Auteur : Luis de León

  • Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    1
    ¡Qué descansada vida
    la del que huye del mundanal ruïdo,
    y sigue la escondida
    senda, por donde han ido
    los pocos sabios que en el mundo han sido;
    2
    Que no le enturbia el pecho
    de los soberbios grandes el estado,
    ni del dorado techo
    se admira, fabricado
    del sabio Moro, en jaspe sustentado!
    3
    No cura si la fama
    canta con voz su nombre pregonera,
    ni cura si encarama
    la lengua lisonjera
    lo que condena la verdad sincera.
    4
    ¿Qué presta a mi contento
    si soy del vano dedo señalado;
    si, en busca deste viento,
    ando desalentado
    con ansias vivas, con mortal cuidado?
    5
    ¡Oh monte, oh fuente, oh río,!
    ¡Oh secreto seguro, deleitoso!
    Roto casi el navío,
    a vuestro almo reposo
    huyo de aqueste mar tempestuoso.
    6
    Un no rompido sueño,
    un día puro, alegre, libre quiero;
    no quiero ver el ceño
    vanamente severo
    de a quien la sangre ensalza o el dinero.
    7
    Despiértenme las aves
    con su cantar sabroso no aprendido;
    no los cuidados graves
    de que es siempre seguido
    el que al ajeno arbitrio está atenido.
    8
    Vivir quiero conmigo,
    gozar quiero del bien que debo al cielo,
    a solas, sin testigo,
    libre de amor, de celo,
    de odio, de esperanzas, de recelo.
    9
    Del monte en la ladera,
    por mi mano plantado tengo un huerto,
    que con la primavera
    de bella flor cubierto
    ya muestra en esperanza el fruto cierto.
    10
    Y como codiciosa
    por ver y acrecentar su hermosura,
    desde la cumbre airosa
    una fontana pura
    hasta llegar corriendo se apresura.
    11
    Y luego, sosegada,
    el paso entre los árboles torciendo,
    el suelo de pasada
    de verdura vistiendo
    y con diversas flores va esparciendo.
    12
    El aire del huerto orea
    y ofrece mil olores al sentido;
    los árboles menea
    con un manso ruïdo
    que del oro y del cetro pone olvido.
    13
    Téngase su tesoro
    los que de un falso leño se confían;
    no es mío ver el lloro
    de los que desconfían
    cuando el cierzo y el ábrego porfían.
    14
    La combatida antena
    cruje, y en ciega noche el claro día
    se torna, al cielo suena
    confusa vocería,
    y la mar enriquecen a porfía.
    15
    A mí una pobrecilla
    mesa de amable paz bien abastada
    me basta, y la vajilla,
    de fino oro labrada
    sea de quien la mar no teme airada.
    16
    Y mientras miserablemente
    se están los otros abrazando
    con sed insacïable
    del peligroso mando,
    tendido yo a la sombra esté cantando.
    17
    A la sombra tendido,
    de hiedra y lauro eterno coronado,
    puesto el atento oíd
    oal son dulce, acordado,
    del plectro sabiamente meneado.

    1
    Quelle vie reposée,
    celle de qui fuit le bruit de ce monde,
    et suit le sentier caché
    par où ont marché
    les rares sages qui furent en ce monde.
    2
    Son cœur n’est point troublé
    par l’état des grands pleins d’orgueil,
    et il n’admire pas les plafonds dorés
    bâtis par le maure ingénieux,
    et soutenus par le jaspe.
    3
    Il ne se soucie point que la renommée
    proclame son nom d’une voix de crieur,
    et il ne se soucie point que la langue flatteuse
    exalte ce que condamne
    la vérité sincère.
    4
    Que donne à mon contentement
    le fait d’être désigné par le doigt de la vanité,
    si, à la poursuite de ce vent,
    je marche essoufflé,
    dans de vives angoisses et un souci mortel ?
    5
    Ô campagne, ô mont, ô rivière !
    Ô secret sûr et délicieux !
    Le navire presque brisé,
    vers votre bienfaisant repos
    je fuis cette mer tempétueuse.
    6
    Un sommeil non brisé,
    un jour pur, joyeux, libre, voilà ce que je veux ;
    je ne veux pas voir le sourcil
    vainement sévère
    de celui que le sang exalte, ou l’argent.

    7
    Que les oiseaux m’éveillent
    par leur chant savoureux et non appris,
    et non les graves soucis
    qui suivent toujours
    celui qui dépend du jugement d’autrui.
    8
    Je veux vivre avec moi-même,
    je veux jouir du bien que je dois au ciel,
    seul, sans témoin,
    libre d’amour, de jalousie,
    de haine, d’espérance et de crainte.
    9
    Sur la pente du mont,
    j’ai planté un verger de ma propre main,
    qui, dès le printemps,
    se couvre de belles fleurs
    et montre déjà l’espoir d’un fruit certain.
    10
    Et comme d’une cime
    l’eau claire court en bouillonnant,
    elle vient arroser ce verger,
    puis s’en va en hâte,
    parmi l’herbe verdoyante, semant la fraîcheur.
    11
    Ses senteurs se déploient
    dans l’air pur, et l’éveillent ;
    et la robe de l’été s’habille
    de mille beautés
    et dissipe toute ombre de tristesse.
    12
    L’air s’adoucit alors,
    et l’accompagne d’une harmonie mutuelle ;
    les arbres s’agitent,
    et l’ombre naissante
    refrène la chaleur du jour.
    13
    Que les autres cherchent les richesses,
    qui s’offrent sur les mers lointaines ;
    qu’ils pleurent, quand le vent du sud
    fait gémir le mât,
    et que le jour se change en nuit obscure.
    14
    Que la misère de la tempête
    engloutisse leurs cris inutiles,
    tandis que la mer, irritée
    par l’avarice insatiable,
    s’enrichit de leurs trésors.
    15
    Pour moi, qu’une table pauvre,
    aimablement servie, me suffise ;
    laissez l’or au riche,
    tandis que, misérablement,
    il se consume au milieu des doutes.
    16
    Et pendant que les autres, embrasés
    par une aveugle ambition, se livrent à des maux sans fin,
    moi, couché à l’ombre,
    couronné de lierre et de laurier,
    je chanterai au son de ma lyre.
    17
    À l’écoute du chant,
    les doigts légers guidant les cordes,
    sans colère, sans souci,
    je passerai ma vie,
    ni envié, ni envieux

    Traduction de Claude Esteban.
    Poème écrit vers 1550, publié en 1631 par Francisco de Quevedo sours le titre
    Obras proprias de los poeas divinos y humanos de Luis de León (Œuvres propres des poètes divins et humains de Luis de León).
    Fray Luis de León (1528-1591), moine augustin, poète et intellectuel du siècle d’or espagnol. Son intérêt pour la bible hébraïque lui vaut d’être emprisonné 5 ans par l’Inquisition mais il en sort blanchi.