c’est afin que le ciel nous ménage un passage
entre les vergers bleus
et les coteaux vernis du paysage
que j’en appelle à dieu
car je vais retirer mon ombre de mes pages
mon ombre de corbeau
afin de découvrir d’autres images
et les chants les plus beaux
c’est ainsi que partaient mes ancêtres si sages
vers de profonds confins
et qu’ils descendaient d’étage en étage
vers le lieu de leur fin
moi j’ai perdu mon temps la colère et la rage
ont déchiré mes heures
oncques ne me suis soumis à l’orage
avant ma dernière heure
un rossignol chantait hier
il chante encore cette nuit
qui va finir comme la nuit
où l’on entend le train siffler
rossignol grâce à ta prière
la nuit se prolonge ardemment
et je me tiens comme un amant
de Colombine aux belles mains
ne te tais pas si je pouvais
je chanterais un air mauvais
pour rendormir tous ces bourgeois
qui ne connaissent pas la joie
poèmes ratés je vous
fixe aujourd’hui rendez-vous
encore un dans le panier
d’autres dans la cheminée
vous brûlez j’en suis fort aise
vous délivrez du malaise
ma tête emplie de fadaises
et puis je meurs avec vous
soyez bénis vous êtes là
où je ne vous attendais pas
reliques de mon désespoir
et vous me redonnez l’espoir
le paradoxe est un bon plat
qui se mange bien cuit mais froid
sans lui je serais déjà froid
dans l’abîme froid de mes draps
or je boite comme jamais
je ne boitais au mois de mai
c’est ce que le merle me dit
et je n’ose le contredire
nous sommes de nouveau lundi
je tiens mes rêves pour l’oubli
d’une semaine de repli
et je recommence à partir
de rien vers mon petit martyre
Passage des ombres, Éditions de la Table Ronde), 2008
Jean-Claude Pirotte , avocat, poète, peintre (1939-2014)
