Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Les anges sont hermaphrodites et stériles.
… qui met cette phrase dans la bouche de Samuel Cramer dans La Fanfarlo


  • cercle

    j’aimerais découvrir un lieu
    où écouter le temps qui passe
    telle une musique à trois notes
    assis sur le pas de la porte
    dans la lumière douce et basse
    un rayon ocre savoureux
    protègerait le cœur les yeux
    du vent irréel gracieux

    quelques arbres se tiendraient loin
    et sous un ciel indéfini
    le bruit d’homme serait éteint
    alors à cet instant précis
    où le cercle se fermerait
    peut-être avec un peu de chance
    de la colline verte et dense
    entendrais-je l’âme pleurer

    image dall-e


    Texte de Luc Fayard illustré par une image Dall.e créée pour ce texte

    autres duos poème-œuvre


  • trinité

    tout est difficile aimer chanter
    seul rêver est facile
    s’abstraire du réel fuir
    oublier le passé

    tout est difficile parler sourire
    seul partir est permis
    encore en utopie
    se voir là-bas plutôt qu’ici

    tout est difficile vivre factice
    seul écrire est vrai
    bâtir sa réalité
    ses murs sa forteresse

    tout est difficile corps chargé
    seule l’âme est légère
    quand elle se libère
    d’une transparence évasée

    tout est difficile dire oui
    seul dire non peut être acquis
    dire je ne sais pas j’attends
    je ne saurai rien du néant

    tout est difficile dans tes yeux
    seuls qui me scrutent
    spectateurs incultes
    de mon souffle nerveux

    tout est difficile pleurer souffrir
    seul reste un gémissement
    trace ineffable soupir
    de ce qui jamais ne ment

    tout est difficile aujourd’hui
    seul demain peut attirer
    d’autres cœurs épris
    qui tant ont pleuré
    tout est difficile même dire
    tout est difficile
    même crier je t’aime
    au fond de la nuit blême

    tout est difficile sauf croire en toi
    l’eau claire et le torrent
    la lumière et le chant
    tout devient possible pour moi

    tout devient possible grâce à toi
    quand le chemin
    prend ses trois sens
    direction
    sentiment
    connaissance
    tu es la trinité de ma vie de roi

    Image créée par Dall.e pour illustrer le poème « trinité » de Luc Fayard


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte


  • spleen du légionnaire

    le temps est aboli
    règne de l’espace inutile

    motif 325 bis ne pas se conformer au règlement

    il est interdit de ne pas interdire
    dans ce champ ici clos
    là-bas dans le monde libre
    le ciel n’est pas bleu blanc rouge
    peut-être y fait-il presque beau
    et la douceur mon dieu la douceur
    mot banni mot sacrilège
    on ne fait pas la guerre avec douceur
    il faut des aboiements sur la route
    le long de la colonne qui chemine
    dans le petit matin
    pour aller où
    douleur de l’oubli de la douceur

    motif 4.113 se coucher ailleurs qu’aux endroits prévus

    l’herbe chantante et vive de ton corps
    l’anse abritée du port de tes bras
    l’envol de ta chevelure d’aigle
    interdiction de stationner
    l’eau claire de tes yeux
    ta nudité en moi comme un clair de lune
    lac secret la fraîcheur de ton sourire
    interdiction de se baigner

    motif 6.19 tenue civile exagérément fantaisiste à l’intérieur d’une enceinte militaire ou à bord

    tout nu au milieu de la place d’armes
    saluer le colonel
    et pendant l’appel des couleurs
    faire pipi sur le gazon
    ou bien se coiffer d’un chapeau mexicain
    sur le dos un poncho multicolore
    fumer un long havane
    tandis que la foule en délire
    danse les clochettes au pied
    et dit mille fois Hare Krishna

    motif 2.31 briser ou détériorer volontairement du matériel ou des locaux militaires

    voler un crayon à papier à l’intendance
    et violemment le casser en deux
    en se moquant des représailles
    sur une feuille de papier blanche
    écrire de façon bien ordonnée
    merde merde merde

    motif 4.143 indiscrétion verbale ou par écrit

    les hommes fatigués partiront à nouveau se battre
    les villages nettoieront leurs monuments aux morts
    sur la place de l’église déserte
    personne pour graver les nouveaux noms
    tout le monde est mort
    l’indiscrétion c’est la vie
    il est tout à fait indiscret de vivre
    il faut seulement obéir
    mon amour l’indiscrétion c’est de dire mon amour
    voler au ras des nuages qui passent
    sur la grisaille verte de la caserne
    effacer des murs le bruit des chars
    tracer sur sa vie le portrait d’une femme
    elle a les yeux de niche dans la rosée
    une façon de ne rien dire qui me plait
    quant elle vient au creux de ma douleur
    je meurs dans ses bras dans sa douceur
    elle a la grandeur terrible du vent
    je me noie dans son océan
    elle a les gestes pharaoniques et fous
    des envies de tout
    des colères d’épis en étincelle
    je m’enivre de ses passions je suis fou d’elle

    motif 2.01 manquement grave aux devoirs et responsabilités du militaire au combat

    s’étendre face au ciel
    et lire des poèmes de Federico Garcia Lorca
    tracer dans l’herbe pour les avions qui passent
    des lettres de feu gigantesques
    qui épèleraient folles incongrues le mot 
    amour


