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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • vieux amis

    immuables rochers battus par la mer des ans
    vaillants rocs ridés ils se taisent souvent
    indifférents au vent chahuteur
    l’œil bienveillant comme une invitation
    ils partagent l’implicite sans évocation

    chacun sa voie et toujours ce même plaisir
    se retrouver sans se chercher se quitter sans se perdre
    ils sont plus forts que l’amour plus indulgents
    ici on pardonne volontiers ou alors on oublie

    les vieux amis n’ont plus rien à se prouver
    mais ils peuvent encore s’étonner
    comme surprennent parfois
    a lumière sur un nuage
    une mélodie en la mineur
    la dentelle du brouillard nappant les champs
    le sourire volé d’une rencontre fugitive
    un cri de joie déchirant l’air

    un cœur serein est à l’affût
    tellement prêt à écouter
    que plus rien n’est à inventer
    des ajustements tout au plus
    quelques détours à empocher

    jamais de silences plus chauds
    battements du cœur plus profonds
    doux moments intimes plus longs
    à boire et chanter hisser haut

    on peut se battre à perdre haleine
    et tout oublier dans un rire
    quand vient le hoquet fuit la haine
    on se dit tout dans un sourire

    ne mourant pas comme l’amour
    les vieux amis seront un jour
    dans l’infini beauté des choses
    là où les anges font la pose

    quelque part dans l’azur bleuté
    flotte le jardin des amis
    c’est bien mieux que le paradis
    et surtout bien moins fréquenté


  • temps pluriels

    le temps qui passe
    s’est envolé
    il a volé
    derrière la glace
    nos lourds regrets

    le temps qui pleure
    souffre et remplit
    de nostalgie
    nos longues heures
    d’analgésie

    le temps peureux
    veut effacer
    le fil tressé
    du temple heureux
    de nos pensées

    le temps agite
    les troubles eaux
    où nos bateaux
    prennent la gîte
    un peu trop tôt

    le temps s’excuse
    d’avoir si vite
    tué nos mythes
    et il s’amuse
    de nos vieux rites

    le temps se fige
    le temps se givre
    le temps est ivre
    le temps corrige
    le temps qui vire

    le temps se lève
    de la révolte
    la virevolte
    et toi belle ève
    débranche les volts

    ô temps suspends-
    toi, non pends-toi
    flagelle-toi
    meurs sale temps
    et oublie-moi


  • indices

    de sa fenêtre de train il regarde fuir
    sous les nuages immobiles
    les couleurs d’automne et les lignes
    prairies et collines mêlées
    arbres violets et toits rouges
    devant lui tout est courbe
    en bas tout s’en va
    en haut rien ne bouge

    il voit les ombres rases du soir
    s’étendre comme une pieuvre
    la pique soudaine d’un clocher

    recevoir des offrandes muettes

    il voit les frondaisons agitées des bosquets
    lieux secrets d’amours inavouées
    il imagine toutes ces vies violées
    par son regard TGV
    flèche éclair et magique
    qui transperce des plans de vie successifs

    il voit tout voyeur insatiable
    il ne voit rien
    à défaut de certitudes il s’accroche aux traces
    dans les champs les arabesques des tracteurs
    dans le ciel le V des migrateurs
    et le coton blanc des avions
    et puis ici et là dans un hasard organisé
    la fumée qui fuit des cheminées
    le pylône crucifié des fils électriques
    les rambardes comme des rails
    les rangées de serres
    les filets déployés des arbres fruitiers
    l’horrible usine et la vieille ferme
    les silos cathédrales
    et partout ces barrières infinies
    il ne voit que des taches et de l’eau
    des morceaux de vie des bribes

    pas le temps de voir les hommes
    trop petits à cette vitesse
    on ne voit que leurs indices
    et les animaux qui s’accrochent à la terre

    et il pense alors aux indices de sa vie


  • mer sans la mer

    ta vie s’étale marée sale
    marin pêcheur ou solitaire
    tout est flou dans ton passé mou
    y’a comme une brume cachée
    dans ce crachin qui cache tout
    c’est un désastre et tu t’en fous

    un jour la mer en aura marre
    de tes nostalgies aphasiques
    et des hommes au regard triste
    coriace elle se vengera
    des taiseux des fumeurs de pipe

    ce jour-là elle s’en ira
    sans rien dire sans prévenir
    elle oubliera de revenir
    elle partira sans regrets
    avec ses flots bleus sous le bras

    la mer ira droit loin devant
    si loin à perte de vue d’eau
    elle ira digne et sans bateaux
    rejoindre les grands dauphins blancs

    fière et ivre de sa vie verte
    de mousse et d’écume couverte
    elle ridera seule l’onde
    libre enfin de choisir sa houle
    à sa guise au gré des quadrants

    elle emportera les sirènes
    et la musique du grand vent
    les algues longues des hauts fonds
    les bouées les cris des baleines

    et nous les morts les faux marins
    humant la fin de l’air salin
    les yeux fixés sur la lisière
    de la mer y’aura plus la mer

    y’aura plus que des coques vides
    proue poupe inutiles hybrides
    posées au sol comme des tombes
    comme des ombres et des bombes

    voilà l’horizon s’est figé
    un plan fixe image arrêtée
    rouge sur rouge vert sur vert
    rien ne bouge non tout est clair

    mais tout a disparu là-bas
    tous les bateaux tous les mâts
    tandis que sur terre atterrés
    la foul’ se met à murmurer

    la mer sans la mer c’est comm’ si
    l’amour avait quitté la vie
    plus rien n’aura jamais de goût
    dans ce paysage de fous


  • vibrations

    j’aime le soleil après la pluie
    lorsque le silence dans l’air luit
    que d’un trottoir las délavé fume
    l’éclat vaporisé du bitume

    la ville virginale frémit
    les longs arbres sorciers se délient
    triste une larme d’éternité
    purifie les hommes statufiés

    au loin j’entends le grand gong vibrant
    jour nuit ciel la terre est frottement
    la lumière est blanche la mort fuit
    seul le soleil règne après la pluie


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025