Distinguer un tableau parmi les milliers de natures mortes en tout genre que nous ont pondus les peintres de toutes les époques est un art difficile et je n’en ai ni l’envie ni la connaissance. Mais celui de Chardin sort quand même du lot par une toute petite zone extraordinaire: la façon dont il peint le reflet de tous les éléments sur le gobelet. Je ne sais pas s’il existe beaucoup d’œuvres de la même veine ayant atteint une telle perfection, que Diderot encensait: pour lui, Chardin dans ce reflet ne fait pas que copier la réalité mais ouvre une fenêtre invisible. Proust estime que ce reflet est un outil de déconstruction. Bref tous les grands penseurs y sont allés de leur perspicacité. Moi, je reste simplement béat devant cette merveille où l’on sait que la pomme est rouge par son envers parce que son devant est plutôt blanc; ce reflet est rn fait la métaphore absolue de la vision de l’artiste. Ne parlons pas de la texture elle-même du gobelet qui est un chef-d’œuvre en soi ! On reste hypnotisé par cette ouverture vers un autre monde.
Voir aussi l’oeuvre dans sa page dédicacée.

