Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 404 artistes • 746 auteurs
publiés dans Amavero

  • éloge de l’ombre

    bien sûr il a fallu 
    que naisse la lumière
    mais ensuite l’oublier 
    définitivement
    ne garder que les demi-teintes
    et surtout les jeux les renvois
    les non-dits les bégaiements 
    avancer sur le côté
    balbutiant

    laisser l’âme s’émouvoir de l’obscur
    le cœur du soupçon d’un remous

    quand ils fanfaronnent
    les mots eux-mêmes sont vides
    les yeux ne parlent que dans le vague
    le sourire s’embellit de l’énigmatique

    contempler les aspérités
    pour ne pas s’en blesser
    lancer les perspectives en flèches
    vers les frondaisons dansantes
    ne rien croire d’abord 
    tout imaginer
    écouter le vent
    quand il trouble la pluie
    profiter de la fraîcheur
    entre jour et nuit
    quand la vie prend le goût
    d’un grain de sel glissant
    lentement sur la peau

    de l’amour 
    ne retenir que ses frôlements
    les débuts les bruissements
    les senteurs de jeunesse
    les longs silences rapprochés
    l’attente poignante de la rencontre
    l’éternité de l’instant

    dans la nature 
    et dans l’homme
    étudier sans cesse 
    le meilleur contraste
    la ligne de fuite
    évasive et décidée
    qui dessine l’arrière-plan

    dans les mystères brumeux
    déformer la silhouette du temps 
    celle des passants
    et de l’espace
    suivre les traces
    des fantômes blancs

    et sentir la liberté t’envahir
    à pas de géant

    Hommage à Junichiro Tanizaki

    James Abbott McNeill Whistler -Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket (1875)
    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)


    Texte de Luc Fayard, illustré par Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket, de James Abbott McNeill Whistler et par Mystère et mélancolie d’une rue , de Giorgio di Chirico : à vous de choisir !


  • ronde des si

    si le cercle est brisé
    vais-je retourner sur mes pas
    ou bien bâtir une passerelle

    si les bouts scindés se relient
    atteindrai-je mon départ
    ou bien les traces d’un nouvel envol

    si je franchis les traits de couleurs
    verrai-je le ciel s’éclaircir
    ou bien la terre sombrer

    si la foule se presse en chemin
    se tiendra-t-on vraiment la main
    ou bien marcherai-je isolé

    si trois notes franchissent la mer
    entendrai-je une symphonie
    ou bien le solo du désespoir

    si je respire longtemps
    sentirai-je une forme d’énergie
    ou bien l’impermanence

    dans l’infini du vide
    le cercle ne dit rien me dit tout
    je ne suis rien je suis tout

    August Macke – Colored Composition -Hommage to Johann-Sebastian Bach (1912)


    Texte de Luc Fayard, inspiré par
    Cercle – Ascèse VIII, 2007- Série: « Silencieuse Coïncidence« , de Fabienne Verdier, à qui j’ai demandé une autorisation de reproduction mais qui ne m’a pas répondu; en attendant , je l’illustre avec Disques de Newton, de Frantisek Kupka (que j’aime aussi beaucoup !).  Et puis finalement non! Kupka n’est mort qu’en 1957 si je puis dire (donc moins de 70 ans qui est la durée de prescription en France pour avoir le droit de reproduction). En finale, j’ai choisi Auguste Macke et son tableau de 1912. Ouf Mais si vous connaissez Fabienne Verdier, transmettez-lui ma supplique !

    Voir et entendre la version poésique (récitation musicale)


  • anniversaire

    Anne-Laure Baron Siou – Photo ratée (2024) – photo

    il souffla si fort ses bougies
    que le temps s’accéléra
    l’espace se déforma
    les couleurs se séparèrent
    en demi-cercle
    dans un crépitement joyeux
    de rires et d’exclamations
    on pouffa de tant de flou
    il se dit serein
    que c’était bon signe
    pour vivre le reste de sa vie
    moins normée


    Texte de Luc Fayard, inspiré d’une photo ratée d’Anne-Laure Baron Siou qui aurait bien voulu que je titre sa photo « essai abstrait »


  • sans frontière

    Marie Deloume – Palud – peinture sur zinc

    nulle ligne assurée 
    entre terre et eau
    entre bas et haut
    dans le palud
    pourtant
    à chacun sa substance
    sa texture sa couleur 
    qui se relaient 
    dans le passage invisible 
    du fluide au solide
    dans la prégnance humide 
    d’un paysage à part
    ici vibrent les sens 
    en large palette
    du musqué au salé
    du sec au mouillé
    du silence au bruissement
    du gris noir au gris blanc
    le nez devant le pied 
    l’odeur nous guide
    on la hume 
    perdu dans la nasse
    d »un monde sans barrières
    seule la pluie pourrait
    réunir les matières
    dans la même brume
    soyeuse et mystérieuse
    ainsi va la vie 
    brouillard tenace
    sans frontière 
    entre jour et nuit

    Texte de Luc Fayard, inspiré de Palud, de Marie Deloume – peinture sur zinc


  • la raison du poète

    je crée mes souvenirs
    comme un artiste 
    repeint sa toile
    l’avenir est un élixir 
    mêlant présent et passé

    je ne suis que chimie 
    de pensées programmées
    les mots mentent 
    ils existaient avant moi

    mon cœur s’emballe sans raison 
    vers tous les cardinaux
    j’ai perdu le goût de tout 
    je souris sans passion
    ne contemplant rien d’autre 
    que l’intérieur de moi

    et pourtant je respire j’existe
    mais pour quoi 
    quel peut être le destin 
    d’un grain de sable volant
    au moindre frisson
    du large marin
    les poussières ne peuvent
    se donner la main

    croyant vivre la même aventure
    les hommes s’agglutinent
    flottants dans les mêmes courants tièdes

    la réalité n’a pas de géométrie universelle
    la vérité est un leurre de l’histoire
    l’amour un rêve fatal à l’indépendance
    aveugle j’avance en automate 
    monté sur quel ressort

    ni justice ni compassion
    ni revanche ni haine
    peut-être simplement 
    le désir de beauté
    drapeau blanc surnageant du naufrage
    pic vert coiffant la soucoupe des nuages
    seul chemin vers une transcendance
    qui se passe de l’histoire et des signes
    sans besoin de raison folle
    un chemin sans étoiles
    qui est tout 
    sauf une ligne droite

    Caspar David Friedrich – Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)


    Diplôme d’Honneur – prix Europoésie – Unicef 2023; parue dans L’Anthologie Europoésie 2023

    Texte de Luc Fayard, illustré par Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich


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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025