma vie

le monde murmure
il laisse pour toi et moi
ses ombres au mur

Citation au Prix Amitiés Littéraires du Val d’Orléans 2022

vieux poète

deux fois trente ans
de mes mots flamme
épars au vent
me forgent l’âme

la litanie
du mot qui craque
écrit ma vie
d’un cœur en vrac

Premier Prix du Concours MagCentre-Litt’oral 2024

je veux tout oublier

je veux tout oublier
des anciens jours sépia
célestes ou grossiers
que rien ne recopia

ni les pleurs ni les chants
de la lumière bleue
ni l’accord dissonant
du matin malheureux

je veux tout oublier
la magie floue du monde
le tournis mésallié
dansant sa folle ronde

oublier la cité
du concert fracassant
l’impétuosité
du cynique impatient

je veux tout oublier
les mots si malhabiles
sur les plaies repliées
des rendez-vous fragiles

la mémoire infiltrée
au détour du chemin
par de nouveaux portraits
regardant vers demain

je veux tout oublier
pour qu’enfin recommence
l’émotion relayée
par le spleen sans souffrance

que souffle l’infini
des contrées inconnues
cajolant dans son nid
mon âme mise à nu

Texte finaliste du Diplôme d’Honneur – Concours Europoésie-Unicef 2023
Voir mise en scène en duo poème-œuvre

la raison du poète

je crée mes souvenirs
comme un artiste repeint sa toile
l’avenir est un élixir
diluant le présent dans le passé

je ne suis que chimie
de pensées programmées
les mots mentent
ils existaient avant moi
quand tout était différent

mon cœur s’emballe sans raison
vers tous les cardinaux
j’ai perdu le goût de tout
je souris sans passion
ne contemplant rien d’autre
que l’intérieur de moi

et pourtant je respire j’existe
mais pour quoi
quel destin pour un grain de sable
volant au moindre frisson marin
les poussières ne se donnent pas  la main

croyant vivre la même aventure
les hommes s’agglutinent
pour flotter dans les courants tièdes

la réalité n’a pas de géométrie universelle
la vérité est un leurre de l’histoire
l’amour un rêve fatal à l’indépendance
aveugle j’avance en automate

monté sur quel ressort
ni justice ni compassion
ni revanche ni haine

peut-être simplement
l’impérieux  désir de beauté
drapeau blanc surnageant du naufrage
triangle vert coiffant la soucoupe des nuages
seul chemin vers une transcendance
qui se passerait de l’histoire et des signes

sans nul besoin de raison folle
un chemin sans étoiles
qui est tout
sauf une ligne droite

Diplôme d’Honneur – Prix de poésie Europoésie-Unicef 2023; paru dans L’Anthologie Europoésie 2023
Voir mise en scène en duo poème-œuvre

les portes de la nuit

les portes de la nuit
sont prêtes à lever
devant moi sans un bruit
leurs voiles du secret

le chemin qui m’emmène
sans joie et sans allié
enterrera mes peines
tout sera oublié

les vallées et les tourbes
les secrets les non-dits
la magicienne courbe
graveuse d’interdit

l’antique virtuose
glissera sur la pente
de la beauté des choses
rendue évanescente

sans gloire ni rameau
dans mon lointain regard
le silence des mots
te dira qu’il est tard

quand au son de mon deuil
cerbère de l’oubli
je franchirai le seuil
des portes de la nuit

je n’aurai qu’un regret
n’avoir pas su te dire
dans un dernier sourire
à quel point je t’aimais

Sélectionné Prix international Arthur Rimbaud 2024 pour parution dans L’Anthologie de la Poésie 2025
Voir mise en scène en duo poème-œuvre

spectre vitreux des ombres

la nuit blanche des frondaisons
piège l’automne dans l’hiver
créant une demi-saison
riche de coloris amers

vaincu par la lenteur du temps
l’homme tente de respirer
cherchant son souffle hibernant
dans le soir recroquevillé

ainsi vont mon âme et mon coeur
dans ce faux rythme d’irraison
nomades cherchant un bonheur
qui ne dira jamais son nom

quel est ce sentiment qui presse
mon esprit peureux et troublé
quelle est cette lourde détresse
présente dans l’obscurité

ce n’est pas la terre sans nombre
ce n’est pas le manteau du froid
c’est le spectre vitreux des ombres
qui déjà recourbe ses doigts

Sélection du Prix Paroles Vives 2022 ; paru dans le recueil « Murmures sous le Pont des Consuls » 2023
Voir mise en scène en duo poème-œuvre