Auteur : Leopoldo-Maria Panero

  • Leopoldo Maria Pareno : Le baiser du soir

    Père, je m’en vais :
    je vais jouer dans la mort,
    père, je m’en vais.
    Dis adieu à ma mère,
    éteins la lumière de ma chambre :
    père, je m’en vais.

    Dis à l’enfant qui rit là-bas,
    je ne sais de quoi, peut-être de la vie,
    mon nom, rien que mon nom
    range bien mes jouets
    l’ours avec l’ours, et range le chien
    près de l’oiseau, quant au canard
    laisse-le seul, le canard :
    père, je m’en vais : je vais jouer avec la mort.
    Il y avait une flamme, oui dans mes yeux,
    d’avoir tant de nuits veillé,
    et que personne n’avait su fermer
    sinon moi ; pardonne-moi, père, s’il n’y avait
    personne, à part moi : je m’en vais,
    je m’en vais seul jouer avec la mort.

    Père, je suis mort, déjà, et quelle obscurité
    tout cela :
    pas de lune, pas de soleil, pas de terre ici,
    père, je suis mort.
    Nous sommes les morts comme des malades
    et le cimetière est l’hôpital
    on y joue au docteur
    drap blanc et bistouri
    et des tombes comme autant de lits
    pour rêver : ils sont si blancs ces os
    père si blancs : comme rêver.

    Les autres disent, les plus morts d’entre nous,
    ceux qui passent un temps fou
    à se venger ici de Dieu,
    que le Diable viendra, le bon Diable,
    qu’il viendra le Diable avec plus de fleurs
    que personne n’en peut porter.
    Père, je suis mort, je ne suis pas seul
    père, je suis mort, j’ai des amis
    avec qui jouer.

    Mère, ces baisers que tu reviens
    me donner dans la tombe
    me réveillent, me donnent froid
    j’ai été vivant, je l’ai su
    maintenant
    laisse-moi oublier.

    Père, je suis mort, et la tombe
    est un berceau bien meilleur
    père, il n’y a personne, je suis seul
    père, si un jour à nouveau
    je retourne parmi vous, père si à nouveau je vis
    j’ignore de quoi je pourrais rêver.

    Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes

    Traduction : Victor Martinez et Cédric Demangeot

    Source: Tessa Fontane-Guerra sur fb