  • prince

    je fais partie d’une cohorte fière
    autour d’un prince blond et grand
    qui nous honore de son amitié
    et avec lui ce mot s’écrit en majuscules

    massif comme une forteresse
    il sourit d’un air calme et nous sommes sereins
    il ne parle pas beaucoup tel un prince
    mais il est là et nous comprend

    il sait des choses incommensurables
    je me demande où et comment il les a apprises
    il ne s’en sert pas pour écraser les autres
    mais pour mieux comprendre la vie

    c’est un guerrier un croisé un berger un roi mage
    il va chercher ses amis partout où ils se sont perdus
    et dieu sait s’ils se sont noyés les bougres
    dans la vie les tourments la fureur

    alors il les prend par la main sans rien dire
    et ils le suivent envoûtés
    pour rire avec lui longtemps dans la nuit
    et avec lui la nuit rutile et jure

    il est prince de sang mais de cœur surtout
    peu importe le blason pourvu qu’on ait l’âme
    son amitié nous pousse à nous dépasser
    nous les membres de la cohorte
    on est perdus sans lui faibles et lâches
    petites boussoles déglinguées

    et puis un jour trop tôt il a grimpé 
    seul en haut de la montagne
    dans les nuages et le soleil
    il nous a regardé et souri
    il a tendu son arc vers le ciel
    et quand la flèche s’est affranchie 
    elle a vibré d’un son de scie
    la vibration s’est accordée à celle de notre vie
    comme un étendard de cérémonie
    alors nous membres de la cohorte nous avons compris
    avant de vivre notre destin sans lui
    le prince nous avait anobli

    à A.M. 


  • passant

    j’aime la ville la nuit
    après la pluie
    ses lumières
    brillent
    dans le noir
    pour éclairer
    la pénombre
    des destins
    je suis un passant
    marchant sans fin
    vers une rencontre

    inspiré par le tableau de Cécile Gonne Victoria La ville la nuit



Art et Poésie : dernières publications

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

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  • Man Ray : Chevelure (1937)

    Man Ray : Chevelure (1937)

  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

  • André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

    André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

  • Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

    Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

  • Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

    Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
    les banderoles du vent à Noël sur la terre

    Les forêts ont leurs feuillures secrètes
    leurs nids de miel de hiboux du bal
    et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
    pour habiller les fées

    Tu m’appelais par mon nom
    et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
    Tu m’appelais par mes désirs
    par toute chaude caresse pulvérisée au sol
    par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi

    Tu m’appelais par ma fièvre
    par le violon de noix de mes pulsations
    par le grillon d’arcade de chaque torche de néant

    Tu m’appelais par ma voix
    par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
    du premier cri de mousseline de rameau d’amour
    qui crépite dans l’âtre
    Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
    Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
    Les enfants le guident

    *

    Maçon d’eau d’air d’ombre
    je l’ai reconnu à sa carrure
    aux tunnels de ses mains profondes
    transparentes par endroits
    comme des taches de jour sur l’onde

    Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
    Ils tournent dans l’air comme des étoiles
    et deviennent flèches de ma nuit quand je dors

    Maçon de neige de laine de leurre
    l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
    je l’ai reconnu à sa cruauté
    à la moisson de scalp de ses orgies de pou
    Il riait de ma frayeur
    Tailleur de griffes de sphinx il régnait
    Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
    que nous franchirons côte à côte
    quand tu m’auras secouru

    Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
    émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
    Tu reviendras avec ta promesse de colombe
    heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
    Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
    ton visage contre le mien

    La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
    Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.

    Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

  • Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

    Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

  • Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

    Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

  • Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

    Je ne suis pas de votre race. Je suis du clan Mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l’authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l’espace, localisées en une série de petites cases. Mon étalon est plus sauvage que vos engrenages poussifs, son sabot de corne plus dangereux que vos roues de fer. Entourez-moi des cent milles baïonnettes de la lumière occidentale, car malheur à vous si je sors du noir de ma caverne et si je me mets à chasser vos bruits. Que sur mes berges vos pontonniers ne réveillent jamais mon tympan endolori, car je ferais siffler sur vous le vent incurvé comme un cimeterre. Je suis impassible comme un tyran. Mes yeux sont deux tambours. Tremblez si je sors de vos murs comme de la tente d’Attila, masqué, effroyablement agrandi, revêtu de la seule cagoule, comme mes compagnons du bagne à l’heure de la promenade, et si avec mes mains d’étrangleur, mes mains rouges par le froid, je force le ventre aigrelet de votre civilisation!

    (1887-1961). Moravagine, Éditions Grasset, 1926 Littérature et Poésie

    Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

  • Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

    Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

  • Yan Bernard Dyl : La Duchesse de Bruxelles (1927)

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  • Gabriele Münter : Dame im Sessel, schreibend. Stenographie, Schweizerin in Pyjama (1929)

    Gabriele Münter : Dame im Sessel, schreibend. Stenographie, Schweizerin in Pyjama (1929)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025