Si je devais partir
Seul
Sur une île
Avec toi
Je verrai dans les reflets
Du soleil
Les océans bleutés
Tissés sous les nuages
Je toucherais
Le rêve des poissons aimants
Dans les grands fonds
Dans les murmures des coquillages
Si je devais partir, seul,
Sur une île, avec toi,
Les hippocampes
Danseraient les sémaphores
Encres des bleu ardoise
Hippocampes des lunes
Mage de sa flamme
Neige aux processions éternelles
Sous la coupe
Du vin bleu des étoiles
Si je devais partir
Seul
Sur une île
Avec toi
Nous accomplirons la langue
Et le langage
Nous accomplirons le ciel
Dans des polymorphes
À la nuit spongieuse des Gorgones
Fille des vaisseaux
D’argents
Mystérieuses ondulations
Des safrans
Dans les amphores de lune.
Ton ventre enfantera
Le feu et les braises
Levant sous le corail
Les toiles vierges
D’un Gauguin.
Je t’y verrai
Comme autant
De cathédrales
Comme les couleurs
Du bon pain
Comme le feu
D’un maître danseur de l’opale.
Si je devais partir, seul,
Sur une île, avec toi,
Nous contemplerons
Le bruissement
Des sables et des météores
Dans la chapelle antique
Fresques d’un mausolée
Peignant l’aurore
À l’Orphée d’un cierge
À l’aube des couleurs
Si je devais partir, seul,
Sur une île, avec toi,
Et que tu ne sois pas là
Je te garderai
À ma traversée
Compas de mon linceul
Je te garderai
Sans implorer le vent
Sans crainte
Des eaux calmes
Sans perdre aux naufrages
La magie des fonds marins.
Je te garderai
Et mon île sera,
À la volupté
Des caresses de ton sein,
Le lagon de ta chair
Lune heureuse
Lune à fond de cale
D’une chaîne embrassant
Sa plume
Gardienne du temple
D’Angkor
Zéphyr d’une nuit sans lune
Où ton page
Offre à la couleur des vagues
Les grappes de raisins
Et la pourpre de ton pagne
Texte de Fabrizio Di Carmine






















