Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 404 artistes • 746 auteurs
publiés dans Amavero

  • Farrokhzâd (Forough) : Le péché

    J’ai pêché, pêché dans le plaisir,
    dans des bras chauds et enflammés,
    j’ai pêché dans des bras de fer,
    brûlants et rancuniers.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    ses yeux remplis de mystère j’ai regardé,
    mon coeur dans ma poitrine, impatiemment a tremblé,
    des supplications de désirs de ses yeux.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    je me suis assise près de lui, agitée,
    sa lèvre, l’envie, sur mes lèvres a versée,
    de la tristesse de mon coeur fou, je me suis libérée.

    A l’oreille, l’histoire d’amour, je lui ai racontée,
    je te veux mon amant,
    je te veux, toi dont les bras sont vivifiants,
    je te veux, toi mon amoureux fou.

    Le désir alluma le feu dans son regard,
    le vin rouge dansa dans le verre,
    mon corps sur le lit doux,
    dans l’ivresse trembla sur sa poitrine.

    J’ai pêché dans le plaisir,
    près d’un corps tremblant et évanoui,
    Dieu! Je ne sais ce que j’ai fait,
    dans ce lieu solitaire, sombre et muet…

    Portrait en noir et blanc d'une jeune femme avec des cheveux foncés, portant une blouse à rayures et regardant directement l'objectif.
    Portrait of Forough Farrokhzad, from amordadnews.com, 2021

    Forough Farrokhzâd, poétesse iranienne,  1935 – 1967


  • Garcia Lorca (Federico ): Yo pronuncio tu nombre / Je prononce ton nom

    Yo pronuncio tu nombre
    En las noches oscuras
    Cuando vienen los astros
    A beber en la luna
    Y duermen los ramajes
    De las frondas ocultas.
    Y yo me siento hueco
    De pasión y de música.
    Loco reloj que canta
    Muertas horas antiguas.

    Yo pronuncio tu nombre,
    En esta noche oscura,
    Y tu nombre me suena
    Más lejano que nunca.
    Más lejano que todas las estrellas
    Y más doliente que la mansa lluvia.

    ¿Te querré como entonces
    Alguna vez? ¿Qué culpa
    Tiene mi corazón?
    Si la niebla se esfuma
    ¿Qué otra pasión me espera?
    ¿Será tranquila y pura?
    ¡¡Si mis dedos pudieran
    Deshojar a la luna!!

    (Granada, 10 de noviembre de 1919)

    Je prononce ton nom
    Pendant les nuits obscures,
    Lorsque les astres viennent
    S’abreuver à la lune
    Et que dorment les branches
    Des frondaisons cachées.
    Et je me sens miné
    D’amour et de musique.
    Folle montre qui chante
    De vieilles heures mortes  !

    Je prononce ton nom
    Dans cette nuit obscure
    Et ton nom me paraît
    Plus lointain que jamais.
    Plus lointain que toutes les étoiles
    Et plus dolent que la pluie docile.

    T’aimerai-je comme hier
    De nouveau ? Quelle faute
    Mon cœur a-t-il commise ?
    Si se lève la brume,
    Quel autre amour m’attend ?
    Sera-t-il calme et pur ?
    Que ne peuvent mes doigts
    Ah ! effeuiller la lune !

    (Grenade, 10 novembre 1919)

    Federico García Lorca : Je prononce ton nom / Yo pronuncio tu nombre
    Traduction ; Lionel-Édouard Martin


  • Sans P

    On quitte ici l’art visuel pour l’art oral.
    Écoutez et regardez l’étonnant speech de Yannick Nédélec, une performance à la fois orale et littéraire, encore mieux peut-être que Devos!
    Et qui plus en tout en alexandrins!  
    Tout est dans le titre.
    Un bijou!
    Une performance réalisée et enregistrée à la Coupe de la Ligue Slam de France 2021 (auteur de la vidéo dont j’ai pris cet extrait)
    Lire le texte en entier


  • quatre actes (en version poésique)

    Anne Defaucher – Quatre acryliques (2023)

    la branche et l’algue
    le ciel et la mer
    l’herbe et la mousse
    le ruisseau et la montagne

    on entend tous les chants
    le cri surpris des oiseaux
    le ruissellement soyeux de l’eau
    le frottement tiède du vent

    toutes les strates de la vie
    joie ou tristesse
    espoir ou peine
    se jouent en quatre actes

    Texte de Luc Fayard, illustré par :Quatre acryliques, d’Anne Defaucher (2023).


  • enfance

    Valérie Hadida – Plume (2023) – sculpture – (Photo: @SevBorgella)

    j’aimerai tant retrouver
    cet esprit d’enfance
    pétillant d’impertinence
    où l’on peut
    croire impassible
    aux infinis possibles
    s’asseoir persuadé
    que le monde guettera
    sa parole d’insouciance
    sentir le vent
    ébouriffer sa vie
    poser là
    son évidence
    sa vérité
    crue et nue
    laisser passer les rêves
    dans ses yeux mi-fermés
    sans se lasser
    en oubliant le temps
    l’enfance est sans horloge
    sans apparat ni toge
    et dans une moue sans rire
    montrer que l’on existe
    pour le meilleur de l’artiste
    et jamais pour le pire

    Texte de Luc Fayard inspiré par la sculpture Plume (bronze, 39 x 28 x 14 cm) de Valérie Hadida, publiée par Galry


Dernières publications d’art et de poésie

  • Maulpoix (Jean) : Adieu

    Maulpoix (Jean) : Adieu

  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

  • Comme je laissais derrière moi

    Comme je laissais derrière moi

  • Il est là monstrueux

    Il est là monstrueux démesuré
    debout par miracle
    Dans un maelström de particules
    Raide et impassible
    dans ce magma coloré
    Poursuivi par ce spectre grimaçant
    qui se cache à lui et veux l’engloutir
    Inconscient, il marche
    et va vers son destin
    Dans un tourbillon d’électrons dorés
    dont la beauté adoucira la fin

    Texte de Véronique Demant, inspiré par Silence d’or, de Sophie Rocco ; écrit en Atelier de poésie

    Il est là monstrueux

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025