jaune et rouille

nappes de vignes
aux multiples teintes
tirées d’une palette 

jaune et rouille
pénétrant les sens à vif

treilles dignes
gémissantes 
du poids du temps
dépouillées de leurs apprêts
les voici comme elles sont
fatalement désossées
maigres et nues
cernées des compagnons
chênes verts et blancs antiques
tordus par un sorcier sadique
ciel bleu et rose
aux incroyables diagonales
ouatées le matin
cristallines ensuite
ensorcelées le soir
taches de sang
des cailloux rouges
incrustés toute l’année
mais se détachant mieux
d’un paysage écorché
l’automne en provence
ce n’est pas l’automne qui danse
c’est une saison unique au monde
aux odeurs et couleurs invisibles
un jardin mystérieux

calme impénétrable 
et mythique

Une œuvre en résonance


Henri Matisse — Icare (1943)

Henri Matisse — Icare (1943)