Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

C’est un jeu littéraire et pourquoi pas un exercice de poésie : une écriture semi-automatique à partir des 150 mots les plus utilisés dans les 450 poèmes publiés à ce jour par Amavero, utilisés dans l’ordre décroissant de leur fréquence. Ils sont mis en gras dans le texte. Cliquez sur un mot pour afficher les poèmes qui l’utilisent.
le temps est à l’œuvre dans les cœurs
les jours du monde éclairent les mots du ciel
la lumière de tes yeux crée du vent dans la nuit
l’amour est un rêve un mystère
où les mains de la terre
attrapent des couleurs de mélancolie
le sourire dessine un soleil dans les nuages
et des ombres dans le paysage de la beauté
les chemins des oiseaux comme ceux des enfants
révèlent entre les arbres longs
le silence du souffle
rempli de sens et de musique
le souvenir du corps
un soir où se forme la pluie
oublie le sable
où l’on respirait le bruit du bonheur
sans pensée et sans peur
la lune est triste
où est la joie de la nature
où sont ses secrets
ses pleurs recouvrent les portes
de la peau qui frémit d’envie
la joue rougit à l’horizon
la pierre de brume ouvre un désir d’espace
dans le rythme du chant
le vide résonnera sur les murs
et l’herbe cherchera son destin
dans l’univers infini
il faut hisser la voile
lancer les notes du savoir
croiser les doigts
donner de la voix pour exister
comme des fleurs d’éternité
il faut rire
la voie de la vérité est en marche
les gestes du marin sur la plage
peuplent un désert de cris
où l’esprit cherche sa place
l’invisible maison au calme
enferme dans l’attente sa peine
et ses objets pleins de poésies
le visage du présent est une tombe
dans la grâce de l‘instant de poussière
il faut regarder l’océan illustre
la montagne lourde de sentiments
et sa vie de nostalgie rose sang
il faut partir
avec la force du bateau
imaginer ses pieds sur la route
des soupirs et des vagues
que rien n’arrête
pas même le futur
Il faut parler
des sons et des faces de l’automne
qui viendra sans histoire
dans tes cheveux comme une larme
et tu cherches
une heure au hasard de l’horloge
une âme fière dans le manteau de ta mère
une ronde sombre dans l’écume
la chaleur d’une folie sans odeur
la douceur du bleu dans les grains de l’harmonie
et l’espoir dans les feuilles et les frondaisons
où se cachent les étoiles perdues
Texte de Luc Fayard écrit avec les 150 mots les plus utilisés dans les poèmes d’Amavero, par ordre décroissant de fréquence.
NDLR: ainsi « temps » a été utilisé 142 fois dans 94 poèmes et « fenêtres » 10 fois dans 9 poèmes


J’écris à jeûn
Soif et faim dans tout le corps
Un lot de remords dans le cœur
Je bois mes larmes
Je mange mes pleurs
J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
Du miel silencieux
Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
Je le cherche
Le froid gris de son absence me gifle
J’ai mal
J’ai soif
J’ai faim
J’écris à jeun
Mes pensées troublées
Ma main tremblante
Mes ongles rongés
Mes pieds attachés
Je veux sentir le manque
J’écris à jeun
Azzhara. Nuit intranquille. 2021
Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)
C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.
Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.
Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.
Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.
Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.
S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.
Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions nécessaires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradiction avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et reproductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.
Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)
Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéalisme criminel des socialistes.
La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.
L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.
Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.
Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.
Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inexplicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.
Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.



