Folies rêvées ? Folies vécues ? Images de cauchemar et construction du réel s’entrecroisent ici sans qu’il soit possible de départager le vrai du faux.
Car tout semble inversé dans l’univers où évoluent les personnages. La norme et les tabous, les théories et les pratiques, l’amour et ses mises en scène. Tout échappe, jusqu’au sexe du narrateur lui-même, soumis à de subtiles et cruelles machinations, habilement montées par un mercenaire/aventurier en fuite. Un manipulateur de génie, hanté par le désir d’atteindre ce qui est en lui « le point de retenue ». Un absolu dont il se libère en immolant sa propre fille…
Récit très condensé, troublant mais aussi trouble, La Robe dilue insidieusement son poison dans le sang de qui en a respiré les effluves. Des exhalaisons pernicieuses y poursuivent leur trajectoire indéfinie. Qui tiennent le lecteur tendu entre malaise et fascination, habité sans fin par les figures grimaçantes du récit et leur esprit modelé par les attraits de la décadence.
Demeure, au-delà de dialogues enlevés et d’imbrications qui mettent les nerfs à vif, le style de l’auteur. Une écriture hors temps, elle aussi, d’un maître du sarcasme et de l’ambiguïté. Une écriture ciselée, qui tient narrateur et lecteur en suspens au-dessus de l’échiquier. Pareils tous deux à deux pions manipulés avec art.
Sans fin de partie.
Angèle Paoli (membre de infotekart) – Terres de femmes.
première publication dans Infotekart : 19 Février 2006
