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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • mosquée bleue

    entrée libre sans chaussures
    dissimulées par la balustrade en bois
    les femmes voilées prient au fond
    un couple de touristes contemple son selfie
    lui enturbanné elle cachée
    ils sourient à leur image
    d’autres lisent le coran
    ou le routard je ne sais pas
    ici comme ailleurs
    les enfants jouent 
    et pourtant

    une lumière blanche jaillit
    du vitrail meurtrière
    forte implacable
    personne ne la remarque

    et si c’était allah
    qui venait vous dire bonjour
    ou vous sermonner
    à genoux ingrats passants sur terre
    repentez-vous de votre sourire niais
    pleurez vos péchés et vos drames

    mais personne ne l’écouterait
    à cause des rites et des selfies
    et le soir venu
    plus de lumière
    plus d’allah

    l’homme seul face à son destin muré


  • paysage giflant

    je ne savais rien de ce paysage giflant
    était-il beau ou laid
    pourtant 
    au premier coup d’œil 
    je stoppais ma marche 
    subjugué
    les odeurs l’éclairage les froufrous
    tout submergeait mes sens en éveil

    ensorcelé par ce lieu 
    j’y reviendrai souvent
    mes promenades avaient un but 
    désormais

    bien plus tard 
    j’apprendrai à le connaître
    à reconnaître 

    chaque détail
    l’inclinaison des frondaisons
    sensible aux saisons
    les couleurs insolentes 
    des lumières tamisées
    les courbes fruitées 
    des petites sentes
    et plus je le connaitrai
    plus je conforterai 
    mon besoin de lui

    mais il ne changera pas 
    son impact sur moi
    pas plus que je ne corrigerai 
    mon regard sur lui
    dès le début
    il fit partie de moi

    fulgurance de l’esthétique


  • Jaccottet (Philippe) : Toute fleur n’est que la nuit

    Toute fleur n’est que la nuit
    qui feint de s’être rapprochée

    Mais là d’où son parfum s’élève
    je ne puis espérer enrer
    c’est pourquoi tant il me trouble
    et me fait longtemps veiller
    devant cette porte fermée

    Toute couleur, toute vie
    naît d’où le regard s’arrête


    Ce monde n’est que la crête
    d’un invisible incendie

    Philippe Jaccottet. Airs. Oiseaux, fleurs et fruits. Poésie 1946-1967


  • décor fendu

    sur un bleu frissonnant de murmures
    figurines ridées penchées vers l’avant
    cheminant côte à côte lentement
    les vieilles femmes longent les murs
    les reptiles s’interrogent et s’évadent
    de la pierre rose mal taillée

    les frondaisons épaulées
    se dressent contre l’histoire
    les caresses anciennes restent vives
    qui peut les oublier

    les lignes de fuite se croisent
    comme des destins
    griffant des ronds incertains
    de lumière d’ombre et d’ardoise

    le décor s’est fendu
    il faut tendre la main
    vers l’invisible le nu le silence

    la vie est un tamis sans pépites
    ni archanges
    rien que des grésillements
    creuset mêlant
    des visages qu’on n’oublie pas d‘hier
    des palmiers de nostalgie plein le cœur
    la cloche égrenant un air dur et fier
    le décalage en harmonie couleurs

    animal maladroit
    on saute de pierre en pierre
    jusqu’à l’horizon
    alors qu’on se voudrait poisson
    fluide et optimiste
    plongeant dans les cercles infinis
    de la mousse à l’abîme

    on susurre de tout petits mots
    fragiles mal choisis
    alors qu’on désire l’embrassade
    les cris la folie
    l’accolade

    sur la table jaune et lisse
    la dame du flamenco prend la pose
    là-bas le bois attend d’être coupé
    là-haut le vieux nid se défait en bribes

    le temps ne s’arrête pas il se démultiplie
    en d’interminables pauses
    à chaque moment son sujet

    dans la cour le vieux banc rouillé
    parle avec le vieux banc de pierre
    des moments de marbre et de fer
    chacun se souvient du passé
    chaque tache conte une histoire
    pleine d’orage et de tendresse

    on sent l’amour et la tristesse
    flotter sous la surface noire
    sous celle de mon cœur aussi


  • six haïkus du vent et de la nuit

    le vent dans les feuilles
    les ombres dans son regard
    la nuit m’émerveille

    elle m’a souri
    en éclairant mon esprit 
    à travers la brume

    cette eau qui frissonne 
    je n’en aperçois que l’onde
    sans rien en dessous

    la vie est filandre
    le coeur araignée aveugle
    l’amour pris en toile

    la mare est de glace
    le givre et le gris s’installent
    où sont les lueurs

    se plaindre qu’il pleut
    autant refuser de vivre
    la vie goutte à goutte


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  • liberté de la plume

    cette plume appartenait
    à un geai des chênes
    qui l’a déposée une nuit
    devant chez moi
    pour que je la trouve au matin

    deux centimètres de haut
    j’ai failli ne pas la voir
    depuis que je l’ai prise
    entre mes mains
    elle est entrée dans mon âme
    et ma vie a changé
    ma vision de la beauté
    mon symbolisme
    mon attention aux détails
    j’ai découvert
    le minusculement magnifique
    porteur d’envol et de légèreté
    de tournoiement aussi

    mais il a fallu
    qu’un petit animal
    perde un attribut
    pour que je gagne en émotion

    j’espère que cette plume
    n’est qu’une mue
    pas l’issue d’un combat
    un don pas une perte
    merci à l’oiseau
    qui m’a offert ce cadeau
    je lui promets
    qu’il portera ses fruits
    désormais mes mots
    seront ceux de sa liberté

    Texte de Luc Fayard inspiré par une plume de geai des chênes trouvée par Z.
    Voir la version illustrée.

    liberté de la plume

  • ode à l’oubliée

    ode à l’oubliée

  • partir

    barré par l’envol des oiseaux blancs
    le trait de lumière décoiffe l’horizon
    la mer désertée ne vibre plus du vent
    qui tourmentait le destin des passants

    il est temps
    de partir
    ailleurs
    où la peine
    serait douce
    à vivre

    je marcherai sur les sentiers embrumés
    respirant le souffle des frondaisons
    l’âme pleine de tableaux de rêves
    et de souvenirs aux reliefs embellis

    mais la pluie
    refroidira
    mon ardeur
    et le seul bruit
    de la nuit
    mon cœur

    l’aube verra palpiter la rosée
    et parvenu au seuil de la maison
    j’ouvrirai la porte sur l’espace sans fond
    et la refermerai sur mon ombre passée

    Texte de Luc Fayard; voir la version illustrée

    partir

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025