Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
couleur de la vie d’âme dolente teinte graduelle voleuse d’heures poussière de larmes et d’espoirs rancis palette enrichie de strates sensibles lente alchimie de la destruction destinée inexorable des abandons fatals comme si par avance la trace fardée du temps vouait tout à disparaître mais parfois de cette carnation rubigineuse de cette liane ensorcelée surgit le rouge sang d’un cœur qui bat comme une fleur plus belle qu’elle
Texte de Luc Fayard inspiré du tableau Accroche-toi de Benoît de Senneville – techniques mixtes, acrylique, collage, crayon
il faut marcher sous ces arbres sentir les parfums voler voir les couleurs s’épauler vibrer de cette vie multiple cette énergie pure faire le silence en soi ne plus être qu’un réceptacle calme des sons de la forêt ses bruissements légers comme du feutre à l’âme
Texte de Luc Fayard inspiré par le tableau Sous Bois à Berville de Sylvie Verkos .
Anonyme – Sans Titre (sur une partition d’Eugène Ketterer)
circulez y’a rien à voir balayez-moi tout ça notes futiles grinçantes phrases inutiles trébuchantes à quoi ça sert tout ça hein rien que du temps perdu
taisez-vous pas de sons pas de mots ne parlons même pas des dessins n’y pensez plus et d’ailleurs ne pensez plus ou plutôt ne pensez rien qu’on ne vous dise de penser c’est à peine si vous avez le droit de respirer
allez houste les mots les notes les dessins les croquis les pensées à la poubelle et qu’on retrouve enfin de belles pages blanches comme des plages sans touristes et sans parasols
et surtout vides vides débarrassées des parasites venus d’on ne sait où de derrière les mesures et les points d’exclamation armés de bécarres ou d’allégories les gueux
mais la nuit dans le noir ils viendront les parasites comme des rats affamés des serpents à sonnettes les sans papier les sans notes les sans mot ils se glisseront dans vos rues et pendant que vous dormirez ils fouilleront dans vos poubelles derrière vos murs et vos maisons pour repartir avec des trésors de sens et de beauté dont ils feront des étendards de toutes les couleurs armes de la victoire finale sur la fatalité
aux pages citoyens noircissez-les
Texte de Luc Fayard inspiré par l’actualité permanente de ce fabuleux dessin des balayeurs de notes , probablement sur une partition d’Eugène Ketterer, dessin dont je n’ai pu retrouver la source ; si vous l’avez, donnez-la moi s’il vous plait, J’ai horreur de publier sans sourcer. Merci.
To see a World in a Grain of Sand And a Heaven in a Wild Flower, Hold Infinity in the palm of your hand And Eternity in an hour.
Voir un monde dans un grain de sable Et un paradis dans une fleur des champs, Tenir l’infini dans la paume de ta main Et l’éternité dans l’heure présente
William Blake. Auguries of Innocence (Augures de l’innocence) écrit en 1803 mais publié posthume en 1863
Pavel Mentz – Still Life with Candle and Wine (2024)Rosario de Velasco – Objets (1933)
la vie est là en résumé et en désordre quelques objets sur un bureau et tout est dit
sur le mien vieux et beau hérité de ma mère avec son plateau de bois et de cuir vert
il y aurait
pas de crâne mais la boussole de mon père qui savait toujours où il était elle ne me sert à rien son compas de marin à pointes sèches pour tracer sa route la mienne zigzague dans les doutes quelques livres bien sûr témoins d’une autre vie je lisais tellement vorace jamais rassasié un bic on ne sait jamais mais c’est jamais il rouille des câbles en tas de nouilles pour me relier au monde par peur d’en être coupé des écrans plein d’écrans pour la même raison écrire pour exister ou pour oublier qu’on existe
une tasse de café sale qui traîne persistante ma seule drogue les autres m’ont fait mal
et puis mes souvenirs prégnants ou futiles surtout les regards les odeurs les strates empilées de mon enfance rêveuse sans bouger sans actes
et maintenant comme avant mes heures passées seul les yeux dans les vagues d’un décor apposé hier un mur grillagé aujourd’hui la vallée verte
l’âme en constant débord pressé par le temps les mains sur le clavier et sur les écrans gris les mots toujours les mots qui racontent impassibles la litanie de ma vie
Texte de Luc Fayard inspiré par la photo « Still Life with candle » de Pavel Mentz (voir son site mentzart.com ) que j’ai voulu comparer au tableau Things de Rosario de Velasco (1933) .
NDLR : A partir de ces deux natures mortes très inspirantes à 90 ans d’écart, je pars à la recherche d’autres natures mortes avec livres et évidemment j’en trouve plein… depuis l’Antiquité (bon d’accord, en trichant un peu !…) J’ai rassemblé ma sélection dans une petite galerie pour le plaisir que vous pouvez consulter à votre guise et enrichir bien entendu: voir la page
L’homme moderne a perdu contact avec lui-même, avec autrui et avec la nature. Transformé en marchandise, il éprouve ses forces vitales comme un investissement dont il doit tirer le maximum du profit possible en rapport avec les conditions du marché. Les rapports humains sont essentiellement des rapports entre automates aliénés, chacun assurant sa sécurité en s’efforçant de rester proche de la foule et de ne pas s’en distinguer en pensée, sentiment ou action. Dès lors, chacun reste absolument seul, en proie à l’insécurité, l’angoisse et la culpabilité, tous sentiments inéluctables lorsque l’on ne parvient pas à surmonter la solitude humaine… …Dans la société capitaliste contemporaine, la signification de l’égalité s’est transformée. Par égalité on se réfère à une égalité d’automates ; d’hommes qui ont perdu leur individualité. Aujourd’hui, égalité signifie « similitude » plutôt que « singularité ». C’est une similitude d’abstractions, d’hommes qui exécutent les mêmes travaux, qui s’adonnent aux mêmes loisirs, qui lisent les mêmes journaux, qui nourrissent les mêmes sentiments et les mêmes idées.
Erich Fromm – Extraits de « L’art d’aimer »
Erich Fromm : L’homme moderne a perdu contact avec lui-même
Ajout d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 2)
La Gazette d’Amavero n° 21 – Lundi 23 mars 2026
Du rouge et du gris dans deux tableaux différents : l’art de la couleur
Sur le tard, je n’aime que la quiétude. Loin de mon esprit la vanité des choses. Dénué de ressources, il me reste la joie De retourner à ma forêt ancienne. La brise des pins me dénoue la ceinture ; La lune caresse les sons de ma cithare. Qu’elle est, demandez-vous, l’ultime vérité ? Chant des pêcheurs, dans les roseaux, qui s’éloigne…
Wang Wei 王维 – 701-761 – L’écriture poétique chinoise : une anthologie des poèmes des Tang, François Cheng, éditions du Seuil, 1977 – Source
Wang (Wei) : A Monsieur le magistrat Chang
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