Genêt (Jean) : L’atelier d’Alberto Giacometti

Afin de mieux apprivoiser l’œuvre d’art, j’utilise d’habitude un truc: je me mets, un peu artificiellement, en état de naïveté, je parle d’elle – et je lui parle aussi, sur le ton le plus quotidien, je bêtifie même un peu. D’abord, je m’approche. Je vous parle des œuvres les plus nobles, – et je m’efforce de me faire plus naïf et plus maladroit que je ne le suis. J’essaie ainsi de me défaire de ma timidité.

« Ce que c’est rigolo… c’est rouge… c’est du rouge… et ça du bleu… et la peinture on dirait de la boue… »
L’œuvre perd un peu de sa solennité. Par le moyen d’une familière reconnaissance je m’approche doucement de son secret… Avec l’œuvre de Giacometti rien à faire. Elle est déjà trop loin. Impossible de feindre une gentille connerie. Sévère elle m’ordonne de rejoindre ce point solitaire d’où elle doit être aperçue.
Jean Genêt, L’atelier d’Alberto Giacometti (extraits).