je me souviens

je me souviens
j’étais un crabe triste
glissant d’une algue à l’autre
et le soir aux piaillements crissants
des grands oiseaux blancs
j’allais me terrer dans mon antre

je me souviens
j’étais une araignée maigre
pendue à sa filandre
aux arbres de branche en branche
et dans le matin cru éblouissant
je me recroquevillais en pleurant

je me souviens
la vie prenait mille teintes
sans frontière entre noir et blanc
c’était avant l’arrivée de la couleur
mais personne n’en avait besoin
les enfants le savent bien

je me souviens
des épaules basses des visages longs
ce n’est pas grave disait-on
il faut juste un peu
de poussière et d’encre
pour pleurer

je me souviens
quand tout a changé
l’horizon frondeur
a voulu se teindre en bleu
ce fut la bataille de la terre et du feu
et le ciel a fini par gagner

je me souviens
quand la tristesse s’en est allée
faisant place au sourire
dans les chemins moins escarpés
aux pierres moins glissantes
les grains de sable se sont mis à jouer

je me souviens de ton premier rire

Texte de Luc Fayard inspiré par Cartographie mentale, de Célia Ebert. Voir la version illustrée.

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