
Nouvelle bonne pioche dans les archives d’Infotekart. Une vision de l’entreprise un peu différente de l’image idyllique que tentent de nous donner certains thuriféraires du management moderne. Où l’on voit que simplement garder sa place pour éviter d’être sur les « listes » est un travail de tous les jours. Je ne renie aucune de ces lignes et regrette simplement de ne pas en avoir fait un livre qui raconte plus en détail la réalité vécue : l’entreprise est d’abord et avant tout une source de profit pour les actionnaires (voir ma définition dans Dictionnaire impertinent des branchés), c’est tout. Tout le reste est mensonge et marketing (pléonasme).
CHRONIQUE D’HUMEUR
Je ressors des archives une vieille chronique toujours d’actu! C’est marrant parce que je me rends compte que je l’ai écrite avant de me faire virer, un an plus tard, probablement pour n’avoir pas suivi ces conseils…
On est bien d’accord, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de l’entreprise. Plus la peine de se casser le tronc au boulot. Les financiers ont pris le pouvoir, le management se résume pour le patron et le DRH à contempler la liste des salaires classés par ordre décroissant en se demandant qui on pourrait bien virer. On dit du mal de vous dès que vous avez le dos tourné et, chez le patron, c’est le dernier qui a toujours raison. La conjoncture est soit molle, soit sinistre, les perspectives sont floues, la visibilité est limitée (ça devient un pléonasme). Tout le monde se méfie de tout le monde, les murs sont habités de spectres.
Dans ces conditions et comme, malgré tout, il vaut mieux avoir un salaire que ne pas en avoir, la question est: comment survivre sans se faire remarquer?
Si vous bossez trop et de manière ostentatoire, la voiture garée dans le parking à l’endroit où tout le monde peut la voir, cela devient suspect. Vous serez la cible des jaloux, des envieux, tous ces pervers polymorphes en pré-RTT qui hantent les couloirs des bureaux à la recherche de leur prochaine victime. Si vous ne bossez pas assez et que ça se remarque, vous n’êtes vraiment pas doué
Voici donc comment faire pour toucher tranquillement son petit pécule mensuel, sans qu’on ait le moindre doute sur vous: vous serez neutre et passe-partout, noyé dans la masse mais avec ce zeste de positive attitude qui vous en distinguera le moment venu, quand il y aura des listes. Il s’agit de devenir cet être hybride et androgyne que veulent les patrons et les actionnaires: plutôt souriant, mais pas trop, qui dit « oui » à tout ce qu’on lui demande si ça vient d’en haut, « non » si ça vient d’en bas, et « peut-être, pourquoi pas, hum, mais ça va être dur » si ça vient des collègues. Aimable mais pas bavard, aux horaires de métronome, ça rassure, on se dit que vous êtes équilibré dans la vie, mais capable d’un petit coup de collier à la demande. Qui émet une petite idée de temps en temps, pas trop souvent, ça deviendrait suspect, et qui s’arrange à chaque fois pour que le patron croie que c’est la sienne
Bien sûr, en suivant les conseils qui suivent, ne vous attendez pas à être augmenté violemment. De toute façon, cela n’arrive plus à personne. Mais, au moins, vous rentrerez chaque soir chez vous heureux, frais et dispos, après une journée sans souci. Et le matin, vous vous lèverez en sifflant l’air de « Hello le soleil brille brille brille » et en vous disant: « Chouette, encore une bonne journée de boulot! » Les loisirs en comparaison, c’est galère et compagnie.

1. Prenez vos RTT , toutes vos RTT, rien que vos RTT. En temps et en heure. Celui qui traîne, qui accumule ou qui se déclare trop tard est suspect: il est mal organisé, donc il travaille mal. Celui qui commence à négocier davantage que son dû est plus que suspect: « Il ne veut pas bosser, il préfère prendre des vacances.

