Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs. Des mains en multitude élançaient l’offensive, Je tombais à genoux, broyée au laminoir. Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant Dans un corps devenu un sauvoir célébrant Le règne végétal et l’essor excavant. J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène, Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

Des feuilles vert tendre, nervurées comme des mains, se referment en forme de têtes d’oiseaux au bec entrouvert, tandis qu’une chenille grimpe le long de l’une d’elles. René Magritte peint cette scène à la gouache sur papier, sous un ciel du soir rose et mauve — un jardin où le végétal rêve d’ailes.
Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte
