Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 404 artistes • 746 auteurs
publiés dans Amavero

  • fous de mer

    il se croit seul
    en pleine mer
    moi aussi 
    sur l’océan féérique
    nous nous sommes reconnus
    dans la nuit mosaïque
    solitaires au coeur nu
    lui oiseau de mer épuisé
    qui n’a rien à faire ici
    moi marin absorbé
    par les heures de veille
    qui réveillent le passé

    l’oiseau s’installe sur les filières
    il danse à l’aise
    je n’ose lui jeter un œil
    de peur de l’effrayer
    pour lui je n’existe pas
    je suis à la fois
    agacé de son mystère
    et touché par sa grâce 
    j’essaie de barrer sans à-coup
    pour ne pas effrayer l’animal
    une gageure dans l’atlantique
    le cap ne fut pas fin cette nuit-là
     
    branlé par la houle
    il bouge comme un fou ce fou
    qui n’est pas un fou 
    mais un cormoran égaré
    qui se dévisse le cou

    je pense qu’il dormit
    à un moment je le vis
    la tête sous l’épaule
    le corps oscillant
    au rythme du bateau
    soulevé par la mer

    à l’aube il disparut
    sans me dire au revoir
    je ne vis n’entendis rien
    ni souffle ni soupir

    mais maintenant je le sais
    grâce à lui l’oiseau fatigué
    en pleine mer en pleine nuit
    je ne serais plus jamais seul 

    à toute heure
    pensant à lui
    je vivrais pleinement ma vie
    au mitan des océans ou d’ailleurs 

    à  J.V. et Golok  


  • haies

    tout ce qui existe
    est là-bas présent
    derrière la haie
    caché mais vivant
    il faut y aller
    quitte à s’écorcher
    ôter ce qui gêne
    à coups d’oxygène
    et quand on y est
    tout a permuté

    rien n’est révélé naturellement
    tout évolue dans un temps progressif
    vivre n’est qu’un glissement agressif
    de l’ombre des réalités des gens

    il faut imaginer ce qui sera
    rien ne reste figé ci et là
    enseveli pêle-mêle
    dans un passé poubelle

    je hais les haies
    elles sont partout
    devant derrière
    sur les côtés

    la vie est un enclos de reclus
    il faudrait être singe ou kangourou
    quand on est limace ou serpent
    il faudrait être gourou
    quand on est mouton
    bêlant ses reproches et ses regrets
    sa malvoyance et ses fragilités

    l’homme est un animal qui pleure
    cloitré il ne saura jamais
    son talent pour l’éternité
    dans le grand tintamarre des heures

    je voudrais être un grand oiseau
    volant sur les arbres les eaux
    les petitesses les soupçons
    vers l’hypnotisant horizon
    toujours plus loin toujours plus fort
    comme sont la vie et la mort


  • dehors dedans

    dehors
    bleu blanc vert
    couleurs prégnantes
    avions filant
    vers leur destin
    joyeux cris d’enfants
    montant de la vallée
    les oiseaux discutent
    revenus de loin
    sans me dérider

    dedans
    rien ne sourit
    mes sens reliés au monde
    ne m’y ont pas attaché
    je ne saurais jamais
    qui je suis
    spectateur de ma vie
    toujours en attente
    de quoi


  • d'abord le vent

    ici 

    on vit 

    on sent 
    différemment

    d’abord le vent incessant
    pénètre les pores
    cure de désintox
    massage brutal et caressant

    puis le soleil impérial
    se heurte aux nuages 
    les couleurs claires de la mer
    mordent les palmiers
    au pied des mornes rouges

    l’accent met en relief le sourire
    de gens calmes et lents
    le pélican brusque plongeur 
    repart lourd et décidé 
    l’iguane d’un autre temps 
    s’arque sur la pierre grise

    les taches de fleurs nonchalantes
    se penchent vers vous
    comme pour vous dire
    respirez calmement
    revivez 
    oubliez le temps
    laissez parler les sens 
    renaissance


  • éternelle universalité de la douleur

    quand leurs maris sont partis
    il y a des siècles semble-t-il
    les deux femmes bouddhistes
    sont entrées au temple de Gandan
    chaussées de leurs bottes mongoles
    elles y sont restées

    leurs doigts égrenant le temps
    sur de longs chapelets ridés

    les jours de marché
    assises là dans ce recoin
    toujours le même
    recroquevillées
    sur les marches du temple
    aussi usées qu’elles
    elles parlent à mi-voix
    des gens qui passent 

    avec le temps
    comme s’ils avaient de l’importance
    et ils doivent en avoir
    puisqu’elles sont encore là pour en parler

    chaque fois qu’elles se retrouvent
    la conversation reprend
    à l’endroit exact où elle s’était arrêtée
    elles commentent de minuscules épisodes
    le fil de la vie se déroule
    c’est le tout qui forme le monde
    tout se raconte
    plus rien ne les surprend
    mais tout les intéresse
    surtout les choses du dedans
    car leurs yeux plissés de compassion
    sont tournés vers les âmes qui souffrent
    les sans voix les solitaires les épleurées
    celles qui subissent en silence
    l’éternelle universalité de la douleur


Dernières publications d’art et de poésie

Désolé, mais rien n’a été trouvé. Veuillez réessayer avec d’autres mots-clés.

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025