Oh ! les après-midi solitaires d’automne!
Il neige à tout jamais. On tousse. On n’a personne.
Un piano voisin joue un air monotone;
Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne.
Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort.
Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort!
Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort ?
Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.
Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l’idole,
Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console !…
Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,
Je mettrais follement mon front dans ses genoux,
Et je resterais là, sans dire une parole,
À pleurer jusqu’au soir, tant ce serait trop doux.
Poésies de jeunesse ou Le Sanglot de la Terre. Publication posthume en 1903 in Œuvres complètes, Mercure de France. Jules Laforgue est mort à 27 ans en 1887.
